Enquêtes

Un réseau familial spécialisé dans le vol de cartes bancaires démantelé

Auteur : Pablo Agnan - publié le
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© MI/DICOM/J.ROCHA

Un clan familial originaire de Marseille a été démantelé par les gendarmes, le 24 juin, après une enquête de longue haleine. Les suspects opéraient dans toute la France et en Espagne depuis un an et demi. Ils sont certainement responsables de plus de 150 vols, essentiellement au détriment de personnes âgées.

« Le collet marseillais » ; cette technique, « vieille comme le monde », aurait été utilisée par un clan familial d’origine marseillaise pour commettre une impressionnante série de vols de cartes bancaires en France et en Espagne. Ce réseau a été démantelé le 24 juin dernier, grâce à une enquête de longue haleine menée par les gendarmes de la Section de recherches (S.R.) de Nantes (44) et leurs camarades de la Brigade territoriale autonome (BTA) de Sablé-sur-Sarthe (72).

Ces faits débutent en novembre 2018, mois durant lequel les gendarmes de la région des Pays-de-Loire constatent un phénomène de vols de cartes bancaires. Les victimes sont en majorité des personnes âgées. Toutes se font dérober leur carte lorsqu’elles se présentent au distributeur de billets, quand les établissements sont fermés. Un an plus tard, après un énième vol, cette fois-ci à Sablé-sur-Sarthe (72), les enquêteurs locaux en sont convaincus : ils sont confrontés à un phénomène d’ampleur nationale. La S.R. de Nantes est alors saisie.

« Family Business »

C’est d’ailleurs ce que vont confirmer les investigations. Elles mettent en évidence l’implication d’un « réseau familial bien structuré », originaire de la cité phocéenne et frappant dans la France entière. À sa tête, un individu âgé de 48 ans et sa compagne, tous deux bien connus des services de police.

Leur modus operandi était bien huilé : ils quittaient Marseille avec leur petite troupe le vendredi soir pour le week-end et s’installaient dans des zones hôtelières. Pour se déplacer, ils circulaient parfois avec des véhicules de location loués frauduleusement.

En deux ans, les malfaiteurs ont commis leurs méfaits dans 44 départements sur l'hexagone, dont 24 en Pays-de-la-Loire.

© SR Nantes

Puis, les samedi et dimanche, ils passaient à l’action. Les individus interpellaient leur victime, qui venait juste d’effectuer un retrait en espèces. Pour les appâter, ils lui remettaient un billet de 10 ou 20 euros, en prétendant qu’il ou elle l’avait oublié dans l’appareil. « Après avoir gagné leur confiance, ils leur demandaient ensuite de réintroduire leur moyen de paiement dans le lecteur, en profitant de ce moment-là pour mémoriser le code et dérober la carte en déclarant que cette dernière avait été avalée par l’appareil », précise le lieutenant-colonel Thierry Jourdren.

Le collet marseillais

Seule zone d’ombre pour le numéro deux de la S.R. de Nantes : la manière dont les auteurs arrivaient à soustraire la carte de leur victime. « Sur les vidéos, ça va beaucoup trop vite pour qu’on puisse identifier la technique, mais les enquêteurs pensent à celle du « collet marseillais ». Il s’agit d’une bande plastifiée placée dans la fente du distributeur, laquelle bloque la carte à l’intérieur.

« Par la suite, les auteurs effectuaient des retraits d’argent en espèces dans des distributeurs ainsi que des paris sportifs auprès d’établissements de la Française des jeux afin de blanchir l’argent gagné frauduleusement », conclut l’officier.

Ce business juteux prend fin le 24 juin, après une opération judiciaire, au cours de laquelle six suspects sont interpellés, dont la tête du réseau et sa compagne. Les perquisitions amènent à la saisie d’une Renault Clio RS, d’un fusil à pompe avec ses munitions et de 840 euros en numéraire. Les enquêteurs mettent également la main sur des documents relatifs à une auto-école de Marseille, appartenant au chef d’équipe, dont la gestion est assurée par un gérant de paille.

Au total, 156 faits sont imputés à cette équipe. Le 27 juin, trois des mis en cause sont écroués. Les trois autres sont remis en liberté et seront convoqués ultérieurement pour une mise en examen.