Enquêtes

Guyane : saisie record de cocaïne en provenance du Suriname

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© COMGEND Guyane

Quatre trafiquants présumés ont été interpellés le 1er octobre dernier, à Rémire-Montjoly, puis écroués, dans le cadre d’une enquête conjointe du commandement de la gendarmerie de la Guyane et de l’OFAST, portant sur un trafic international de cocaïne entre le Suriname et l’Europe. Près de 600 kg de cocaïne, pour une valeur de près de 18 millions d’euros à la revente, ont notamment été saisis.

La Guyane, une des portes d’entrée de la cocaïne en Europe ? En effet, depuis quelques années, sa proximité géographique avec le Suriname, véritable plaque tournante de la drogue, et les avantages financiers qu’y trouvent les trafiquants, ont rendu cette « route » très attractive.

« La cocaïne transitant par la Guyane provient quasi exclusivement de Colombie, via le Suriname, qui constitue un hub régional », expliquait, le 17 juin dernier, devant le Sénat, David Weinberger, chercheur à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), spécialiste des routes de la drogue en Amérique du Sud. Selon l’expert « le modèle économique du trafic (passant par la Guyane) est beaucoup plus intéressant que celui de la route des Antilles : les prix d'achat de la cocaïne en Guyane sont nettement inférieurs, à hauteur de 5 000 euros, contre 10 000 à 12 000 euros aux Antilles. C'est donc une route extrêmement rentable. »

En septembre dernier, la mission d’information sur le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane révélait d’ailleurs dans son rapport des chiffres impressionnants, estimant ainsi à 4 tonnes par an le volume de cocaïne passant la frontière surinamaise par la route, avant de transiter par avion entre Cayenne et Orly, grâce à des mules, ou par voie maritime. Une quantité qui représente 20 % de l’afflux total de cocaïne dans l’Hexagone. Une activité des plus lucratives, puisque le kilo de cocaïne acheté à 3 500 euros au Suriname peut être revendu 35 000 euros en France…

Face à ce fléau, toutes les forces sont mobilisées et les saisies effectuées par les autorités françaises sont significatives : 2,5 tonnes de poudre blanche ont ainsi été saisies en 2019, pour moitié en Guyane et pour le reste sur le territoire métropolitain. Le Suriname n’est pas en reste, avec notamment deux saisies records sur son territoire en 2019 : plus de deux tonnes en janvier et 855 kg en décembre, à destination respectivement de la France et de la Belgique.

Saisie de 600 kg de cocaïne à Rémire-Montjoly

Entre autres missions prioritaires, à l’instar de la lutte contre l’orpaillage illégal, les gendarmes de Guyane sont donc particulièrement à l’affût de ces trafics. Ainsi, en juillet dernier, les enquêteurs de la Brigade de recherches (B.R.) de Matoury en ont détecté un de grande ampleur en provenance du Suriname et à destination de l’Europe, principalement la France et la Belgique.

Les investigations montrent que cette fois la drogue est expédiée depuis la Guyane par voie maritime, dissimulée dans des containers. Les enquêteurs parviennent à identifier l’architecture de ce réseau, chargé d’organiser les expéditions, avec l’aide d’une complicité au sein de l’emprise portuaire du Dégrad des Cannes, à Remire-Montjoly. Trois autres trafiquants sont également identifiés.

Au vu des éléments recueillis par les militaires, la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Fort-de-France (Martinique) ouvre une information judiciaire le 3 septembre dernier et co-saisit le commandant de la gendarmerie de Guyane et l’Office anti-stupéfiant (OFAST) Antilles-Guyane.

Fin septembre, grâce aux observations et surveillances mises en place, les enquêteurs apprennent un départ imminent de cocaïne depuis le port de Rémire-Montjoly. Ils décident alors de déclencher une opération judiciaire le 1er octobre dans la soirée. Menée sous la direction du commandement de la gendarmerie de Guyane, elle mobilise une cinquantaine de gendarmes de Guyane, comprenant les enquêteurs de la S.R de Cayenne, de la B.R. de Matoury, les effectifs de la compagnie et les militaires de l’antenne GIGN (dont le groupe d’observation et de surveillance), ainsi qu’une dizaine d’enquêteurs de l’OFAST, ce dernier assurant la direction d’enquête.

Action déterminante de l’antenne GIGN de Guyane

L’action de l’AGIGN, pleinement engagée avec 25 militaires mobilisés, a été décisive.

Tout au long de cette enquête, les militaires du Groupe d’observation et de surveillance de l’AGIGN Guyane ont mené des opérations déterminantes. Le 1er octobre, leur action a fortement conditionné le succès de l’opération.

Quatre suspects sont interpellés et 596 kg de cocaïne, conditionnés dans 18 sacs en toile, sont saisis dans un véhicule aux abords du port. Les perquisitions aux domiciles des mis en cause permettent également aux enquêteurs de mettre la main, au titre des avoirs criminels, sur 50 000 euros en numéraire, trois véhicules de luxe, un jet-ski et une moto, ainsi que le précise le procureur de Fort-de-France dans son communiqué.

Une saisie estimée à plus de 18 millions d’euros

« À ce stade de l’enquête, il apparaît que cette organisation criminelle avait mis en place une filière de transport de cocaïne entre le Suriname et l’Europe, en transitant par les infrastructures portuaires, (…) selon une technique consistant à polluer des containers légaux en y intégrant de la drogue, explique le magistrat, précisant que les trafiquants n’en étaient pas à leur coup d’essai.

La quantité découverte dans cette affaire représente « celle transportée par plus de 400 mules transitant par la voie aérienne depuis la Guyane », indique-t-il, estimant sa valeur de revente en Europe à « au moins 18 millions d’euros. »

À l’issue de leur garde à vue, les quatre mis en cause, trois Guyanais et un Haïtien, respectivement âgés de 26, 31, 35 et 56 ans, ont été mis en examen des chefs notamment d’importation et exportation en bande organisée de stupéfiants, « faits pour lesquels les auteurs encourent une peine de trente années de réclusion criminelle », précise le communiqué. Tous ont été écroués dans l’attente de leur transfert en Martinique, siège de la JIRS.