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Innover en temps de crise

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Durant la crise, de nombreux makers, des gendarmes d’active et de réserve, mais aussi beaucoup de citoyens impliqués, se sont mobilisés pour fabriquer des visières de protection à bas coûts, grâce à leurs imprimantes 3D. Ce phénomène a accéléré la montée en puissance de la capacité 3D de l’institution.
© GGD 55

Inscrit dans l’ADN militaire des gendarmes, l’esprit d’innovation se trouve d’autant plus stimulé en temps de crise. Celle liée à la pandémie de COVID-19 ne fait pas exception, se montrant propice à la créativité et à l’ingéniosité dans les rangs. Afin de recenser les bonnes pratiques développées par les gendarmes, mais aussi les projets extérieurs à l’institution, une cellule J9 innovation a vu le jour au sein du CDO.

« Activée au sein du CDO début avril, la cellule J9 innovation s’est d’abord mobilisée sur la problématique des visières, à l’origine de nombreuses initiatives, avant que le sujet ne soit pris en compte par le Service de l’achat, de l’innovation et de la logistique du ministère de l’Intérieur. Plus globalement, notre mission était de capter et de valoriser les innovations internes, mais aussi externes, et ce en France comme à l’international », explique le lieutenant-colonel Francis David, à l'époque à la tête de cette structure de dix personnels, dont il souligne l’agilité, en partie imputable à la transversalité entre la direction des soutiens finances, le service de la transformation, la section d’appui aux programmes de la DOE et le cabinet du directeur général.

© Gendarmerie nationale

Innovation interne : valorisation de 21 mesures

Pour ce faire, la cellule J9 s’est appuyée sur les processus de valorisation interne déjà largement éprouvés par le Bureau de la qualité et de l’innovation participative dans le cadre des Ateliers de Performance. Sur les 46 mesures étudiées au titre des bonnes pratiques développées en interne, 21 ont été valorisées via une diffusion sur le wiki voire une généralisation (comme l’utilisation des gants et masques des kits PTS périmés), une quinzaine ont été écartées, les autres étant encore à l’étude.

En parallèle, une procédure de décision élaborée a été mise en place pour travailler sur des thématiques plus spécifiques, telles que le GendFabLab (développement d’une capacité de prototypage rapide inscrit dans GEND20.24) ; les capteurs thermiques ; la capacité de détection olfactive de la COVID-19 en cynotechnie ; le dispositif d’équipement de protection des véhicules ; la technologie de désinfection des locaux par ultra-violets ; le traçage des clusters, auquel les forces de sécurité intérieure participent dans certains pays ; ou encore les distributeurs sans contact de gel hydroalcoolique.

Plusieurs expérimentations ont été conduites pour déterminer si les chiens avaient la capacité de détecter le coronavirus, comme en Corse, où celle-ci était pilotée par les sapeurs-pompiers, en partenariat avec l’hôpital d’Ajaccio, l’université de Corse et la gendarmerie.

© R.G. Corse

L'appui du Lab Information Stratégique

« D’une manière générale, et sur ces sujets en particulier, il était intéressant de voir ce qui était développé ailleurs, notamment dans des pays confrontés à la crise avant nous, afin de permettre à la gendarmerie de mieux gérer cette période et même d’anticiper sur l’avenir. Nous nous sommes appuyés d’une part sur notre réseau d’attachés de sécurité intérieure, mais aussi sur les écoles partenaires du Lab Information Stratégique (École européenne d’intelligence économique, École de guerre économique, École internationale des sciences et traitement de l’information et l’École des bibliothécaires documentalistes), dont 65 élèves ont fait de la captation de renseignement en sources ouvertes sur l’innovation liée à la crise ou sur des points particuliers comme la localisation des communautés de makers et des imprimantes 3D. Leurs travaux ont ainsi permis d’enrichir notre réflexion. »

Montée en puissance de l'impression 3D

La capacité d’impression 3D a été l’un des gros dossiers suivis par la J9. « La fabrication de visières ou de dispositifs universels d’ouverture de porte sans contact ont mis en avant cette technologie de rupture au plus près des bénéficiaires », souligne l’officier. La cellule a notamment travaillé avec l’école nationale supérieure de Saclay pour avoir une approche sociologique des communautés de makers, ainsi qu’un début de cartographie de leur implantation.

210 communautés ont été identifiées, auxquelles se sont ajoutés 150 makers gendarmerie, ainsi que 93 FabLab au sein des écoles, des universités et des lycées techniques, dont certains avaient noué des partenariats de circonstance avec la gendarmerie. Ces différents travaux ont permis à l’équipe du LCL David de présenter au directeur général, dès la mi-juin, un projet de montée en puissance progressive de la capacité 3D post-crise, avec le déploiement envisagé d’une quarantaine de machines dans les territoires d’ici la fin de l’année, en avance de deux ans sur les prévisions.

Trois champs d’application pour cette technologie ont d’ores et déjà été identifiés en gendarmerie : l’accompagnement de l’innovation par le prototypage rapide, la fabrication de pièces adaptatives, notamment dans le cadre de la mise en place de moyens spéciaux d’enquête, et, bien évidemment, tout le spectre du maintien en condition opérationnelle de certains équipements.