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Missions en montagne : la gendarmerie aux sommets

Auteur : la capitaine Aurélie Muscat - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Les conditions difficile exigent des entraînements réguliers par les personnels des unités montagne.
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Relief, climat, altitude, modifient les conditions d’exécution des missions en montage. Les défis de ces unités sont quotidiens

La montagne est un milieu particulièrement difficile. Le relief, le climat et l'altitude modifient les conditions d'exécution des missions. Avoir des unités et des personnels spécialisés permet de garantir une présence de la gendarmerie sur l'ensemble du territoire. La complémentarité avec les unités du cadre général fait de la gendarmerie en montagne une force intégrée.

La sécurité en montagne : un dispositif intégré

La gendarmerie a en effet une approche globale de la sécurité en montagne. Elle s’appuie sur quatre composantes : territoriale, spécialisée, aérienne et mobile. Les unités spécialisées couvrent un spectre missionnel large, allant du secours aux missions de police judiciaire (police de l'environnement, contrôle des professionnels de la montagne, etc.) en passant par la surveillance des reliefs et des zones touristiques.La sécurité en montagne repose en effet également sur sa composante territoriale. Le nombre de ces unités a récemment été élargi. Avoir une culture montagne est indispensable pour exécuter les missions « normales » de la gendarmerie se déroulant dans ce milieu particulier.

Enfin, l'Unité de coordination technique montagne (UCTM), créée en août2014, permet la coordination tant opérationnelle que fonctionnelle des unités montagne, notamment lors d'événements de grande ampleur.

S'adapter et innover

Les unités montagne ne sont pas figées dans leurs acquis. Les montagnards sont ingénieux , ils cherchent en permanence à innover pour faciliter l'exécution de leur mission et gagner en efficacité et en sécurité.

Le rôle de l'UCTM est important en ce domaine, puisque l'unité mène un travail de coordination et d'harmonisation des bonnes pratiques. Au quotidien, les gendarmes de montagne s'adaptent aux évolutions de la pratique des sports de montagne et de la réglementation spécifique qui y est liée. De manière générale, chaque expérience fait l'objet d'un retex.

Ainsi, après le crash de la Germanwings, une réflexion a été menée à la fois sur les évolutions à apporter au matériel (véhicules, moyens radios auto-alimentés, etc.) et sur les process, qu'il s'agisse du travail réalisé en amont avec le CPGC, ou de l'intervention des secouristes en phase ante et post-mortem, afin de prévenir les risques psychologiques.

De même, la réflexion se porte aujourd'hui sur nos modalités d'intervention. Nous réfléchissons notamment à passer, en matière de secours, d'une logique départementale à une logique de massif.

Secouristes, mais enquêteurs avant tout

Comme précisé dans le code de la sécurité intérieure, les gendarmes, acteurs de missions de sécurité civile, assurent le respect des lois tout comme la protection des personnes et des biens. Le rôle d'enquêteur des personnels des unités spécialisées est inséparable de celui de secouriste.

La compétence judiciaire et la connaissance fine de la réglementation en montagne amènent les spécialistes gendarmerie de la montagne, dans le prolongement ou indépendamment des opérations de secours, à établir le plus précisément possible l'origine, les liens de causalité et les circonstances d'un accident, ou d'infractions à l'environnement, au droit du travail, etc.

Sécurité en montagne, un dispositif intégré : La circulaire 6800 du 29 décembre 2015 a procédé à une mise à jour des unités dites « montagne », sur la base de critères objectifs (relief, altitude et climat). Les personnels des unités classées montagne bénéficient d'un complément de dotation initiale, adapté à l'environnement dans lequel ils sont engagés.

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Le gendarme dirige ces enquêtes avec tout son savoir de technicien montagnard, savoir sur lequel s'appuient les magistrats.

Coopération internationale

Les massifs montagneux étant pour une bonne partie frontaliers, les relations avec les homologues étrangers sont fréquentes. Les accords binationaux permettent aux personnels de se rencontrer, de s'exercer ensemble. Des conventions d'assistance mutuelle et réciproque permettent d'intervenir à l'étranger en cas de secours à personne, ou d’autoriser des unités étrangères à intervenir en France.

En effet, selon la zone à atteindre, son accessibilité peut être plus simple, ou la fenêtre météo plus favorable pour l'unité frontalière. Au niveau international, l'Icar (International commission for alpine rescue), congrès international des acteurs du secours en montagne, permet, une fois par an, d'échanger sur les techniques de secours en montagne.

C'est l'occasion de mettre en œuvre des procédures validées par les unités étrangères ou par des instances médicales (méthodes de sondage, notamment). Cela permet ainsi d'harmoniser les pratiques (sondage, treuillage, etc.) et de travailler en sécurité sur des opérations conjointes.

Unités montagne et terrorisme

Les unités montagne sont des acteurs de renseignement. Que ce soit sur les sites à forte affluence touristique tels que l’Aiguille du Midi, point d'intérêt vital, ou dans des zones peu fréquentées, la présence de la gendarmerie permet de mener des observations de surveillance sur tous les reliefs, et d’obtenir du renseignement.

Les unités montagne gendarmerie en métropole et outre-mer

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Dans l'éventualité d'un attentat terroriste sur un site montagneux difficile d’accès, les unités d'intervention (telles que le GIGN) pourraient difficilement y accéder sans le PGHM.

Le secours en montagne : coordination et complémentarité avec la police et les pompiers

La circulaire Kihl, du 6 juin 2011, fournit aux préfets de département les éléments de doctrine nécessaires à la mise en place de dispositifs de secours coordonnés. Le secours en montagne est organisé, au niveau de chaque département, par le préfet, via les directives spécifiques Orsec montagne qui prévoient les missions.

L'organisation des secours diffère selon les départements. Dans certains, il y a unicité du corps qui intervient (cas de la gendarmerie sur le massif du Mont-Blanc). Plus fréquemment, les secours sont assurés en alternance par la gendarmerie, les CRS ou les sapeurs-pompiers. Enfin, il existe aussi le cas où les équipes d'intervention sont mixtes gendarmes/pompiers.