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Maître de chien d’avalanche, une technicité essentielle

Auteur : la capitaine Céline Morin - publié le
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Dans certains massifs, les équipes cynophiles sont amenées à intervenir en été comme en hiver, à l'instar de l’avalanche de séracs qui s’est produite sur la face nord du Mont Maudit le 17 août 2016. Le PGHM de Chamonix-Mont-Blanc a d'ailleurs une équipe cynophile de permanence toute l'année.
© Sirpa Gend © MAJ F. Balsamo

La technicité de maître de chien de recherche de victime d’avalanche existe depuis 45 ans en gendarmerie. En 2018, elle compte vingt-cinq équipes cynophiles réparties sur l'ensemble des massifs montagneux et affectées en Peloton de gendarmerie de montagne (PGM) ou de haute montagne (PGHM). Gage de vies sauvées, le travail de recherche cynophile de victime en avalanche est apprécié à sa juste valeur des montagnards et, plus largement, de la population. Focus sur cette formation exigeante.

Rex, un berger belge malinois, s'élance sur une pente enneigée. Son maître le suit à distance. Sur une avalanche, le chien est autonome et évolue sans longe, mais il reste néanmoins sous les ordres de son maître, dont les déplacements influencent son travail de recherche.

Le binôme travaille en quête croisée afin de quadriller toute la zone. Rex interrompt soudainement sa course près d'une butte. Sa queue remue, puis il aboie et gratte la neige. C'est le marquage actif montrant qu'il a décelé une victime. Il attend alors sur place, non sans une certaine fébrilité.

La fixation est très importante, car sur certaines avalanches, en fonction de la déclivité du lieu et de la météo du moment, le maître peut perdre le chien de vue. « Si celui-ci ne reste pas sur la victime, on travaille pour rien. Il faut toujours être à l'écoute du chien et lui faire confiance », confie l'adjudant Jean-Paul Bonzoms, du PGHM des Hautes-Pyrénées, à Pierrefitte-Nestalas.

 

Sur une avalanche, le chien et son maître travaillent en quête croisée.

© Capitaine Céline Morin

Le militaire rejoint son chien avec le reste des hommes armés de pelles. La première victime est extraite de la neige. En récompense, Rex reçoit son jouet. Car c'est par le jeu avant tout que se fait l'apprentissage de toute technicité cynophile.

Objectif : sauver des vies

Le chien poursuit sa mission, sous l’œil parfois impressionné de skieurs et de randonneurs massés sur les bords de la piste du domaine skiable de Barèges-Pic du Midi-Grand Tourmalet et assistant à l’exercice. Gage de vies sauvées, la recherche cynophile de victime en avalanche est en effet appréciée à sa juste valeur des montagnards et, plus largement, de la population.

Le binôme maître et chien fait preuve d'efficacité, de rapidité et d'aisance. Il lui faut peu de temps pour trouver les autres victimes enfouies. Et en montagne, ce temps est précieux. Face au risque d’asphyxie, la durée de survie d'une personne enfouie est en moyenne de quinze à vingt minutes, indépendamment des autres traumatismes éventuellement subis dans l’avalanche. Les équipes cynophiles de recherche, toujours primo-engagées, disposent donc de délais très courts.

 

Les chiens sélectionnés font partie des meilleurs pisteurs de la gendarmerie.

© Sirpa Gend - MAJ F. Balsamo

Le travail de formation et l'évolution des capacités d'intervention ont permis de gagner en efficacité. « En 2017, sur une quarantaine d’engagements à l’échelle nationale, cinq personnes sorties d'avalanches par les équipes cynophiles de la gendarmerie étaient encore en vie. », souligne le lieutenant-colonel Paul Betaille, commandant en second le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG), à Gramat (46).

Le chien peut intervenir dans toutes les situations. C'est quasiment le seul moyen encore opérationnel quand tous les autres sont rendus inopérants, en raison notamment des conditions météorologiques.

Cursus de formation

Les équipes cynophiles de recherche de victime d'avalanche existent depuis 45 ans en gendarmerie. En 2018, on en compte vingt-cinq, réparties sur l'ensemble des unités spécialisées montagne (PGM et PGHM).

