Enquêtes

Une vaste opération franco-italienne met un coup d’arrêt à un trafic de drogue international

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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© Ministère de l'Intérieur/B.CHAPIRON

Après plus de deux ans d’enquête portant sur un trafic international de cannabis et de cocaïne, la coopération franco-italienne a fini par payer ! Mardi 15 septembre, l’engagement de près de 600 gendarmes et carabiniers de part et d’autre de la frontière a permis d’interpeller plus de quarante personnes impliquées, dont plusieurs membres de la mafia calabraise.

Ce n’est pas tous les jours que les gendarmes français traitent une affaire où la mafia italienne est partie prenante ! En juin 2018, un Varois est interpellé alors qu’il revient d’Espagne avec 20 kg de cannabis. Les militaires de la Brigade de recherches (B.R.) de Draguignan commencent à tirer le fil d’une enquête qui va se révéler riche en surprises ! Il apparaît en effet rapidement que l’ampleur du dossier nécessite de changer de braquet : cet individu, s’approvisionnant régulièrement en cannabis et cocaïne en Espagne et en Île-de-France, pour revendre sur la Côte d’Azur, possède parmi ses nombreux clients des ressortissants italiens pas tout à fait comme les autres… Des contacts pris avec les carabiniers de Gênes montrent que certains des ressortissants italiens ciblés appartiennent à la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise de sinistre réputation, et font l’objet d’une enquête italienne dénommée « PONENTE ».

L’alliance France-Italie : « Forever » !

Dès lors, tout s’accélère ! Au printemps 2019, une cellule d’enquête baptisée « FOREVER » est créée. Placée sous la direction de la Section de recherches (S.R.) de Marseille, elle est armée par des militaires des groupements du Var et des Alpes-Maritimes, qui accompagnent les investigations de bout en bout. Dans la foulée, elle s’associe à ses voisins génois et l’Équipe commune d’enquête (ECE) « PONENTE-FOREVER » voit le jour : une première franco-italienne s’agissant de la thématique mafieuse ! La coopération remarquable entre les forces, mais aussi entre leurs magistrats respectifs du parquet anti-mafia de Gênes et de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille, facilite grandement les investigations. Les enquêteurs peuvent notamment poursuivre les filatures au-delà de la frontière, sans attendre les autorisations, et se communiquer plus facilement différentes pièces de procédure.

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En mars 2020, la S.R. de Paris leur vient également en appui, avec le groupe interministériel de recherches de Créteil, permettant d’approfondir le volet francilien et de s’intéresser au rendement financier lié au trafic. Le GIGN et les groupes d’observation et de surveillance de Marseille et de Paris complètent le dispositif pour pister ces criminels chevronnés.

Un coup de filet impressionnant

Si les surveillances et opérations techniques confirment le cheminement de la drogue, elles mettent également en évidence le train de vie élevé des trafiquants et les autres activités criminelles auxquelles ils se livrent, comme des transactions d’armes et des vols d’argent ou de stupéfiants auprès de leurs concurrents !

Finalement, le 15 septembre dernier, une opération judiciaire internationale est lancée, engageant pas moins de 450 gendarmes et 120 carabiniers de part et d’autre de la frontière. Avec l’appui du GIGN et de plusieurs unités d’intervention, 34 personnes sont interpellées simultanément en différents points du territoire français et 11 membres de la ‘Ndrangheta subissent le même sort en Italie.

Les perquisitions menées ne laissent aucun doute sur l’envergure de l’entreprise criminelle démantelée : cinq armes de poing, un fusil et un pistolet-mitrailleur, des balises et des brouilleurs, 1 kg de cocaïne et du matériel de conditionnement, 700 000 euros en numéraire mais aussi 500 000 euros sur des comptes bancaires, six véhicules haut de gamme et des dizaines de montres de luxe. Ce montant déjà impressionnant de saisies devrait continuer d’augmenter, puisque les enquêteurs, appuyés par la Cellule régionale d’avoirs criminels (CERAC) de la région PACA, poursuivent leurs investigations pour traquer l’argent des trafiquants.

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Cette très belle opération atteste de la volonté commune des pays européens de lutter ensemble contre les différentes mafias et groupes criminels sévissant sur leurs territoires respectifs.