Enquêtes

#AntiStup : démantèlement d’un vaste trafic de stupéfiants en provenance d’Espagne

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© Jcomp / Freepik (photo d'illustration)

Une opération franco-espagnole d’envergure, conduite de part et d’autre de la frontière, le 5 octobre dernier, a permis de démanteler un trafic international de stupéfiants alimentant l’Occitanie. Au total, vingt personnes, trafiquants, nourrices et fournisseurs, ont été interpellées. Plusieurs plantations de cannabis ont été découvertes en Espagne, dont une pouvant rapporter près de 3 millions d’euros par an.

Si les délinquants ne connaissent plus de frontières, il en est de même pour les forces de l’ordre. L’excellente coopération entre les enquêteurs de la gendarmerie nationale et leurs homologues de la Guardia Civil espagnole a d’ailleurs contribué à effectuer un beau coup de filet, la semaine dernière, dans le milieu des trafiquants de drogue.

L’opération judiciaire, menée de part et d’autre de la frontière, le 5 octobre dernier, est l’aboutissement d’une traque commencée dans les Pyrénées-Orientales, en décembre 2019, après que le peloton de surveillance et d’intervention d’Argelès-sur-Mer a intercepté un go-fast sur la commune de Banyuls-sur-Mer (66). Dans le véhicule, les gendarmes découvrent alors 11 kg de résine de cannabis et 1,1 kg de cocaïne. Le conducteur interpellé sera écroué.

Le groupe « STUP 66 » mène l’enquête

Une information judiciaire est alors ouverte par le tribunal judiciaire de Perpignan, qui délivre une commission rogatoire à la Section de recherches (S.R.) de Montpellier (34). L’unité s’associe alors au Groupement de gendarmerie départementale des Pyrénées-Orientales (GGD 66) pour mettre en place un groupe d’enquête, logiquement baptisé « STUP 66 ».

Les cinq enquêteurs de la S.R. et leurs quatre camarades des compagnies de Perpignan et de Céret vont également recevoir l’appui du Groupe interministériel de recherches (GIR) de Montpellier, de deux enquêteurs spécialisés en Analyse criminelle (ANACRIM) et de spécialistes de l’observation-surveillance de la région de gendarmerie du Languedoc-Roussillon et du GGD 66.

Le minutieux travail des gendarmes va dès lors révéler l’existence d’un réseau criminel spécialisé dans le trafic de stupéfiants. Implanté à Perpignan et dans ses environs, celui-ci importe la drogue depuis l’Espagne, au moyen de convois hebdomadaires, avant de l’écouler en région Occitanie.

Plusieurs fournisseurs espagnols sont également identifiés par la Guardia Civil de Gérone, dans le cadre d’une décision d'enquête européenne.

Une vaste opération franco-espagnole

Le 5 octobre dernier, une importante opération judiciaire est lancée par la S.R. de Montpellier et le GGD 66, en coordination avec la Guardia Civil de Gérone.

Le dispositif déployé est conséquent. Côté français, pour procéder aux interpellations et à la sécurisation des escortes et des présentations, la vingtaine d’enquêteurs de la S.R. de Montpellier et du GGD 66 est en effet épaulée par le Peloton spécialisé de protection de la gendarmerie (PSPG) de Golfech, les Pelotons de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG) de Pollestres, Argelès, Prades et Rivesaltes, ainsi que par la cellule drone du GGD 66.

Quatre équipes cynophiles de la gendarmerie, spécialisées dans la recherche de stupéfiants et de billets, sont également engagées dans le cadre des perquisitions, avec le concours de plusieurs fonctionnaires des douanes et de la société ARGOS.

Le GGD 66 fournit également des enquêteurs Nouvelles technologies (NTECH) afin de procéder aux analyses techniques des divers éléments de téléphonie et informatiques saisis.

Dans le même temps, le référent international de la région de gendarmerie Languedoc-Roussillon et un officier de la S.R. de Montpellier ont été projetés en Espagne pour assurer la liaison avec la Guardia Civil et faciliter le déclenchement simultané de l’opération.


3 400 pieds de cannabis saisis et 20 interpellations de part et d’autre de la frontière

Onze trafiquants et nourrices sont interpellés en France, tandis que côté espagnol, la Guardia Civil place en garde à vue trois fournisseurs espagnols et six ouvriers.

Les enquêteurs vont découvrir quatre lieux de culture, dont une très vaste plantation « indoor » située à Figueras (Espagne) et équipée de groupes électrogènes, de systèmes de ventilation et de caméras de surveillance. Rien que pour ce site, le rendement de chaque récolte est estimé à environ 500 000 €, soit un chiffre d’affaires de près de trois millions d’euros à raison de six récoltes par an.

Au total, 3 400 pieds de cannabis sont saisis, ainsi que 22 kg d’herbe et 1,1 kg de cocaïne. Au titre des avoirs criminels, les gendarmes confisquent par ailleurs 190 000 € en numéraire et sur différents comptes bancaires, six véhicules et de nombreuses montres et vêtements de luxe.

Lors de leur garde à vue, plusieurs mis en cause reconnaissent intégralement les faits et confirment l’architecture et le fonctionnement du réseau.

À l’issue des présentations devant le magistrat français, six trafiquants ont été écroués en France et un des fournisseurs espagnols a été écroué dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen. Les autorités espagnoles ont par ailleurs placé huit autres personnes en détention dans le cadre de procédures incidentes.