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D’une réserve de masse à une réserve d’emploi

Auteur : Maud Protat-Koffler - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
Patrouille de gendarmes d’active et de réserve au contact des commerçants dans les rues de Val d’Isère.
© E. Delelis et MDL F. Garcia

En 1994, trois ans avant la suppression du service national, le Livre Blanc sur la Défense promeut une refonte de la réserve militaire. Cinq ans plus tard, la loi n°99-894 du 22 octobre 1999 promulgue la création d’une réserve opérationnelle et citoyenne concourant à la défense de la Nation. Depuis les attentats de 2015, la réserve de la gendarmerie nationale répond plus que jamais à un enjeu de cohésion et de sécurité nationale.

« Historiquement, la réserve est l’expression de la Nation en armes », rappelle le général Olivier Kim, commandant des réserves de la gendarmerie. Depuis la guerre froide, en passant par la suspension du service militaire en 1997 et la création de la Garde nationale en 2016, la réserve de masse est progressivement devenue une réserve d’emploi, mieux sélectionnée, mieux entraînée et mieux employée.

Régie par la loi de 1999, elle s’organise au sein de la gendarmerie en quatre composantes. La réserve opérationnelle de niveau 1 (RO1) comprend 30 000 volontaires, dont 70 % issus du civil et 30 % d’anciens gendarmes. La RO2 concerne les retraités de la gendarmerie, rappelables durant les 5 ans suivant leur départ, soit 35 000 personnels. Les réservistes opérationnels spécialisés sont, quant à eux, recrutés en fonction de leurs compétences. De même que pour la réserve citoyenne de défense et de sécurité constituée de 1 400 réservistes, l’Institution leur confère un grade sans responsabilités de commandement. Les réservistes de la gendarmerie nationale représentent ainsi 42 % des effectifs de la Garde nationale.

Une réserve opérationnelle de proximité.

À l’issue d’une Préparation militaire de gendarmerie (PMG) de deux semaines ou d’une Formation opérationnelle du réserviste territorial (FORT) d’un mois, le réserviste opérationnel est amené à renforcer l’action de la gendarmerie sur l’ensemble du territoire. Qu’ils soient affectés au sein de la gendarmerie départementale, mobile, maritime, des transports aériens, de la garde républicaine et autres composantes de l’Institution, les gendarmes de réserve font corps avec l’active et se forment continuellement. Lutte contre la délinquance, surveillance, renseignement, défense de points sensibles… Le général Kim Kim insiste : « il y a peu de domaines missionnels de la gendarmerie qui ne soient pas couverts par la réserve. »

La mobilisation des réservistes s’effectue en temps réel grâce au logiciel Minot@ur (Moyen d’information opérationnelle et de traitement automatisé de la réserve), qui assure la convergence entre les missions de l’Institution et les disponibilités de chacun, au niveau local. Leur action s’ancre ainsi dans le paysage territorial, s’inscrivant pleinement dans la politique de sécurité du quotidien. L’année dernière, pour la première fois, 146 réservistes ont été projetés en unités constituées (compagnies de réserve territoriale) à Saint-Martin, après le passage de l’ouragan Irma. Grâce à la pluralité de leurs formations (mécaniciens, électriciens…), ces réservistes ont été capables de porter assistance à la population aux côtés des gendarmes d’active, départementaux et mobiles, puis, après leur service, d’aider selon leurs compétences personnelles leurs concitoyens en détresse.

Le nouveau commandement des réserves de la gendarmerie

Avec la montée en puissance de la Garde nationale, la délégation des réserves de la gendarmerie, qui ne disposait initialement d’aucun pouvoir de commandement, fait place, en 2016, au Commandement des réserves de la gendarmerie (CRG). En 2019, ce dernier s’est considérablement étoffé et comprend aujourd’hui un bureau de concept et de doctrine de la réserve, un bureau des opérations courantes et de la réactivité et un bureau protection, prospective et contrôle interne.

Fort de cette restructuration, le CRG développe sa politique de recrutement et de formation en s’appuyant activement sur de nouveaux moyens de communication : Facebook, Linkedin, Twitter, Instagram, et la parution mensuelle de la lettre ROC. La valorisation du réserviste est aussi accentuée avec l’intégration d’un personnel au sein de la garde au drapeau de la gendarmerie nationale et l’élévation, en 2019, de 16 000 gendarmes adjoints de réserve au grade de gendarme.

Associant des gardes républicains d’active et de réserve, les patrouilles du détachement gendarmerie de sectorisation opérationnelle de la capitale, mises en place depuis le 21 mars 2019, contribuent quotidiennement à la sécurité de la population dans le cadre de la mission Sentinelle.

© E. Delelis et MDL F. Garcia

L’un des principaux chantiers du CRG concerne la dotation progressive d’un gilet pare-balles individuel dans le cadre de l’amélioration de la protection sociale et physique du réserviste. Ils sont également raccrochés au même système de paiement que les gendarmes d’active : Agorha-soldes. Un nouveau puits de données sera par ailleurs mis en place à la fin de l’année, permettant aux réservistes opérationnels et citoyens de déclarer leurs compétences sur Minot@ur RCDS, afin de rechercher plus facilement des profils dont la gendarmerie aurait besoin. Enfin, le CRG souhaite également parfaire la projection d’un vivier de réservistes à l’étranger, en créant un paiement direct pour les ministères qui les emploient.

La Garde nationale, passerelle entre les deux ministères

Créée en 2016 pour contribuer à la montée en puissance des réserves opérationnelles et de ses dix composantes, la Garde nationale a rempli ses objectifs initiaux en termes de notoriété, d’attractivité et de relations partenariales avec les employeurs. Avec une augmentation des effectifs de 40 % en 3 ans, elle représente aujourd’hui un volume de 76 000 réservistes. Pour répondre à cette soif d’engagement, la générale Anne Fougerat, secrétaire générale de la Garde nationale, contribue à développer une action partenariale forte entre le ministère des armées et les employeurs de réservistes (chefs d’entreprise, responsables de collectivités territoriales…) en s’appuyant notamment sur un réseau de correspondants réserve entreprise défense composé de réservistes répartis sur l’ensemble du territoire national.

« Je crois qu’à la faveur de notre rattachement au ministère de l’Intérieur en 2009, celui-ci, ainsi que ses composantes, ont véritablement découvert la force extraordinaire que constituait la réserve militaire de la gendarmerie, conclut le général Olivier Kim. On dit que les jeunes sont différents aujourd’hui, ils ne le sont pas. Ils veulent simplement qu’on donne du sens à leur vie. Les attentats de 2015 et 2016 ont provoqué une prise de conscience où les gens se sont dit : ˮne te demande pas ce que le pays peut faire pour toi, demande-toi ce que tu peux faire pour ton paysˮ, pour paraphraser Kennedy. Et ce que tu peux faire pour ton pays, c’est de t’engager dans la réserve de la gendarmerie. »