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Cadres français détachés à Valdemoro pour une formation complète à la française

Auteur : Angélina Gagneraud - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
L’ensemble des cadres français sont détachés durant 11 mois pour encadrer la 10e compagnie de Tulle dont 9 mois se déroulent à Valdemoro, en Espagne. Ils participent à toutes les activités avec les élèves.
© SirpaGend – MAJ F. Balsamo

Le 20 octobre 2017, 20 cadres ont accompagné les 119 élèves-gendarmes au collège des gardes jeunes, à Valdemoro, près de Madrid, pour neuf mois de formation initiale.

Après un premier mois de formation à l’école de Tulle, 20 cadres et 119 élèves-gendarmes se sont rendus au collège de la garde civile de Valdemoro, dans le cadre de la coopération franco-espagnole. Ils retourneront à Tulle en juin, pour quelques dernières semaines de formation avant de rejoindre leurs unités respectives.

Après avoir répondu à un appel à volontaires national, les cadres ont été spécialement sélectionnés pour leurs compétences professionnelles et leur motivation, la plupart d’entre eux ayant eu des expériences en écoles ou à l’international. Ce détachement à Valdemoro est unique en son genre puisque les mêmes instructeurs encadrent les élèves du début à la fin de leur scolarité, et ce hors des frontières hexagonales.

En Espagne, loin des familles, les cadres sont en permanence auprès des élèves. Leur accompagnement s’en trouve décuplé. Ils s’accordent tous à dire que ce détachement à Valdemoro est pour eux une belle expérience professionnelle, humaine et culturelle. Comme pour toutes les formations d’élèves-gendarmes, les cadres sont issus du terrain et transmettent leurs savoirs. Présentation d’une partie de l’équipe.

Les chefs de détachement :

Le chef d’escadron Christophe Lasgleyzes, chargé de projet à l’école de gendarmerie de Fontainebleau, est l’un des rares cadres à être de culture hispanique. Fort de son expérience de commandant de division d’instruction et titulaire d’un Certificat militaire de langue de niveau 2 (CML 2), il a pris la tête du détachement. Enthousiaste, il mesure son positionnement au sein de l’école et l’aspect stratégique d’une telle formation hors de France.

Pleinement intégré à l’équipe pédagogique de l’école, le CEN Lasgleyzes est régulièrement en contact avec le Colonel Directeur du Collège.

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Auparavant commandant de communauté de brigade dans le Finistère, la capitaine Marion Klein est affectée à la division rétablissement de l’ordre au sein du Centre national d’entraînement des forces gendarmerie (CNEFG) à Saint-Astier. Diplômée d’un CML 2 également, elle est détachée en tant que commandant de la 10e compagnie d’instruction de Tulle. « Pendant mes études de sciences politiques à Strasbourg, je suis partie un an en Espagne en Erasmus. J’ai accepté cette mission avec enthousiasme en raison de sa dimension européenne et de ma connaissance de la culture espagnole. »

Les instructeurs en intervention professionnelle et en sport

L’Intervention professionnelle (I.P.) est un enseignement dispensé par les instructeurs français et espagnols selon leurs spécificités. La plupart des doctrines et les techniques sont communes aux deux pays. Celles-ci sont dirigées par un instructeur français qualifié du CNEFG, ayant servi au centre de formation de Logroño (Espagne).

« Les techniques sont cependant adaptées au cadre légal et au matériel de chacun », précise le major Fabrice Lopez, de la division I.P. du CNEFG, qui a occupé cette fonction quelques années avant de venir, une nouvelle fois, enseigner en Espagne. « J’ai eu une carrière passionnante en formant des unités étrangères ! Aujourd’hui, avec les élèves-gendarmes et les gardes jeunes, c’est une nouvelle expérience très enrichissante. »

De culture hispanique, le major Lopez a enseigné trois années en Espagne dans le cadre d’une précédente coopération. Son domaine de prédilection : l’intervention professionnelle.

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L’adjudant Jérémy Cordonnier, gradé du Peloton de surveillance et d'intervention gendarmerie (Psig) de Wizernes, en charge de l’I.P. et du sport, voit ce détachement comme « un challenge et un honneur ». Après deux semaines de stage pédagogique, il a suivi une formation linguistique de trois semaines au centre national de formation aux langues et à l'international de la gendarmerie à Rochefort. Après quelques mois à Valdemoro, il échange facilement avec les cadres et les élèves espagnols, dans une langue qu’il ne maîtrisait pas au départ.

