Enquêtes

Démantèlement d’un vaste trafic d’or international

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© S.R de Dijon

Plusieurs opérations judiciaires, conduites entre le 19 mai et le 23 juin, dans le cadre d’une enquête de la section de recherches de Dijon et de l’office central de lutte contre la délinquance itinérante, ont permis de démanteler un réseau international de trafic d’or. Les gendarmes ont interpellé 21 individus et saisi au total près de 30 kg d’or, d’une valeur marchande avoisinant 1,5 million d'euros, 110 kg d’argent, 127 000 euros en espèces ainsi qu’une douzaine de véhicules.

Courant 2019, les enquêteurs de la Section de recherches (S.R.) de Dijon décèlent l’existence d’un réseau de collecteurs d’or implanté sur le secteur de Beaune, où d’importantes quantités du métal précieux seraient fondues et conditionnées sous forme de lingots, avant d’être expédiées en Belgique, pour y être écoulées dans des officines spécialisées dans le rachat d’or.

Dès les premières semaines, leurs investigations, appuyées par des surveillances techniques, révèlent un réseau très structuré de plus grande ampleur, impliquant également d’autres collecteurs dans la Marne et une filière d’écoulement en Allemagne.

Selon le communiqué de presse de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Nancy, il s’agit « d’un vaste marché illicite d’or organisé de manière pyramidale », avec des collecteurs d'or récupérant « auprès de voleurs, des bijoux qu'ils fondaient pour constituer des lingotins. Des ramasseurs étaient ensuite chargés de récupérer ces lingotins pour les vendre à une société de rachat d'or localisée en Allemagne. »

L’or ainsi récolté proviendrait de cambriolages commis dans le sud, dans l’est et dans le nord-est de la France.

Cellule nationale d’enquête et coopération internationale

Pour mettre un terme aux agissements de ce réseau, une cellule nationale d’enquête est créée. Dirigée par la S.R. de Dijon, elle associe l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), le Groupement interministériel de recherches (GIR) de Bourgogne et des enquêteurs de la compagnie de gendarmerie de Beaune. Concomitamment, l’information judiciaire ouverte initialement par un juge d'instruction dijonnais est transférée à la JIRS de Nancy.

Au regard des ramifications extra-nationales, les enquêteurs français bénéficient, au titre de la coopération internationale, de l’appui efficace de leurs homologues de la Police judiciaire fédérale (PJF) de Charleroi (Belgique) et de la Polizei de Kehl (Allemagne).

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© S.R de Dijon

Première opération judiciaire : 5 interpellations, 24 kg d’or saisis

Deux autres collecteurs sont identifiés. Résidant à Marseille, ces derniers sont très mobiles et collectent leur butin sur tout le territoire national.

Le 19 mai, les enquêteurs procèdent à la première d’une série d’opérations judiciaires dans les secteurs de Reims (Marne), Paris, Besançon (Doubs) et Marseille (Bouches-du-Rhône). Avec l’appui des Groupements de gendarmerie départementale (GGD) concernés et du Groupe d’observation et de surveillance (GOS) de Reims, cinq individus sont interpellés. Après avoir été déférés, quatre sont écroués et le dernier placé sous contrôle judiciaire.

Les premières perquisitions sont fructueuses, avec des saisies conséquentes, comprenant notamment 24 kg d’or en lingots, pièces, grenaille et bijoux, 110 kg d’argent en poudre, pièces et bijoux, 44 000 euros en espèces, 10 montres de luxe et quatre véhicules d’une valeur globale estimée à 164 000 euros, mais aussi deux fours de refonte d’or et de fabrication de lingots avec leurs accessoires ainsi que divers petits matériels liés à l’activité criminelle…

Trois séries d’interpellations entre le 25 mai et le 23 juin

Mais ce n’est qu’un début, car pour les gendarmes il s’agit de démanteler l’ensemble de la structure criminelle. S’ensuit alors un minutieux travail d’enquête et de surveillance, conduit avec le GOS de Dijon, qui aboutit à trois nouvelles opérations judiciaires entre le 25 mai et le 23 juin, dans plusieurs régions françaises, mais également en Belgique et en Allemagne.

Quinze personnes supplémentaires sont ainsi interpellées en Côte-d’Or, en Haute-Marne, en Meurthe-et-Moselle, dans le Rhône, le Bas-Rhin, la Marne et les Vosges, avec l’appui des militaires des différents GGD concernés. Des équipes cynophiles spécialisées dans la détection de billets sont également engagées par les régions de gendarmerie de PACA et de Picardie. Un 16e individu, ressortissant français résidant en Belgique, est par ailleurs remis le 15 juin à la France par les autorités belges, en exécution d’un mandat d’arrêt européen.

Les perquisitions réalisées dans ces différents départements, ainsi que dans une officine de rachat d’or allemande, conduisent à de nouvelles saisies.

Un commerce estimé à 20 millions d’euros depuis début 2019

Au total, au cours de ces quatre opérations, les enquêteurs saisissent ainsi près de 30 kg d’or, sous différentes formes, pour une valeur marchande de près de 1,5 million d’euros, 110 kg d’argent, en poudre, pièces et bijoux, pour près de 55 000 euros, 127 000 euros en numéraire, douze véhicules, dont la valeur globale est estimée à 340 000 euros, une trentaine de montres de luxe, divers bijoux et près de 81 000 sur plusieurs comptes bancaires au titre des avoirs criminels. Des produits chimiques, divers matériels et documents liés au trafic d’or sont également appréhendés.

Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, les transactions effectuées par ce réseau de collecteurs d’or depuis début 2019 porteraient sur près de 20 millions d’euros.

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Les 21 personnes interpellées ont été mises en examen des chefs de recel en bande organisée de vols, de blanchiment aggravé et de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation de délit punissable de la peine de 10 ans d’emprisonnement. Douze d’entre elles ont été placées en détention provisoire et neuf sous contrôle judiciaire.

La JIRS de Nancy précise que les investigations se poursuivent « notamment sur l’exploitation des pièces comptables saisies lors de perquisitions réalisées en Allemagne et en Belgique », avec l’appui de la PFJ de Charleroi et de la Polizei de Kehl.