Enquêtes

Deux mises en examen dans l’affaire du corps carbonisé du Gard

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Le corps de la victime a été découvert par un promeneur sur ce chemin de terre, au cœur des vignes.Le corps de la victime a été découvert par un promeneur sur ce chemin de terre, au cœur des vignes.
Le corps de la victime a été découvert par un promeneur sur ce chemin de terre, au cœur des vignes.
© Tous droits réservés

La section de recherches de Nîmes a rapidement résolu l’enquête ouverte le 20 avril dernier, après la découverte d’un corps brûlé. Deux individus ont été mis en examen et écroués.

C’est une rencontre macabre qu’a faite un promeneur dans la matinée du lundi 20 avril, dans la commune de Pouzilhac, à l’est du département du Gard. Sur un chemin de terre, au cœur des vignes, il découvre un corps en partie carbonisé. Un mois plus tard, le 20 mai, un homme de 31 ans est mis en examen et incarcéré pour ce meurtre, conformément aux réquisitions du parquet de Nîmes. 

« Ce délai de quatre semaines montre une enquête rapide et efficace, se félicite le colonel Bertrand Michel, commandant la Section de recherches (S.R.) de Nîmes, en charge de cette affaire. Nous nous sommes appuyés pour cela sur les principales techniques d’investigation que sont la recherche d’ADN, l’enquête de voisinage, l’analyse des données téléphoniques et des images des caméras de vidéoprotection. »

Comparaison d’ADN

La première difficulté pour les enquêteurs fut de connaître l’identité de la victime, dont le corps criblé de balles avait été en partie brûlé, avant d’être abandonné dans la nuit du dimanche au lundi. « Il n’y avait pas d’identification directe possible, mais les techniques ADN ont considérablement évolué depuis une vingtaine d’années, note l’officier. On peut trouver de l’ADN dans la moelle d’un os de squelette ou dans une dent. Dans le cas présent, nous avons pu effectuer un prélèvement sanguin, car le corps n’avait pas été entièrement consumé. » 

Restait à comparer le résultat avec une autre donnée, soit récupérée sur un objet appartenant à la victime présumée, soit répertoriée dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), « sachant que, même dans ce dernier cas, on double généralement par la comparaison avec un objet, afin d’avoir une confirmation. » En l’occurrence, l’ADN prélevé ne correspondait à aucun profil du fichier. 

Dans la soirée du 20 avril, le centre opérationnel de gendarmerie de Nîmes reçoit un appel signalant la disparition d’un homme d’une vingtaine d’années. La zone de découverte du corps calciné étant située dans un nœud géographique, aux confins de deux régions, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, la Brigade départementale de renseignements et d'investigations judiciaires (BDRIJ) est saisie, afin de recouper avec d’autres faits de disparition éventuels signalés dans d’autres départements. 

« Il s’avère qu’une seule personne manquait à l’appel, poursuit le colonel Michel. Cela a permis d’orienter rapidement l’enquête. Nous avons pu croiser l’ADN prélevé sur la scène de crime avec un ADN prélevé chez la victime présumée. Nous n’avions guère de doutes sur l’identité, mais nous avions besoin de certitudes, pour pouvoir confirmer le décès à la famille et leur remettre, in fine, le corps. »

Enquête de voisinage

La confirmation interviendra le vendredi suivant la découverte du cadavre mais, pour les gendarmes de la S.R. de Nîmes, l’enquête avait déjà commencé. « Très classiquement, nous avons entamé une recherche à rebours en partant de la victime et en identifiant dans son voisinage les dernières personnes avec qui elle avait été en contact et les derniers témoins à l’avoir vue vivante. En dehors du cas rarissime d’un tueur exécutant un contrat, le meurtrier fait toujours partie de l’environnement. »

Autre démarche habituelle : les enquêteurs analysent les données du téléphone de la victime, retrouvé à son domicile, ainsi que les téléphones ayant émis dans la zone de découverte du corps, sur un créneau horaire déterminé. Enfin, les informations provenant de la scène de crime aident également à l’élaboration d’un scénario, notamment l’aspect préparé ou prémédité de l’acte. 

« Tous ces éléments permettent de dégager plusieurs hypothèses d’enquête et de répartir les groupes d’enquêteurs en fonction de ces hypothèses, explique le commandant de la S.R. Il y a un impératif : ne jamais partir bille en tête sur une seule hypothèse car, si l’on se trompe, on perd des jours précieux. Même si, dans cette affaire, nous avions une piste privilégiée. »

Analyse des images de vidéoprotection

La victime résidait à Bagnols-sur-Cèze, dans un quartier connu des gendarmes comme un point de vente important de stupéfiants. L’hypothèse du règlement de comptes était donc la plus probable. C’est là qu’intervient un autre facteur, souvent déterminant dans les enquêtes : la vidéoprotection. 

« Dans la plupart des affaires, les images des caméras de surveillance apportent des éléments importants, confirme le colonel Michel. Leur visionnage est chronophage, mais souvent payant. Nous avons ainsi pu repérer le véhicule utilisé pour transporter la victime vers le lieu d’exécution, qui avait été incendié deux jours après les faits. Cela a permis de conforter notre hypothèse d’enquête et d’identifier une personne en lien avec le suspect. »

L’enquête ouverte le 20 avril aura donc permis d’aboutir rapidement à trois interpellations. Un homme de 31 ans, ayant reconnu l’assassinat et la calcination du corps, a été mis en examen, puis écroué. Un autre individu a été mis en examen pour dégradation par incendie. Le troisième homme a été remis en liberté avec le statut de témoin assisté.