Les sections de recherches de Rennes et de Nantes démantèlent un réseau de proxénétisme roumain

auteur : le commandant Céline Morin - publié le
© Gendarmerie nationale

Au terme d’une enquête conduite par les S.R. de Rennes et de Nantes, en coopération avec les autorités judiciaires et policières roumaines, allemandes et italiennes, et avec l’appui d’Europol et d’Eurojust, quinze individus suspectés d’appartenir à une filière roumaine de proxénétisme et de traite d’êtres humains ont été interpellés, le 11 juin, lors d’une opération judiciaire conduite en France, en Roumanie, en Allemagne et en Italie.

Le 11 juin dernier, une opération judiciaire coordonnée est déclenchée en France, en Roumanie, en Allemagne et en Italie. Elle mobilise près de 150 gendarmes, ainsi que des fonctionnaires de la police nationale des pays concernés. Au total, quinze personnes suspectées d’appartenir à une organisation internationale de traite d’êtres humains sont interpellées, dont dix sur le territoire français.

Ces interpellations sont le fruit d’une enquête commencée à l’automne 2018 par les Sections de recherches (S.R.) de Rennes et de Nantes et poursuivie, depuis le 7 mars dernier, dans le cadre d’une équipe commune d’enquête avec la Roumanie, avec l’appui du groupe interministériel de recherches de Bretagne, notamment pour le volet patrimonial, d’Europol, pour ses importantes capacités d’analyse et de rapprochement, et d’Eurojust, en matière de coopération judiciaire.

Des atteintes aux biens à la traite d’êtres humains

À l’automne 2018, enquêtant sur des faits de vols en bande organisée commis dans le grand Ouest, les S.R. de Rennes et de Nantes mettent en effet en lumière l’existence d’un groupe criminel organisé international composé de ressortissants roumains résidant à Bain-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine. Les investigations révèlent alors des transferts de biens et de fonds vers la Roumanie.

Il apparaît très vite que cette organisation basée en France apporte son soutien à un réseau de traite d’êtres humains, dirigé depuis Urzicuta, en Roumanie, à l’origine d’activités de prostitution en France.

Une quinzaine de filles d’origine roumaine, souvent mineures, recrutées par la séduction ou achetées, sont ainsi contraintes de se prostituer sur la voie publique et en milieu hôtelier, notamment à Rennes et à Nantes. Six souteneurs sont identifiés en Roumanie. Ces derniers s’appuient sur leurs relais en France, à Bain-de-Bretagne et à Nantes, pour assurer la discipline et la logistique, notamment auprès des marchands de sommeil.

Un des véhicules de luxe saisis en Roumanie.Gendarmerie nationale

Des mandats estimés à 1,2 M € en trois ans...

L’argent de la prostitution est expédié aux proxénètes par mandats. Il arrive également que ces derniers viennent directement le récupérer en France. Selon les analystes d’Europol, qui apporte son soutien aux investigations, le montant des mandats ayant transité depuis fin 2015 par l’une des sociétés de transfert d’argent utilisées, s’élève à plus d’1,2 M €, avec des mandats s’élevant à 487 000 euros.

Le 24 janvier dernier, une information judiciaire est ouverte à la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes, permettant dès lors la mise en œuvre d’une stratégie judiciaire européenne.

Le 7 mars, une équipe commune d’enquête franco-roumaine est mise en place. Le 16 mai, une réunion de coordination, sous l’égide d’Eurojust, valide le principe d’une opération coordonnée européenne afin de neutraliser le réseau.

Quinze individus interpellés en France, en Roumanie, en Allemagne et en Italie

Elle est lancée le 11 juin en France, en Roumanie, ou des enquêteurs français sont projetés, en Allemagne et en Italie, mobilisant près de 150 gendarmes, ainsi que des fonctionnaires de police des pays concernés. Deux "mobile offices" (bureaux mobiles) d’Europol sont par ailleurs engagés à Rennes et à Craiova.

Dix individus sont interpellés en France. Grâce à la coopération des autorités judiciaires et policières roumaines, allemandes et italiennes, les cinq chefs du réseau sont interpellés en Roumanie, en Allemagne et en Italie sur la base de mandats d’arrêt européens. Les procédures de remise aux autorités françaises sont en cours.

Cinq des personnes placées en garde à vue en France ont été présentées au juge d’instruction et mises en examen. Trois d’entre elles ont été placées en détention provisoire.

Au total, près de 10 000 € en numéraire ont été saisis, de même que deux véhicules de luxe.

Les investigations se poursuivent.