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Répondre présent pendant la crise

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Durant la crise, la gendarmerie a accentué le contact avec les populations et les acteurs vulnérables, à l’instar de certains commerces.
© Gendarmerie nationale

Dans ce contexte inédit de crise sanitaire, et sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur, la gendarmerie s’est engagée au-delà de sa mission fondamentale de protection, s’employant au quotidien à accompagner et à rassurer la population, particulièrement les plus fragiles et les plus exposés. Les multiples modes d’action mis en place localement et les initiatives menées sur l’ensemble du territoire sont venus nourrir l’opération #RépondrePrésent, lui conférant la dimension d’une véritable politique nationale.

 

« #RépondrePrésent n’est pas en soi une opération limitée à la seule période de cette crise. C’est un état d’esprit, une façon d’aborder notre mission. Servir et protéger, pour la population et par le gendarme, c’est exactement ce que la Nation attend de nous, c’est exactement ce que nous lui devons ! », déclarait le général d’armée Christian Rodriguez, directeur général de la gendarmerie, le 15 mai, sur son blog, félicitant à cette occasion tous les personnels de la gendarmerie pour « la qualité de vos actions, de l’imagination et du sens du service dont vous faites preuve, mais surtout du rôle primordial que vous jouez au bénéfice de nos concitoyens dans cette période difficile. »

En effet, depuis le 17 mars, date du début du confinement, la crise sanitaire a largement engagé tous les personnels de la gendarmerie, quel que soit leur statut, leur subdivision d’appartenance ou leur spécialité. Et très vite, au-delà de la mission fondamentale de protection portée par l’Institution, l’opération #RépondrePrésent s’est attachée à répondre aux préoccupations des territoires, en sécurisant, en accompagnant et en rassurant la population et les acteurs locaux, particulièrement les plus vulnérables et les plus exposés. Le déploiement en avance de phase de quelque 3 700 élèves, officiers et sous-officiers, ainsi que l’emploi de la réserve opérationnelle ont d’ailleurs permis aux unités d’assurer une présence H.24 sur le terrain.

Garder le contact

Si la priorité opérationnelle a été de faire respecter les mesures de confinement, les gendarmes n’en ont pas oublié leur mission de contact, que ce soit en maintenant l’accueil du public dans les brigades ou dans le cadre des patrouilles quotidiennes.

Les échanges avec les élus locaux, essentiels en temps normal, sont eux aussi devenus primordiaux, afin de coordonner les actions de prévention et d’aide aux populations les plus vulnérables. Des contacts réguliers, sinon quotidiens, en présentiel ou en télé-contact, afin de gérer la crise ensemble.

Au cours de cette période, où les contacts physiques étaient fortement déconseillés, les réseaux sociaux de la gendarmerie ont aussi permis de conserver un lien et d’apporter une forme de soutien, notamment en dispensant de nombreux conseils, particulièrement en matière de prévention, par exemple face à l’émergence de diverses escroqueries en lien avec la COVID-19.

Dans le même esprit, la brigade numérique a contribué à garder le contact. Le nombre sollicitations a d’ailleurs bondi, passant de 250 par jour en temps normal à plus de 2 500 pendant la crise, nécessitant le renforcement de sa capacité.

Accompagnement des personnes vulnérables et des acteurs fragilisés

Tout au long de la crise, une attention particulière a été portée à la protection et à l’accompagnement des personnes vulnérables et des acteurs fragilisés. Les opérations tranquillité senior se sont ainsi multipliées localement, en lien étroit avec les collectivités locales et les polices municipales, afin de préserver le lien avec les aînés, rompre leur isolement, répondre à leurs questions, mais aussi les rassurer.

Les autorités ont également rapidement pris la mesure du terreau malheureusement fertile que pouvait représenter le confinement en matière de violences intra-familiales. Outre les nouveaux dispositifs gouvernementaux et les outils préexistants, la gendarmerie a adopté une démarche proactive, en mettant en place localement des cellules de contact et de suivi des victimes pour détecter, voire prévenir, les situations de violence. Dans plusieurs départements, des partenariats ont aussi permis de diffuser des messages de prévention sur les sachet de pharmacie ou sur les tickets de caisse des supermarchés.

Soutenir les acteurs économiques

Avec les mesures de confinement, de nombreux commerçants et chefs d’entreprise ont dû fermer boutique. À ce titre, les groupements de gendarmerie départementale ont renforcé les dispositifs prévus dans le cadre de l’Opération tranquillité entreprises (OTE), afin d’assurer la protection des établissements et des entrepôts implantés sur leur zone de compétence et rassurer les propriétaires.

La vigilance s’est aussi portée sur les établissements restés ouverts et devenus vulnérables du fait de leur activité, à l’instar des pharmacies, des magasins alimentaires, etc. Enfin, les gendarmes, notamment les référents et les correspondants sûreté, ont eu à cœur d’apporter des conseils pratiques afin d’améliorer les dispositifs de sûreté, y compris en matière de risques cyber.

Par ailleurs, dans une volonté de soutenir les acteurs économiques locaux et de favoriser leur potentiel de développement, la gendarmerie s’est appuyée, dès que possible, sur des entreprises locales pour concevoir et fabriquer des équipements de protection alternatifs, tels que les visières anti-projections.

Protection du cyberespace...

En matière de protection des populations, deux problématiques particulières ont nécessité la mise en œuvre de modes d’action adaptés. Les cyber-délinquants ont en effet très vite profité de l’augmentation du nombre d’internautes et du temps de présence en ligne, que ce soit dans le cadre des loisirs, du télétravail ou des cours à distance, pour lancer de multiples campagnes d’hameçonnage ou développer des arnaques en ligne liées à la crise sanitaire. L’agence Europol a particulièrement attiré l’attention sur la recrudescence de victimes mineures.

Toute la chaîne Cybergend s’est donc mobilisée pour surveiller l’émergence de nouveaux phénomènes, identifier les auteurs, anticiper toute action malveillante et, enfin, sensibiliser et accompagner les potentielles victimes, qu’il s’agisse de collectivités, d’organismes de santé, d’entreprises ou de particuliers, vers une meilleure hygiène numérique.

Et préservation de la santé publique

Il a aussi fallu rapidement prendre en compte, sous la coordination de l’office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, les phénomènes de délinquance liés à la santé publique (trafics de médicaments, vols de matériels médicaux) ainsi que la prévention des actes malveillants contre les personnels soignants.

Une opération, baptisée Hy-Gie, a ainsi été dédiée au

suivi des affaires judiciaires relatives à la sphère de la santé et de ses acteurs. Le soutien au monde médical s’est également traduit par différentes initiatives : appui logistique des unités du pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, fourniture de matériel médical, collectes de denrées alimentaires, cagnottes… Des gestes de solidarité qui se sont étendus aux EHPAD, ainsi qu’à d’autres associations de soutien aux populations vulnérables.

Toutes ces actions, individuelles ou collectives, au profit de la population, « nous permettent de garder à l’esprit le fait que nous sommes réellement, fondamentalement, viscéralement, une force humaine », s’est d’ailleurs félicité le directeur général.