Enquêtes

Cannabiculture : les enquêteurs luttent contre les plantations illégales

Auteur : Angélina Gagneraud - publié le
Temps de lecture: ≃3 min.
Les chambres de culture et autres matériels détournés pour la cannabiculture sont saisis.
© Sirpa Gend - BRC F. Garcia

Face au fléau de l’auto-culture du cannabis en France, les enquêteurs de la B.R. de Rennes ont mené une vaste opération judiciaire qui a abouti par deux condamnations.

La culture indoor (en intérieur) de cannabis nécessite du matériel adapté et surtout de précieux conseils. C’est ce que proposaient les vendeurs de quatre enseignes à Nantes, Caen, Le Mans et Rennes. En apparence, ces structures vendaient du matériel de jardinage d’intérieur.

La réalité était toute autre. Outre les chambres de culture et les engrais très spécifiques proposés dans les magasins, les vendeurs étaient formés à l’auto-culture de cannabis afin de prodiguer des conseils aux apprentis cultivateurs.

« De la plantation à la récolte, cette plante est très sensible aux maladies et nécessite de la précision, nous apprend le lieutenant-colonel Philippe Soupé, officier adjoint chargé de la police judiciaire au sein du groupement de gendarmerie départementale d’Ille et Vilaine. Il faut savoir également que les graines proposées aux auto-producteurs sont modifiées génétiquement les rendant plus fortes en THC. Il est démontré que ces dosages augmentent les risques de psychopathies, schizophrénies et autres maladies neurologiques... »

Une enquête finement menée

Tout a débuté en 2014 à Vern-sur-Seiche, en Bretagne. Au cours d’une affaire relative à des trafics de produits stupéfiants, les gendarmes de l’unité saisissent des pieds de cannabis et découvrent des chambres de culture. Ce n’est pas la première fois que des militaires font face à ce matériel important et coûteux, et ce à plusieurs endroits du département.

Au cours des différentes gardes à vue, les producteurs exposent leur chaîne d’approvisionnement en outils et engrais. Les enquêteurs recoupent leurs renseignements et c’est ainsi qu’est créé un groupe de travail au sein de la Brigade de recherches (B.R.) de Rennes au début de l’année 2017.

Le Gir, la B.R., et le N’Tech procèdent aux saisies des caisses enregistreuses et de tous les documents utiles à la procédure.

© Sirpa Gend - BRC F. Garcia

Les investigations se poursuivent, en particulier sur le magasin rennais. « Afin d’incriminer le plus possible les deux gérants de l’enseigne, nous sommes partis des comptes bancaires du magasin pour identifier ses meilleurs clients. Seize ‘jardiniers en herbe’ ont ainsi été interpellés. Et devinez quoi ? Ils étaient tous cultivateurs confirmés et ont tous dénoncé le même ‘service après-vente’ proposé par l’enseigne rennaise », affirme l’adjudant Julien C., de la brigade de recherches de Rennes et directeur d’enquête.

En Ille-et-Vilaine, près de 30 kg de résine de cannabis sont saisis chez ces producteurs, ainsi que 194 pieds. Dans le prolongement du dossier, un lien est fait avec une découverte en 2016 dans les Côtes d’Armor de de 900 pieds !

Le temps de la récolte… et des gardes à vue

L’hypothèse de travail ainsi confirmée permet d’élargir les investigations aux trois autres magasins. Le 26 septembre 2017, une vaste opération judiciaire menée en simultané est organisée. Les gendarmes du Calvados, de la Sarthe et de la Loire-Atlantique interpellent tous les vendeurs des magasins, ainsi que les deux gérants.

Le stock des quatre structures est figé avant inventaire et fermeture. Le Groupe d’intervention régional (Gir) de Rennes, co-saisi sur le dossier, est présent à chaque étape. Ces unités, composées de gendarmes, de policiers, de fonctionnaires du service des impôts et de douaniers constituent une véritable plus-value dans ce type d’affaire.

Des militaires de la BTA de Betton cartographient et répertorient l’ensemble des matériels du magasin ainsi que les engrais dédiés à la culture du cannabis.

© Sirpa Gend - BRC F. Garcia

« Le Gir s’est occupé de saisir les comptes bancaires, les listes de fournisseurs, les caisses enregistreuses, les fonds de commerce… Ainsi que l’ensemble du patrimoine immobilier des gérants », liste le directeur d’enquête. Ce sont ainsi 800 000 € d’avoirs criminels, dont 270 000 € d’immobiliers, qui viennent d’échapper aux gérants/formateurs en cannabiculture le temps pour la Justice de statuer sur cette affaire. « Toucher aux portefeuilles des criminels ainsi qu’à leur patrimoine est une force sans commune mesure pour nous. Il s’agit de leurs biens les plus précieux, ce pourquoi ils ‘travaillent’. » Ou plutôt ils trafiquent.

Actualisation : le jugement du 11 janvier 2018 a condamné les deux gérants de l’entreprise à 12 mois de prison avec sursis pour complicité de détention et d'usage de stupéfiants. L’incitation n’a pas été retenue et les biens immobiliers ont été restitués. Les commerces sont quant à eux saisis et placés sous mandataire.

L’équipe cynophile qualifiée stupéfiants vérifie si du produit se trouve dans les murs du magasin. Ce dernier sera ensuite fermé.

© Sirpa Gend - BRC F. Garcia