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Focus sur le centre national de soutien logistique

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
© Gendarmerie nationale

Rattaché organiquement au Commandement du soutien opérationnel de la gendarmerie (COMSOP) et pour emploi à la Sous-direction de la logistique et de l’approvisionnement du SAILMI, le Centre national de soutien logistique (CNSL) est un maillon essentiel de la chaîne logistique. Cette plateforme logistique du Ministère de l’Intérieur (MININT), située au Blanc (36), gère un très large panel de missions et s’avère particulièrement sollicitée depuis le début de la crise sanitaire.

Si les opérations logistiques demeurent souvent méconnues au sein de l’Institution, il convient d’en dévoiler aujourd’hui toutes les facettes. Une chose est sûre, le CNSL ne peut être résumé à de simples entrepôts dans le département de l’Indre.

Une polyvalence à toute épreuve

En tant que plate-forme nationale logistique, le centre gère une partie des matériels nécessaires au service des opérationnels. De la réception à la distribution, en passant par le contrôle quantitatif et qualitatif, mais aussi le stockage, il assure l’approvisionnement régulier des unités de gendarmerie et de police, qu’il s’agisse, par exemple, des gilets pare-balles ou encore des munitions.

Mais le CNSL va au-delà ! Disposant de sa propre flotte de véhicules, il peut livrer en toute autonomie le matériel acheté, voire effectuer le transit de matériels entre deux formations administratives de la gendarmerie. Selon les volumes et les destinations, il arrive aussi qu’il soit fait appel à un prestataire privé, la société de transport « Geodis ».

En lien avec le ministère des Armées, le centre assure également le conditionnement et la livraison des matériels pour tous les territoires d’outre-mer. Il convient là encore de respecter les délais impartis et d’assurer un acheminement sûr, que ce soit par voie maritime ou aérienne, militaire ou civile.

Enfin, le CNSL dispose d’ateliers techniques, où des produits peuvent être fabriqués en petites séries (coffrets, râteliers d’armes, supports automobiles, etc.). C’est également à cet endroit que les extincteurs de CO² sont remis en l’état et que des formations sont dispensées au profit des personnels de gendarmerie affectés en région, pour leur apprendre à vérifier les appareils se trouvant dans les bâtiments.

Les missions sont donc nombreuses pour les personnels affectés au CNSL !

Une autre dimension à travers la crise

Si le centre est réputé pour sa polyvalence, c’est une nouvelle mission d’ampleur qui l’attendait dès le 11 mars dernier. Tandis que le coronavirus se propageait en France à la veille du premier tour des élections municipales, le CNSL a dû assurer la fourniture des premiers matériels sanitaires, en lien avec le SDLA. Dans l’urgence, il s’agissait de récupérer en priorité du gel hydro-alcoolique et des masques en quantité. Par la suite, le centre a aussi géré l’apport de visières souples, de gants, de lunettes, de solution pour nettoyer les surfaces, etc.

Parfois confronté à l’absence de personnels au sein des entreprises privées, pour effectuer les livraisons, le centre a assuré lui-même la récupération des matériels destinés aux expéditions. Après avoir vérifié les commandes reçues, représentant des volumes importants, sur des palettes parfois mal préparées, avec des cartons affaissés ou en mauvais état, il a fallu tout défaire et reconditionner pour faciliter l’acheminement, dans des volumes moindres, en métropole mais aussi en outre-mer.

Afin de respecter les délais impartis pour les expéditions ultramarines, le CNSL n’a pas pu recourir

à des vols militaires, comme il le fait habituellement, en raison de l’urgence. Il a donc dû réaliser des études de devis, avant de collaborer avec trois opérateurs civils (Avico, Caille et Geodis).

Toutefois, une expédition par voie maritime a pu être réalisée vers les Antilles, avec le porte hélicoptères amphibie Dixmude, ainsi qu’une autre par voie aérienne vers la Guyane, avec un A400M. Dans ce cadre, les logisticiens ont également dû préparer et rédiger tous les documents administratifs et douaniers nécessaires à l’exportation.

