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L'UCTM : au service des unités montagnes

Auteur : la capitaine Gaëlle Pupin - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
Crash de la germanwings. Le CNE Fernandez de l'UCTM, en charge du briefing, coordonne le travail de l'ensemble des acteurs pour appuyer efficacement le commandant du PGHM de Jausiers.
© SirpaGend – MAJ F. Balsamo

L'Unité de coordination technique montagne a pour objectif d'améliorer la sécurité au sein des unités spécialisées montagne et de leur apporter un appui technique et opérationnel.

« Les cinq personnels de l’UCTM ont pour mission prioritaire d’assurer la mise en place d’une démarche qualité au sein de la spécialité montagne. Outre un soutien technique et logistique au quotidien, l’unité met à disposition une véritable organisation structurelle, en appui du commandement, en cas de crise majeure. C'est une cohérence d'ensemble, un équilibre à établir et à pérenniser avec le terrain », explique le lieutenant-colonel (LCL) Jean-Joël Loriette, conseiller technique montagne auprès du directeur général.

Réduire les risques : la recherche d’une véritable démarche qualité

« L’UCTM est l’aboutissement de plusieurs années de réflexion concernant l’évolution de la spécialité montagne, précise le capitaine (CNE) Olivier Fernandez, à la tête de la cellule contrôle évaluation. Le but est de s’enrichir des expériences et de construire un modèle uniforme afin de réduire les risques au sein des unités. » Tous les personnels de l’UCTM s’engagent dans cette démarche qualité et se déplacent pour effectuer un premier constat lors de l’arrivée d’un commandant d’unité. « En prenant appui sur un tableau de bord et sur près de 120 points d’évaluation, nous établissons une photographie de l’unité à un instant T, mettant en lumière ses points forts et ses points à améliorer », explique le major David Rastouil.

Formation, planification, ressources humaines, logistique, infrastructures, tout est passé au crible et des axes de travail sont rapidement dégagés, en association avec le commandant d’unité. Deux ans plus tard, un bilan doit être effectué, afin d'évaluer si le plan d’action défini en commun a bien été suivi. « Après un premier instant de méfiance face à cette évaluation des risques, les unités comprennent tout l’intérêt de la remontée des bonnes pratiques et des incidents. La production d’un service de qualité conditionne la réduction des accidents », poursuit le major.

Conseils techniques et juridiques au quotidien

Aide à la révision des Dispositions spécifiques Orsec secours en montagne (DSOSM) et à la mise en place de conventions, étude des textes législatifs et réglementaires influant sur le fonctionnement des unités montagne… Le panel des conseils juridiques et techniques dispensés par l’UCTM est large et s’effectue à tous les niveaux, jusqu'au commandant de région, en appui de l'officier montagne région et des commandants de groupement et de PGHM. « Au-delà de simples conseils, il s’agit surtout d’harmoniser les pratiques et les comportements au sein de la spécialité montagne, souligne le major Jean-Philippe Gary. C’est essentiel, notamment en ce qui concerne la coopération transfrontalière. Qu’il s’agisse d’une mission de sécurité civile ou d’un entraînement, les personnels de l’unité concernée doivent connaître les procédures à respecter.

Les accords sont différents selon les pays. » L’UCTM apporte également un appui logistique non négligeable : choix des matériels, participation à l’élaboration des marchés et du budget montagne en lien avec le Saelsi (Service de l'achat des équipements et de la logistique de la sécurité intérieure), suivi matériel des équipements de protection individuelle, etc. « Il s’agit de s’assurer que les unités ont le bon matériel, sécurisé, pour travailler efficacement et dans de bonnes conditions », explique le major Pascal Jouanny, de la cellule logistique. En outre, l’unité assure une veille technique concernant les avancées technologiques qui pourraient améliorer les matériels ou leur utilisation en coordination avec le Cnisag (Centre national d'instruction de ski et d'alpinisme de la gendarmerie)

Un appui opérationnel en cas de crise

Lors d'une crise majeure, l'UCTM revêt une tout autre dimension. « Nous disposons de moyens spécifiques autonomes : communication satellitaire, relais radio transportables, ordinateurs, cartes numériques et papier, P.C. sous toile, groupe électrogène… Ce lot de crise nous permet de nous projeter partout en montagne », affirme le CNE Olivier Renard, à la tête de la cellule appui opérationnel.

En permanence, l'UCTM avait un personnel sur le « chantier » (zone de crash) pour commander, coordonner et répartir l'action des différents acteurs sur le terrain tout en veillant à leur sécurité. Ici, le CNE Renard, de l'UCTM, participe aux recherches de la boite noire sur la zone de crash.

© SirpaGend – MAJ F. Balsamo

L’action de l’unité dans le cadre du crash de la Germanwings est, à ce titre, particulièrement représentative. L’UCTM a immédiatement projeté trois de ses personnels sur les lieux : l'un au poste de commandement, les deux autres sur les lieux du crash. Coordination de l'action des personnels montagne engagés, compréhension de l'environnement spécifique, éclairage technique sur les opérations en cours, mise en évidence des contraintes propres à une action en montagne, contribution à la conception de manœuvre pour travailler en sécurité, etc.

Ces compétences non négligeables, fruit d’une expérience de vingt à trente années en spécialité montagne, sont mises à la disposition du commandement opérationnel. Une plus-value évidente. « L’UCTM a contribué à démontrer la capacité de la gendarmerie à animer une opération interministérielle de grande ampleur, en coordination avec la chaîne organique », souligne le LCL Loriette. Diminution des délais de la manœuvre et absence d’accident pendant les dix jours d'engagement : un résultat plutôt probant pour cette jeune unité.

Témoignage de l’ancien commandant du PGHM de Jausiers, Yves Naffrechoux

« Le crash de la Germanwings a nécessité une organisation à la mesure de cette catastrophe. Plus de 200 personnels de diverses unités à coordonner, un site difficilement accessible et surtout une très forte pression médiatique et institutionnelle ! Impossible d'être sur tous les fronts dans les premiers temps suivant l'accident, en tant que commandant des opérations de secours sur les lieux du crash. En ce sens, l'appui quasi immédiat de l'UCTM a été déterminant.

La projection de trois professionnels de la montagne, ayant l'expérience du commandement et la même approche du terrain que moi, a permis de me donner la liberté de mouvement nécessaire pour prendre du recul. J’ai pu, en toute confiance, me dégager ponctuellement de certaines missions comme l'organisation opérationnelle, la logistique, la constitution des binômes à envoyer sur le site… J'ai ainsi consacré plus de temps aux briefings quotidiens, à la transmission des explications techniques nécessaires aux autorités, à la presse, mais surtout aux familles. »