Passé ce premier défi, il s’attache à partager son expérience avec les élèves-gendarme et les gardes jeunes, notamment au gymnase où il tient une permanence et encadre les entraînements des uns et des autres. « Nous sommes sur le site de l’école les soirs et les week-ends. Cela permet de développer un certain relationnel avec les élèves qui sont très demandeurs en conseils et de les accompagner dans la gestion de leurs projets professionnels ou sportifs dans le cadre de la vie de la promotion. »

Son camarade, l’adjudant David Gmati, affecté au Psig d’Ancenis, acquiesce en ce sens : « J’ai déjà été instructeur en école. Au sein de ma cellule dédiée à l’I.P., je voyais passer près de mille élèves à l’année et je ne pouvais pas les suivre tous individuellement. Ici c’est le cas, je vois leurs évolutions et leurs progrès. »

Les spécialistes de la police judiciaire et de la police technique et scientifique

Comme en France, les élèves-gendarmes reçoivent le même socle de connaissances théoriques et pratiques. Rédaction de procédures de police judiciaire, maîtrise de logiciels comme celui du traitement d’antécédents judiciaires, police de la route,… Rien n’est oublié ! Des cas concrets ponctuent chaque cours pour développer leur autonomie.

Rédaction de procédures de police judiciaire, maîtrise de logiciels, etc. Hors des frontières hexagonales, le programme français est suivi scrupuleusement.

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De même, les futurs gendarmes départementaux bénéficient de la formation de Technicien en identification criminelle (Tic) de proximité. Celle-ci est dispensée par un cadre Tic, de douze ans d’expérience, qui est affectée à la brigade de recherches de Millau et formée à la direction d’enquête et l’audition de mineurs. L’adjudant Florence Almaric va également former des cadres espagnols dans le cadre de la coopération.

Pour cette passionnée, qui a déjà effectué un renfort d’officiers de police judiciaire en Guyane pendant trois mois, l’expérience Valdemoro est une « véritable aventure humaine ». Expression validée par l’ensemble des cadres !

L’arrière base : les acteurs du soutien multifacette

L’accueil des élèves-gendarmes et de leurs cadres n’a pas nécessité de grands changements dans la structure de l’école. Seuls quelques aménagements de bureaux et de salles de classe ont été nécessaires, notamment réalisés par le maréchal des logis-chef (MDC) Martial Robert, de la section des systèmes d'information et de communication du Var.

Détaché pour neuf mois, il a installé des ordinateurs reliés au réseau gendarmerie et assure désormais la maintenance de tous les outils de communication nécessaires à la formation. Ses connaissances techniques sont une aide précieuse, reconnues à l’unanimité au sein de l’école.

L’adjudant Joël Hanry, du service logistique et finances du groupement de gendarmerie départementale du Lot, justifie son détachement à Valdemoro par ses expériences professionnelles précédentes : « J’ai déjà réalisé des missions en Afrique et en Afghanistan. Assurer la ‘log’ en territoire inconnu, sans toujours bien maîtriser la langue du pays : je connais ! »

Au sein de l’école, il s’assure de faciliter au maximum les commandes des cadres et les besoins des élèves. « Les premières semaines ont été denses car il a fallu acheminer ici nos véhicules et nos matériels comme l’armement. »

Qui dit armement, dit armurier. L’équipe de Valdemoro est en effet autonome en tout point puisqu’elle est également composée d’un spécialiste en ce domaine en la personne du MDC Nicolas Maurinet, sous-officier du corps de soutien technique et administratif de la gendarmerie nationale, affecté à la région de gendarmerie d’Aquitaine.

Pour ce militaire spécialisé en armurerie et pyrotechnie, qui a déjà fait un séjour en Afghanistan, les infrastructures de l’école sont de bonne qualité. « Il nous manque juste de quoi réaliser le tir au fusil à pompes, qui se fera à Tulle. »

Au cours des neuf mois de scolarité, élèves et cadres bénéficient de jours de permissions (congés) pendant lesquels ils peuvent retourner en France. L’adjudant Maurine Lecat, chef secrétaire à la compagnie de gendarmerie de Sélestat, se charge de toutes les démarches : élaboration des ordres de missions internationaux, recherche des billets d’avion, etc.

À ce poste, elle dénoue les nœuds administratifs entre les deux pays et propose des conférences aux élèves sur les thèmes qu’elle maîtrise particulièrement : droits, carrières, soldes, etc. Des informations essentielles aux futurs gendarmes avant de rejoindre leurs unités.

Une infirmière du service de santé des armées a également accompagné le détachement pour quatre mois avant qu’une seconde la remplace. Elle a ainsi suivi l’ensemble des élèves au cours de leur scolarité, de leurs événements sportifs et de leurs cérémonies.

Le saviez-vous ?

Les instructeurs en charge des séances de tirs des gardes jeunes sont pour quelques uns issus de l’unité spéciale d’intervention d’Espagne (la unidad especial de intervención, équivalent au GIGN français). À la différence de la France, le cadre légal d’usage des armes espagnol ne permet pas aux gardes civils de chambrer une cartouche. De même, à l’inverse des élèves-gendarmes, les gardes jeunes sont d’abord formés à l’arme d’épaule puis à l’arme de poing.