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Des convois placés sous haute sécurité

Auteur : le capitaine Éric Costa avec Antoine Faure - publié le
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© Gendarmerie nationale

Au pic de la crise de la COVID-19, la gendarmerie a su répondre présent pour assurer les escortes de convois de matériels sanitaires devenus sensibles, ou encore celles des évacuations de malades visant à désengorger certains hôpitaux saturés. Les différentes forces de gendarmerie directement engagées sur le terrain ont pu compter sur l’appui du Centre national de sécurité des mobilités (CNSM).

Comme de nombreux pays, la France a dû faire face à une pénurie de masques de protection et de blouses médicales au cours de la crise sanitaire que le monde a traversée. La gendarmerie nationale a été particulièrement sollicitée pour sécuriser des convois de ces matériels devenus ultra-sensibles. Les stocks de masques, par exemple, considérés comme stratégiques, ont un temps été réquisitionnés, notamment au profit des professionnels de santé. Nombreux furent ceux qui ont malgré tout souhaité s’en procurer, entraînant une flambée des prix et ouvrant la voie à un véritable trafic clandestin.

Du matériel sous haute protection

Commandés par l’État ou certaines régions, principalement auprès de la Chine, ces matériels arrivaient par voie aérienne, pour être ensuite redistribués sur le territoire. Ces convois ont nécessité des mesures de protection particulières, qui ont bien souvent été mises en œuvre par la gendarmerie, notamment à la demande de l’organisme de santé publique français.

Tel fut le cas le jeudi 2 avril, tôt dans la matinée, à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, où une cargaison de masques en provenance de Chine était déchargée, sous la protection de la gendarmerie des transports aériens dans un premier temps, avant de prendre la route dans un convoi de huit camions, vers un site de stockage provisoire situé dans la Marne. Après avoir relevé des hommes de la Compagnie des transferts, escortes et protection (Cotep) de la police nationale, qui ont assuré l’accompagnement du convoi entre l’aéroport et le péage de Coutrevoult (77), la mission d’escorte a débuté pour un groupe de militaires de l’escadron de gendarmerie mobile 16/1 de Versailles-Satory.

« Notre configuration était similaire à celle que nous mettons en œuvre lorsque nous escortons des convois de la Banque de France : douze militaires armés et équipés, répartis dans quatre véhicules, détaille l’adjudant-chef Alain B., chef d’escorte. C’est dire la sensibilité de ces matériels médicaux en ce moment particulier. La gendarmerie a déployé des moyens conséquents pour dissuader les délinquants qui auraient souhaité détourner un camion. »

Une extrême vigilance était de mise pendant les trois heures de trajet. À l’approche du site de stockage, l’escorte pilotée par l’adjudant-chef a été prise en compte par les motocyclistes de la Brigade motorisée (B.Mo.) de Vitry-le-François (51) qui, connaissant parfaitement les lieux, ont ouvert l’itinéraire dans des conditions optimales.

« Nous étions leur boussole ! »

Parmi les escortes liées à la crise sanitaire, il y eut également celles des évacuations sanitaires, plus particulièrement assurées par les Escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR), rompus à ce genre d’exercice. Des ouvertures de route ont donc été réalisées par des unités motocyclistes, au profit des ambulances dédiées au transport des malades de la COVID-19. Tel fut le cas de l’EDSR de Haute-Garonne qui, durant les quinze premiers jours de crise, a assuré une moyenne de trois escortes par jour depuis l’aéroport de Toulouse-Blagnac jusqu’aux différents hôpitaux désignés.

La question de l’intérêt d’ouvrir la route à des ambulances peut se poser, alors que les axes routiers étaient quasiment désertés pendant le confinement. « L’utilité de notre action était bien avérée, car les voies de circulation étaient parfois bloquées par des véhicules mal positionnés, précise le chef d’escadron Christophe Lasgleyzes, commandant de l’EDSR de Haute-Garonne. Notre rôle était alors de fluidifier rapidement le trafic. Chaque minute comptait lors de la prise en charge de ces malades. »

Le temps étant précieux, la bonne connaissance des axes routiers et des itinéraires était en effet déterminante. « À maintes reprises, nous avons « piloté » des ambulances dont les conducteurs ne connaissaient pas bien les lieux de dépose. Nous étions leur boussole ! », résume l’officier.

Prévention et assistance 100 % gendarmerie !

Dans les coulisses de ces opérations d’escorte, se trouvait le Centre national de sécurité des mobilités (CNSM). Créé en novembre 2017, à la suite d’un vol survenu dans un train des armées dans les Bouches-du-Rhône, le CNSM a pour objectif d’avoir une vision d’ensemble de tous les transports sensibles.

« Notre première mission est de faire de la prévention, décrit le chef d’escadron Fabrice Blanc, commandant le CNSM. Nous récupérons pour cela des informations auprès des entreprises de transport partenaires, des unités, des administrations et des préfectures, afin de produire une note de synthèse quotidienne, diffusée au niveau départemental, informant sur tous les trajets qui concernent la zone gendarmerie. Le second volet de notre action consiste à assister les unités et les partenaires en cas d’incident, et à faire en sorte que le délai d’intervention soit raccourci au maximum, grâce à l’utilisation des données de géolocalisation des transporteurs et des patrouilles. »

Fusionner les données de géolocalisation

Hasard du calendrier, au moment du déclenchement de la crise de la COVID-19, les équipes du CNSM testaient précisément un nouveau logiciel permettant de fusionner sur une même carte différentes données, dont celles de géolocalisation des véhicules de gendarmerie et des transporteurs, auxquelles ont été ajoutées celles concernant les entrepôts ravitaillés en masques.

« Nous avons simplement accéléré sa mise en service, avec l’aide de la section géomatique du centre de planification et de gestion de crise, pour pouvoir fournir, dans un outil cartographique unique, tout ce qui est utile à la gestion de crise, poursuit le CEN Blanc. Nous l’avons alimenté au fil de l’eau, avec d’autres données stratégiques, comme les distributeurs de billets, les fabricants de gel hydro-alcoolique, ceux de chloroquine… »

Afin de suivre le bon déroulé du transport de la marchandise vers les lieux de stockage, un partenariat avec les transporteurs était indispensable et permanent. « Certains transporteurs, assurant eux-mêmes la surveillance de leurs convois, nous ont donné accès à leurs données. Ainsi, en cas d’événement, les unités de gendarmerie auraient pu intervenir plus rapidement. »

Dans la même logique, le CNSM a suivi les transferts de malades par trains sanitaires, en lien avec la SNCF et l’officier de gendarmerie qui y sert. Le centre a également été mis à contribution pour suivre, aux côtés des régions zonales, les opérations de contrôle des flux de population, dans le cadre des restrictions de déplacement pendant le confinement.