Enquêtes

Meuse : les gendarmes mettent fin à une escroquerie nationale d’un million d’euros

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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Il aura fallu près de six mois d’enquête à la Brigade de recherches (B.R.) de Verdun pour mettre un coup d’arrêt à un vaste réseau d’escrocs sévissant un peu partout en France, en se faisant passer pour des banquiers, des chefs d’entreprise ou même des représentants des forces de l’ordre. Le préjudice découlant de leurs arnaques est déjà estimé à un million d’euros.

La fable de La Fontaine était pourtant limpide : quand la grenouille veut se faire aussi grosse qu’un bœuf, elle finit par crever ! Fin avril 2020, une entreprise de Peuvillers (55) se fait escroquer de 16 000 euros et dépose plainte auprès de la brigade de Montmedy. Travaillant en lien avec l’unité et la cellule d'appui judiciaire du groupement située à Bar le Duc, la Brigade de recherches (B.R.) de Verdun est saisie de l’enquête et découvre rapidement que le même mode opératoire est utilisé à plusieurs endroits dans l’Hexagone.

Une « carambouille » nationale

La méthode, vieille comme le monde, consiste en une « carambouille » : revendre une marchandise jamais payée. Les escrocs se font passer pour des chefs d’entreprise, des banquiers, voire des représentants des forces de l’ordre. Ils contactent des sociétés ou des personnes vulnérables pour leur acheter des biens et les revendent rapidement via des receleurs, les victimes n’ayant, quant à elles, jamais reçu l’argent de la vente dans toute cette histoire !

En juin dernier, face à ces agissements mis en lumière par les enquêteurs, le procureur de la République de Verdun ouvre une information judiciaire pour escroqueries et recels commis en bande organisée. Après avoir identifié les différents protagonistes au sein du réseau et leurs nombreuses victimes à travers le territoire national, une opération judiciaire est lancée par les gendarmes, le 13 octobre dernier.

Près de 140 gendarmes sont mobilisés, issus des groupements de la Meuse et de Meurthe-et-Moselle, appuyés par un peloton d’intervention de gendarmerie mobile, la section d’appui judiciaire de Metz, la section de recherches de Nancy et cinq équipes cynophiles. Ils ne sont pas de trop pour procéder aux sept interpellations qui sont programmées aux quatre coins de France, plus précisément en Meurthe-et-Moselle, dans l’Hérault, en Essonne et dans le Bas-Rhin.

Pour mener la vie grand train

Des perquisitions sont menées sur place mais aussi auprès de receleurs en Loire-Atlantique, en Moselle, en Saône-et-Loire, dans l’Oise, dans les Vosges et en Alsace. Dans ce cadre, les enquêteurs procèdent à des saisies laissant deviner le train de vie délirant adopté par les protagonistes : des véhicules (dont une voiture de sport d’une valeur de 140 000 €), des vêtements, des bijoux et des montres de luxe, du multimédia, des bouteilles de grands crus et près de 55 000 euros en numéraire. Par ailleurs, la découverte d’un fusil, d’un pistolet automatique et de plusieurs engins de chantier en attente de revente ne fait que conforter l’idée d’agissements criminels.

Le 16 octobre dernier, à l’issue des gardes à vue, les mis en cause sont présentés devant le tribunal de Verdun pour une mise en examen. Les trois initiateurs du réseau sont placés en détention provisoire, tandis que d’autres font l’objet d’une mesure de contrôle judiciaire en attendant le jugement.

Le préjudice total subi par les victimes s’élève à près de 600 000 euros.