Enquêtes

Les monte-en-l’air ciblaient les vélos haut de gamme

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© S.R. Orléans

Les enquêteurs de la section de recherches d’Orléans, de l’office central de lutte contre la délinquance itinérante et du groupement de gendarmerie départementale du Loir-et-Cher ont mis un terme aux agissements d’un groupe criminel organisé itinérant qui ciblait les magasins de cycles. Sept individus originaires d’Europe de l’Est ont été interpellés le 2 octobre dernier. Dix cambriolages leur sont imputables sur l’ensemble du territoire, pour un préjudice total estimé à 850 000 euros !

Les cambrioleurs étaient-ils sensibilisés aux problèmes d'environnement et de santé publique ? On aurait naïvement pu être tenté d’y croire. Mais il est plus probable que ce soit l’appât du gain qui ait motivé l’équipe criminelle originaire d’Europe de l’Est, qui écumait les magasins de cycles de la moitié nord de la France depuis février 2019, ciblant systématiquement les vélos haut de gamme ainsi que leurs accessoires.

C’est à cette même date que l’enquête débute, d’une part à Romorantin-Lanthenay, dans le Loir-et-Cher, et dans le même temps à Mézières, en Ille-et-Vilaine, où les unités de gendarmerie locales sont confrontées à un cambriolage commis selon le même mode opératoire : les auteurs passent par les toits pour pénétrer dans le commerce, avant de remonter les vélos ciblés, en général dans une gamme de prix allant de 4 000 à 7 000 euros, à l’aide d’un grappin, déjouant ainsi les systèmes de surveillances.

Une cellule nationale d’enquête entre en piste

Face à ce phénomène d’ampleur nationale avec des ramifications internationales, la Juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS) de Rennes se saisit des faits en octobre 2019 et ouvre une information judiciaire. Un groupe d’enquête national est alors mis en place, associant des militaires de la Section de recherches (S.R.) d’Orléans et des personnels du détachement de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) de Rennes.

Les surveillances réalisées permettent d’identifier trois ressortissants moldaves impliqués dans les vols et plusieurs ressortissants ukrainiens engagés dans une filière de recel des vélos et accessoires volés. Principalement implantée en région parisienne, celle-ci organise l’acheminer des cycles en Ukraine par la route.

Grâce au travail de recoupement et aux opérations de criminalistique, les enquêteurs parviennent à imputer à ce groupe criminel organisé itinérant « une dizaine de cambriolages commis entre février 2019 et septembre 2020, dans les départements du Loir-et-Cher, de la Moselle, des Vosges, des Deux-Sèvres, de l'Ille-et-Vilaine, de la Vienne et du Pas-de-Calais », précise le procureur de la République, Philippe Astruc, dans son communiqué.

« Les éléments récupérés par les unités primo-intervenantes, dans le cadre des actes de police technique et scientifique, ont été déterminants dans l’identification de ce groupe d’individus », insiste le colonel Étienne Peltier, commandant la S.R d’Orléans, avant de préciser : « Nous avions déjà eu affaire à des trafics ciblés, mais pas de cette ampleur. »

Le phénomène n’est en effet pas nouveau. Chaque année, en France, ce sont plus de 400 000 cycles qui sont dérobés sur l’ensemble du territoire. Une hausse de 62 % des vols a ainsi été constatée depuis le début de l’année 2020. Des vols de vélos qui ne concernent pas que les particuliers. En effet, chaque année, de nombreux magasins spécialisés dans la vente de cycles sont cambriolés, pour des préjudices considérables.

Interpellation de l’ensemble du réseau, des voleurs aux receleurs en passant par le commanditaire

Leurs activités restent un temps en suspens, très probablement en raison de la crise sanitaire et du confinement… Jusqu’au début de ce mois d’octobre 2020. Le dispositif de surveillance mis en place par les enquêteurs permet en effet d’anticiper l’imminence d’un nouveau cambriolage. Une opération judiciaire, conduite conjointement par la S.R. d’Orléans et le détachement de l’OCLDI de Rennes, sur commission rogatoire du juge d'instruction, est déclenchée le 2 octobre. Elle permet aux enquêteurs, comme le souligne le procureur de la République, « d’interpeller simultanément l’équipe chargée de commettre les vols et celle chargée de la filière de recel des vélos volés. »

Lors des perquisitions, une cinquantaine de vélos, dérobés fin septembre à Mignes-Auxances, dans la Vienne, sont retrouvés. 3 800 euros en numéraire, plusieurs téléphones, des valises d’encodage de clés de véhicules ainsi qu’un fourgon sont également saisis.

Sept mises en examen : cinq détentions provisoires et deux contrôles judiciaires

Les sept mis en cause, « pour la plupart sans antécédents » selon le communiqué du procureur, sont présentés devant le juge d’instruction de Rennes, en charge de l'instruction du dossier, le 5 octobre.

Cinq d’entre eux sont mis en examen des chefs de vols en bande organisée, recel en bande organisée de vol commis en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime et placés en détention provisoire. Les deux autres, mis en examen pour recel en bande organisée de vol commis en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime, sont placés sous contrôle judiciaire.