Avant de devenir maître de chien d'avalanche, le sous-officier doit d'abord avoir réussi le cursus « montagne » (diplôme de qualification technique montagne) au Centre national d'instruction de ski et d'alpinisme de la gendarmerie (CNISAG), à Chamonix-Mont-Blanc, puis être ensuite sélectionné pour intégrer la spécialité montagne et obtenir son Brevet de spécialiste (BSM).

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Toutes les équipes cynophiles de recherche de victime d’avalanche suivent d’abord une formation initiale d’une durée de quatorze semaines au CNICG à Gramat (46), de septembre à décembre, au terme de laquelle elles sont validées en « piste ».

L’hiver suivant, les binômes effectuent un stage initial de trois semaines au sein du Centre national d'entraînement à l'alpinisme et au ski (CNEAS) des compagnies républicaines de sécurité, à Chamonix-Mont-Blanc (74). En effet, depuis deux ans, la formation des équipes cynophiles de recherche de victime d’avalanche est mutualisée entre la gendarmerie et la police nationales.

À l’issue, les équipes cynophiles sont opérationnelles. Pour autant, elles devront se soumettre ensuite, chaque année, à un recyclage ou contrôle technique. Ces contrôles opérationnels sont géographiquement répartis entre le CNICG de Gramat, chargé de contrôler les équipes cynophiles de la gendarmerie et de la police nationales implantées dans les Pyrénées et en Auvergne, et le CNEAS de Chamonix-Mont-Blanc, en charge du contrôle de celles implantées dans les massifs alpins. Ainsi, depuis 2017, c’est dans les Hautes-Pyrénées, sur le site de Barèges-Pic du Midi-Grand Tourmalet, que le CNICG organise les contrôles opérationnels dont il a la responsabilité.

« L’une des technicités cynophiles les plus difficiles et les plus exigeantes »

« Les chiens de recherche de victime d’avalanche sont sélectionnés par le CNICG et triés sur le volet. Les qualités indispensables à cette technicité sont repérées par les dresseurs-instructeurs du centre au cours d’une phase de sélection. Ces chiens doivent, en effet, posséder un caractère joueur, être sociables – en raison de la présence potentielle de nombreux secouristes et d’autres chiens –, être en parfaite santé, dynamiques, très obéissants et faire preuve d’abnégation et de persévérance dans l’effort et le travail », explique le LCL Betaille.

Les cellules réceptrices, au plan olfactif, sont environ 40 fois plus nombreuses chez le chien que chez l'homme. Son odorat est donc bien plus développé. Et il a surtout la capacité de discriminer et d'isoler les odeurs. Il est ainsi capable de détecter la présence d'une personne enfouie sous la neige, même à proximité d'une victime se trouvant en surface.

En arrivant sur le site du stage, les chiens découvrent un nouvel environnement, celui de la montagne, et un nouveau milieu et matériaux, celui de la neige. Par le biais du jeu, le maître incite son chien à une recherche sous la neige.

 

La plupart des interventions s'effectuant en hélicoptère, les chiens doivent être familiarisés avec l'appareil et l’hélitreuillage.

© O.T. Montgenèvre - O. Milleville

La difficulté augmente avec l’étendue de la zone de recherche, la présence d'objets (sacs, skis, chaussures, etc), de personnes et d'engins sur la zone de recherches. Les scenarii, de plus en plus complexes, mis en place par les instructeurs et moniteurs avalanche du CNICG, s'inspirent de cas vécus.

Le chien apprend ainsi à se concentrer et à discriminer les odeurs, tandis que le maître peut repérer les capacités et les comportements de son animal pour mieux les reconnaître en situation réelle.

« La montagne n'est qu'un environnement, certes particulier et difficile, qu'il faut connaître et maîtriser, mais le travail du maître de chien d'avalanche est avant tout un travail de cynotechnicien », insiste le colonel Dominique Dalier commandant le CNICG. « C'est l'une des technicités les plus difficiles et les plus exigeantes, et c'est assurément la plus importante – même si elle ne concerne qu'une population restreinte – pour garder la maîtrise dans le domaine du pistage. C'est aussi un savoir-faire essentiel pour le reste de la cynotechnie. »