Au total, le CNSL a ainsi organisé 14 vagues d’expédition vers l’outre-mer. Alimentant la métropole dans le même temps, les personnels du centre ont assuré, en totale autonomie, la préparation et la distribution des équipements dans la majorité des SGAMI et en région de gendarmerie d’Île-de- France. Enfin, « à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles » : au-delà des unités de gendarmerie et de police, le CNSL a aussi été chargé d’approvisionner pas moins de 44 préfectures sur l’ensemble du territoire.

Évoluer en mode dégradé

Comptant habituellement près de 80 personnels, le centre a dû fonctionner en mode dégradé dès la mise en place du confinement. Deux brigades d’environ trente personnels ont ainsi été constituées pour travailler en présentiel. Avec parfois des rappels entre brigades, ce système de roulement a permis d’éviter toute contamination, tandis qu’une minorité est restée à domicile pour des raisons familiales ou de santé avec, pour certains, des possibilités de télétravail.

Avec près de 500 opérations réalisées durant la crise et près de 50 millions de masques chirurgicaux MININT actuellement stockés, les personnels du centre n’ont pas chômé ! De fin mars à mi-mai, les personnels civils et militaires n’ont pas compté leurs heures, sacrifiant bien souvent soirées et week ends pour que les commandes soient honorées et les livraisons assurées dans les délais impartis. Parmi les opérations effectuées, peuvent notamment être cités : la réception, le stockage, la préparation et la distribution des achats et des dons importants de masques chirurgicaux ; l’équipement en armement des élèves gendarmes déployés en avance de phase ; la livraison en munitions des Antennes GIGN, afin de pouvoir intervenir au sein des établissements pénitentiaires ; l’acheminement de motocyclettes de l’école de Fontainebleau vers la région de Nouvelle-Aquitaine, afin de veiller au respect des mesures de confinement sur le littoral, etc.

Pour remplir ses missions, le CNSL a aussi pu compter sur l’appui de l’état-major du COMSOP, via le renfort de mécaniciens du centre technique opérationnel de maintenance, mais aussi des gendarmes adjoints volontaires de la compagnie de sécurité. L’ampleur des stocks liés à la crise sanitaire a également vite dépassé les 10 000 m² du centre dédiés au stockage. Il a donc fallu s’appuyer sur d’autres entrepôts du COMSOP, se trouvant au Blanc ou à Limoges (service de diffusion de la gendarmerie), ainsi que sur ceux des SGAMI. Des nivellements entre plates-formes logistiques ont également eu lieu, comme ce fut le cas entre l’Établissement central logistique de la police nationale (ECLPN), basé à Limoges (87), et son antenne du Chesnay (78).

Et après ?

Une fois passés le pic épidémique et les premières livraisons de grosses quantités dans l’urgence, l’activité COVID-19 s’est maintenue pour le centre. Il s’agit désormais de poursuivre les livraisons, tout en réapprovisionnant les unités de gendarmerie qui peuvent passer commande à travers le système LOG-MI, tout en s’appuyant sur le transporteur Geodis, s’agissant des livraisons.

Pour la police, les commandes parviennent au SAILMI, lequel les transmet au CNSL, à l’ECLPN ou aux SGAMI, suivant les produits stockés. Par ailleurs, le CNSL veille sur l’actualité, afin d’anticiper d’éventuels besoins qui redescendront de la SDLA, à l’instar de la propagation du virus en Guyane fin juin, ou en Mayenne, début juillet. Enfin, il convient d’assurer les missions habituelles, comme l’approvisionnement des unités gendarmerie et des SGAMI en munitions, après la reprise des formations de tir, ou la préparation des matériels au profit des forces déployées aux Antilles et en Guyane.

« Il y a eu un réel engagement de la part de tous les personnels, qui ont pu démontrer leur disponibilité sans faille et leur grande polyvalence. Beaucoup n’ont pas hésité à s’adapter, en s’éloignant de leur cœur de métier, pour répondre à la demande dans l’urgence », souligne le colonel Didier Forgues, commandant le CNSL.

Aussi, plusieurs autorités, dont le directeur du SAILMI, M. Jean Bouverot, et le major général, le général de corps d’armée Bruno Jockers, sont d’ores et déjà venues au COMSOPGN pour les saluer et les remercier pour le travail accompli. Après avoir obtenu des renforts, le centre reste mobilisé pour affronter une éventuelle deuxième vague !