Enquêtes

Fin de cavale pour les suspects d’un meurtre maquillé en accident

auteur : Pablo Agnan - publié le
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Clap de fin pour le périple macabre de quatre jeunes, responsables présumés de la mort d’un homme le 4 décembre 2018, dans le nord de la France. Deux d’entre eux ont été mis en examen et écroués pour avoir battu à mort leur victime et l’avoir abandonnée au bord de la route.

Le soleil pointe à peine le bout de son nez quand les gendarmes de la communauté de brigades de Wormhout (59) reçoivent l’appel d’un automobiliste paniqué. Il est 5 h 30 en cette froide matinée du 4 décembre 2018 et le chauffeur vient de percuter un homme allongé au bord de la route départementale 17, sur la commune d’Herzeele. Il lui a roulé sur les jambes. Malgré les premiers soins prodigués par un pompier volontaire présent sur place, la victime décède à l’arrivée des secours.

Selon les premières constatations, il s’agirait d’un banal et tragique accident de la route. Mais les gendarmes s’interrogent. Pourquoi ne trouvent-ils aucun document d’identité sur le corps ? Pourquoi les techniciens en identification criminelle constatent-ils, lors de l’examen initial du corps, des traces de blessures importantes au visage et à l’arrière du crâne ?

L'autopsie renforce la piste criminelle

Deux jours après les faits, le rapport du légiste permet de répondre à une question : celle du nom de la victime, identifiée grâce à ses empreintes digitales. Il s’agit de Matthieu Breugghe, un jeune homme sans histoires de 29 ans, qui travaillerait comme chaudronnier dans une entreprise située à une vingtaine de kilomètres des lieux de l’accident. Que faisait ce Dunkerquois, un mardi matin, au beau milieu de la campagne, à 20 minutes de route de son domicile et de son travail ?

L’autopsie renforçant la piste criminelle, les investigations sont alors confiées à la Section de recherches (S.R.) de la gendarmerie de Lille – Villeneuve d'Ascq, une unité régionale en charge des enquêtes judiciaires complexes.

Immédiatement, les enquêteurs mettent en place une « task force » baptisée « HOM MATTHIEU ». Outre les gendarmes de la S.R. de Lille, celle-ci réunit des militaires de la brigade de recherches de Dunkerque-Hoymille ainsi que des brigades de Ghyvelde et Bourbourg.

Pendant un an, les gendarmes vont déployer des moyens considérables pour reconstituer le fil de cette soirée du 3 décembre et identifier le ou les auteurs.

Mise en œuvre de toutes les techniques d’investigation

Plusieurs indices vont être recueillis après un travail titanesque et des investigations minutieuses. Tout y passe : environnement de la victime, audition de ses proches et des personnes ayant passé la soirée avec elle, analyse des images de vidéoprotection et appel à témoins.

Les militaires de la gendarmerie mettent également en place des contrôles routiers répétés sur la portion de route entre Wormout et Herzeele, dans le créneau horaire des faits. Ils espèrent ainsi recueillir de nouveaux témoignages d'automobilistes susceptibles d'avoir emprunté cet axe le jour du meurtre. Les enquêteurs vont aussi mettre en œuvre tout un panel de techniques jusqu’aux plus sophistiquées : fouille d'un étang par des plongeurs, ratissage de différentes zones avec l'appui d'un drone et d'un détecteur de métaux, prélèvements et opérations de criminalistique sur différents indices et objets retrouvés, interceptions téléphoniques, expertises médico-légales…

Ce travail de fourmi leur permet de remonter le fil d’Ariane. Ils établissent ainsi un lien formel entre le décès de la victime et le vol d’une camionnette, commis la nuit des faits dans la même commune.

Le fourgon est équipé d’un dispositif de géolocalisation qui va donner un coup d’accélérateur à l’enquête. Grâce à l’historique des données GPS, les gendarmes vont pouvoir reconstituer le macabre périple du véhicule. Mieux encore, ils parviennent à identifier plusieurs suspects grâce à une série d’indices laissés par les occupants de l’utilitaire lors de leur méfait.

Il s’agit d’une bande de jeunes voleurs du coin, à l’origine de nombreux autres actes de délinquance commis le soir du 4 décembre. Une découverte rendue possible grâce à l’appui des techniciens de la cellule d'identification criminelle du groupement de gendarmerie du Nord et des experts de différents départements de l'Institut de recherches criminelles de la gendarmerie nationale (IRCGN).

Un vol qui aurait mal tourné

Dans la matinée du 11 février dernier, s’enclenche alors une vaste opération d’interpellations, allant des départements du Nord à la Seine-Saint-Denis. Cinq personnes sont arrêtées avec l’appui de pelotons d’intervention de gendarmerie mobile.

Lors de leur garde à vue, les deux principaux suspects ne reconnaissent pas leur implication directe dans le meurtre. Mais les témoignages des autres mis en cause viennent corroborer les éléments recueillis durant les investigations et permettent aux gendarmes de retracer le film exact de la soirée.

Selon toute vraisemblance, la victime aurait rencontré ses bourreaux dans le centre-ville de Dunkerque. Matthieu Breugghe aurait volontairement pris place à bord de la camionnette volée, avant qu’une altercation n’éclate. Le jeune homme de 29 ans aurait alors été passé à tabac par les auteurs présumés et dépouillé de sa carte bancaire. Il aurait ensuite été tué par les deux principaux suspects.

À l'issue des gardes à vue, quatre personnes ont été présentées à la juge d'instruction en vue de leur mise en examen et deux d'entre elles ont été écrouées.