Dossiers

Veiller sur les anciens

Auteur : Antoine Faure avec la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Les gendarmes d’active et de réserve ont prêté main-forte pour livrer des kits sanitaires aux aînés.
© GGD 60

Dans le cadre de ses opérations de prévention, et en lien avec les collectivités et les associations locales, la gendarmerie a porté une attention particulière aux personnes âgées et vulnérables, surtout si elles étaient isolées.

La scène se déroule à Compiègne pendant le confinement. Les résidents des EHPAD de la ville ont eu l’agréable surprise de voir passer sous leurs fenêtres des gendarmes… à cheval. Le poste à cheval de la compagnie avait pris cette initiative, en accord avec les directeurs des établissements. « Nos résidents étaient enchantés, témoigne Hélène Paris, directrice de l’EHPAD La Villa Epinomis. Ils ne pouvaient plus recevoir de visite, alors celle-ci leur a fait particulièrement chaud au cœur. Il faisait beau ce jour-là, ils ont pu sortir sur les terrasses des appartements pour apprécier le spectacle. Certains d’entre eux avaient des chevaux chez eux auparavant, alors cela leur a évoqué de beaux souvenirs. »

Il suffisait parfois de presque rien. Quelques mots échangés, un sourire, une petite attention. Mais la somme de ces petits riens valait déjà beaucoup. Car c’était l’une des conséquences inévitables du confinement : isoler encore davantage ceux qui le sont déjà souvent, en les privant de la visite de leurs proches, ou des activités qui les rassemblent. De manière logique et naturelle, les gendarmes ont pris le relais et répondu présent pour maintenir le lien.

« Les seniors étaient contents de voir des gendarmes »

« Après les premières journées consacrées à faire respecter les consignes de confinement par des patrouilles et des contrôles intensifs, nous avons renforcé les contacts avec nos retraités et nos veuves d’armes qui habitent souvent seules, rapporte le capitaine David Rimbault, commandant en second de la compagnie de Pézenas, dans l’Hérault. Nous les connaissons bien ! Notamment une qui apprécie particulièrement les gourmandises pâtissières, alors les gendarmes en ont profité pour lui en apporter ! »

Sur tout le territoire, des opérations de prévention en direction des plus fragiles ont ainsi été mises en place, dans la continuité de l’Opération tranquillité seniors (OTS), qui existe depuis plusieurs années et permet aux personnes âgées de se signaler auprès de la brigade la plus proche de chez elles, afin notamment d’être conseillées en matière de sécurité.

Au-delà du lien social, les gendarmes voulaient s’assurer que les seniors étaient bien équipés pour lutter contre le virus et détecter les situations d’urgence liées à l’absence de soins à domicile ou la nécessité des achats de première nécessité. Il fallait également alerter sur les dangers susceptibles de croître lors de cette période de confinement, comme les vols à la fausse qualité.

À Compiègne, dans l’Oise, les gendarmes du poste à cheval ont rendu visite aux résidents des EHPAD.

© GGD 60

Le plus souvent, les gendarmes ont travaillé en collaboration avec les mairies, qui possèdent des listings de personnes vulnérables, établis lors de la canicule de 2003 et régulièrement mis à jour. Ce fut notamment le cas en Haute-Loire. « Ce sont les mairies qui assuraient un premier démarchage téléphonique, confirme le colonel Jean-Pierre Rabasté, commandant le Groupement de gendarmerie départementale. Pour ceux qui répondaient et exprimaient un besoin, nous envoyions rapidement une patrouille. Pour ceux qui ne répondaient pas, deux militaires confinés à leur domicile, pour raison de santé ou garde d’enfants, avaient pour mission de tenter à nouveau de les contacter. En cas d’absence de réponse, nous nous rendions sur les lieux, en respectant bien entendu les gestes barrières et les distances de sécurité. Nous avons un habitat disséminé, avec beaucoup de personnes âgées. Cette démarche a permis de rassurer tout le monde, eux comme nous, et tous étaient contents de voir des gendarmes, de savoir qu’on veillait sur eux. »

« Un concours inestimable »

Les élus et agents communaux étant particulièrement sollicités en ces temps de crise, les militaires ont aussi apporté un soutien logistique pour la distribution de matériels sanitaires. À titre d’exemple, les gendarmes ont ainsi prêté main-forte à la mairie de Pont-Sainte-Maxence (13 000 habitants), pour livrer des kits sanitaires aux aînés et aux personnes fragilisées de la commune, la semaine précédant le déconfinement. Ils leur ont apporté un sachet, aux couleurs de la ville, contenant un masque en tissu, fabriqué par des bénévoles du coin, un flacon de gel hydro-alcoolique produit par une entreprise locale et un feuillet rappelant les gestes barrières.

« Pendant le confinement, le nombre d’agents de la municipalité est passé de 162 à 15, précise Arnaud Dumontier, maire de Pont-Sainte-Maxence. Nous avions donc un problème logistique pour distribuer ces kits. J’ai échangé avec le chef d’escadron Guillaume Breugnot, chef de la compagnie de Senlis, qui m’a dit qu’il pouvait mettre des réservistes à disposition de la mairie. Le concours de la gendarmerie nationale a été inestimable, car nous n’étions pas en capacité de distribuer nous mêmes ces kits. »

Ces actions ont aussi prouvé leur utilité dans le cadre de la formation des élèves gendarmes, arrivés en renfort dans les unités au début de la crise sanitaire. « Nous leur avons ainsi démontré que le volet solidaire n’est pas qu’un mot, mais passe par des actions concrètes, note le capitaine Rimbault. Et que la fonction du gendarme ne comporte pas que des missions régaliennes, mais aussi une dimension plus humaine, reflétée par notre ambition commune : “Par le gendarme, pour la population”. »