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Le CNISAG au sommet de l'expertise

auteur : Angélina Gagneraud - CNISAG - publié le
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Implanté à Chamonix, le Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie (CNISAG) forme les gendarmes à l’alpinisme, au secours, à la police judiciaire et administrative ainsi qu’à la gestion de crise en montagne depuis 1988. Un savoir-faire qu’il offre également à l’extérieur de l’Institution, en France comme à l’international, à travers de nombreux partenariats privés et publics.

« Le secours à personne fait partie intégrante des missions de la gendarmerie mais nous sommes très peu à l’exercer à titre de mission principale… et ce en milieu potentiellement très hostile. » Le lieutenant-colonel (LCL) Jérôme Grange, commandant le CNISAG plante le décor, celui de la haute montagne, de l’alpinisme, des crevasses et des avalanches, des accidents multivictimes, des recherches complexes, des crashs d’aéronefs…Le tout dans un milieu escarpé, où la gestion du risque, à chaque seconde, est vitale pour soi, son équipier, un médecin, un moyen héliporté et évidemment la ou les victimes. « La montagne est un milieu exigeant, insiste-t-il. Au Centre, nous proposons un panel de stages adaptés à chacun, afin de donner aux gendarmes les compétences nécessaires à l’exercice de leurs missions en montagne en toute sécurité. »

Des formations élémentaires et de perfectionnement destinées au cadre général…

De la détection du potentiel des élèves gendarmes à la formation des commandants d’opérations de secours complexes, tous passent par le CNISAG, créé il y a maintenant 31 ans.

Un militaire affecté en unité classée montagne, du cadre général de la gendarmerie départementale ou mobile, a accès à deux niveaux de formation. Dans un premier temps, le Certificat élémentaire montagne (CEM) lui permet, au terme de quatre semaines de formation décentralisée en région, de pratiquer la montagne en autonomie et de s’intégrer à des opérations de recherches simples.

Les meilleurs peuvent ensuite présenter le Diplôme de qualification technique montagne (DQTM). Durant les quatorze semaines de stage à Chamonix, leur niveau d’engagement et de technicité sera largement élevé, notamment avec la pratique de l’alpinisme en haute montagne. Ce diplôme, qui donne des prérogatives d’encadrement importantes, l’autorisera à dispenser des formations CEM en région et à constituer l’ossature des groupes montagne gendarmerie ou des pelotons montagne de la gendarmerie mobile.

… et des formations d’expertise pour les spécialistes montagne

Si la majorité ne va pas plus loin dans le cursus, d’autres se donnent les moyens d’intégrer la spécialité montagne. À l’issue de deux semaines de tests techniques, physiques et psychotechniques, puis de trois semaines de formation aux fondamentaux du secours, le jeune équipier secouriste peut être affecté en unité de secours en montagne. Il poursuit alors son cursus avec 20 semaines de stage, réparties sur deux ans et complétées par une formation continue au sein de sa nouvelle unité (pelotons de gendarmerie de montagne et de haute montagne). Les modules techniques (secours terrestres et héliportés en périodes estivale et hivernale, alpinisme, canyonisme) intègrent également un volet secourisme important. Il faut en effet savoir faire face à toutes les pathologies et traumatismes d’une victime, la conditionner et assister un médecin, en étant souvent en équipe réduite et sur un terrain difficile.

Enfin, un équipier demeurant un gendarme, le programme prévoit une année de formation aux actes de police administrative et judiciaire adaptés au milieu de la montagne. À l’issue de ce cursus, les gendarmes-secouristes se voient décerner le Brevet de spécialiste montagne (BSM), qui leur permet de concourir à l’avancement et d’exercer les prérogatives d’officier de police judiciaire.

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Après plusieurs années d’expérience, et dès l’obtention du grade d’adjudant, le spécialiste reviendra trois semaines au CNISAG pour suivre la formation au Brevet de chef de caravane de sécurité en montagne (BCCSM). Il y apprendra à commander une opération de secours dans toutes ses composantes : conception d’opération, élaboration des ordres, gestion du moyen héliporté et du médecin, enquête judiciaire... Ce stage constitue un moment fort ainsi qu’une réelle remise en question dans la carrière d’un secouriste expérimenté. En effet, il doit se positionner en tant que leader d’un groupe, en gérer la sécurité, faire des choix opérationnels et commander, ce qui augmente sensiblement son niveau d’engagement et de responsabilités.

Enfin, tous les officiers et gradés supérieurs de la spécialité montagne suivent un stage de deux semaines dédié à la gestion de crise. Il s’agit d’apprendre à gérer un secours en montagne complexe en tant que Commandant des opérations de secours (COS), tout en s’intégrant dans une opération globale, souvent inter-services, de niveau départemental ou zonal.

« Ce stage est l’occasion pour les spécialistes de se confronter à la complexité et à la sensibilité d’une crise en montagne, telle qu’une avalanche d’ampleur, un accident de téléphérique ou un crash d’aéronef, en prenant en compte les aspects connexes au secours : contraintes politiques, diplomatiques, médiatiques, gestion des familles de victimes, de l’ordre public…, précise le LCL Grange. Un des points forts de ce stage est une mise en situation durant laquelle la phase de conduite de l’opération est jouée en réel, avec le renfort de partenaires tels que l’autorité préfectorale, le parquet, le SAMU ainsi que des journalistes. » Afin de prendre en compte cet aspect médiatique, l’accent est mis sur la communication de crise et le média-training, des modules particulièrement appréciés par les stagiaires.

Le professionnalisme des formateurs, gage de sécurité

La montagne, c’est également le partage de son expérience. Ainsi, certains spécialistes, diplômés d’État, guides de haute montagne, moniteurs de ski, de secourisme, de canyonisme, font le choix de dédier leur temps à l’instruction pendant cinq ans. À l’instar des autres écoles et centres, et afin de mener à bien ses actions de formation dans des conditions optimales de sécurité et de pédagogie, le CNISAG bénéficie du renfort des unités de terrain. « Ces échanges permettent de placer le curseur du niveau d’exigence des stages au plus près de la réalité du terrain. Ils sont également l’occasion de partager de bonnes pratiques dans une logique d’innovation pédagogique et technique incessante », souligne l’officier.

Pour le bon déroulement des stages, le soutien est également mis à contribution et les différents services (restauration, matériel, administratif) sont pleinement engagés au profit des stagiaires.

L’expertise montagnarde s’exporte

Le CNISAG accueille également des partenaires extérieurs, comme les magistrats affectés dans les Alpes ou les élèves de l’Executive MBA HEC. Pour les premiers, il s’agit d’une sensibilisation aux contraintes et aux impératifs du milieu montagneux et des opérations de secours, alors que pour les seconds, il est question de leadership et de gestion de crise.

Les instructeurs du CNISAG tiennent également une place prépondérante auprès de partenaires institutionnels, tels que l’École nationale de ski et d’alpinisme, qui forme des civils et des militaires, dont des gendarmes, aux diplômes d’État montagne, ou les centres de ressources, d’expertise et de performance sportive.

En dehors de nos frontières, certains pays, comme l’Inde, la Chine ou encore le Maroc, se tournent également vers le CNISAG à la recherche de formations qui ne sont pas développées chez eux. « Ces partenariats internationaux et cette demande de formation de la part de pays étrangers est une véritable preuve de reconnaissance de notre expertise et de notre expérience dans les domaines de l’alpinisme, du secours et de la gestion de crise. Cela nous pousse à nous remettre sans cesse en question, à rechercher les marges de progrès existantes et à être encore plus exigeants avec nous-mêmes », conclut le LCL Jérôme Grange.

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