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Lutte contre la pédopornographie : une opération internationale permet d’interpeller deux suspects en France

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃3 min.
© Gendarmerie nationale

Le mois dernier, une opération de police judiciaire coordonnée par le C3N (Centre de lutte contre les criminalités numériques) a permis d’interpeller un couple, suspecté de viol sur leur fils de trois ans. Cette horreur, filmée et diffusée sur le DarkWeb, a été analysée et décortiquée par un groupe d’experts internationaux, sous l’égide d’Europol. La traque aura duré une année.

Depuis 2014, à la demande des États membres de l’Union européenne et d’autres pays partenaires, Europol accueille en son siège et chaque année, une équipe d’identification des victimes (Victim Identification Taskforce - VIDTF, NDLR). Ces experts, venus des quatre coins du globe, sont spécialisés dans l’analyse de renseignement d’origine numérique. Le but de cette force opérationnelle est d’éplucher différentes images et vidéos à caractère pédopornographique, d’en extraire les données, d’y rechercher des indices et ainsi de récolter des informations permettant d’identifier des mineurs victimes d’abus sexuels et de les localiser.

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Des millions de mégaoctets analysés

En octobre dernier, pour VIDTF 7, (la septième opération d’identification des victimes depuis la création de la task force), une trentaine de spécialistes des services de police et de gendarmerie d’une trentaine de pays différents, ainsi que des agents d’Interpol, se sont donc rassemblés pour réaliser un travail de Bénédictins : l’analyse de millions d’images et de fichiers vidéos de victimes d’abus sexuels mineures. Parmi elles, certaines étaient âgées d’à peine quelques jours…

Cette coopération internationale d’une quinzaine de jours, à laquelle participe le CNAIP (Centre National d'Analyse des Images de Pédopornographie), porte ses fruits, puisque l’analyse des fichiers permet de découvrir une date et une localisation GPS des prises de vue. Grâce à ces coordonnées, les recherches en sources ouvertes conduisent quant à elles à l’identification d’un individu. Ce dernier aurait potentiellement un lien familial avec les victimes.

Enfin, les investigations menées sur le DarkWeb font ressortir qu’un mystérieux utilisateur partage des contenus pédopornographiques similaires. Les métadonnées des fichiers conduisent les enquêteurs à la découverte de nouvelles coordonnées GPS. D’autres investigations, physiques cette fois-ci, menées en parallèle, permettent d’identifier les auteurs présumés, ainsi que leurs adresses. Celles-ci correspondent parfaitement aux coordonnés GPS trouvées dans les fichiers.

Leur propre enfant victime de viol

Après une année de traque, les gendarmes passent à l’action : une opération de police judiciaire, coordonnée par le C3N (Centre de lutte contre les criminalités numériques), est déclenchée le 20 octobre dernier, avec l’appui des groupements de gendarmerie départementale de l’Aisne, du Lot-et-Garonne et de l’Oise, ainsi que d’Europol, pour la partie technique. À l’heure du laitier, les militaires pénètrent à l’intérieur de la résidence des suspects, un couple domicilié à Château-Thierry (02).

La perquisition amène les enquêteurs à saisir une quarantaine d’objets, notamment du matériel informatique, des accessoires identifiés dans les vidéos et même des armes à feu ! L’exploitation rapide d’une partie des scellés par le C3N, couplée aux auditions des suspects lors de leur garde à vue, permettent d’identifier formellement trois victimes, dont le fils du couple, âgé de trois ans. Il sera immédiatement pris en charge par les services sociaux et confié à une famille d’accueil.

L’auteur des sévices et sa conjointe ont tous deux été placés en détention provisoire avant leur jugement en janvier 2021. Ils seront poursuivis pour viol incestueux commis sur un mineur par une personne ayant autorité sur la victime, captation en vue de sa diffusion d’image à caractère pornographique de mineur, diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique en utilisant un réseau de communications électroniques et, enfin, détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique.

Selon le Code pénal, ils risquent, a minima, vingt ans de réclusion criminelle.

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