Enquêtes

Val-d’Oise : un réseau de prostitution démantelé

Auteur : Morgane Jardillier - publié le
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© Sirpa - MAJ F.Balsamo

Une opération visant à démanteler un réseau de prostitution a eu lieu mardi 4 février, dans le Val-d’Oise. Suspectées d’appartenir à un réseau exploitant une quarantaine de femmes vulnérables, forcées à se prostituer, sept personnes ont été mises en examen.

Vaste coup de filet dans le milieu de la prostitution. Neuf mois d’investigations ont permis aux enquêteurs du groupement de gendarmerie départementale du Val-d’Oise et de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) de démanteler un vaste réseau de proxénétisme aggravé, mettant au jour un système extrêmement bien organisé.

Un réseau mobile

Avril 2019. Les gendarmes du Val-d’Oise recueillent un renseignement laissant présager l’existence d’un réseau de prostitution dans le secteur de Beaumont-sur-Oise. Après plusieurs semaines d’enquête, la brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de l’Isle-Adam confirme l’activité d’un réseau de proxénétisme d’ampleur nationale.

Si ce réseau a bien pris naissance sur les communes de Persan et de Beaumont-sur-Oise, en 2018, il s’est ensuite étendu, poussé par l’appât du gain, à l’ensemble de la région parisienne, puis dans les villes de province, telles que Tours, Bordeaux et Strasbourg, où l’activité s’exerce sur de courtes durées, afin de ne pas attirer l’attention.

Mardi 4 février. Sous l’autorité d’une juge d’instruction du tribunal de Pontoise, une vaste opération conjointe, mobilisant une centaine de gendarmes et 18 enquêteurs de l’OCRTEH, a permis de démanteler ce réseau. Onze hommes, âgés de 24 à 39 ans, tous issus de la région parisienne, ont été interpellés et 45 prostituées, dont certaines mineures, ont été identifiées.

Au cours des perquisitions, des armes de poing, du numéraire, des produits stupéfiants et de nombreux téléphones ont été saisis.

Sept personnes, suspectées d’appartenir au réseau, ont été mises en examen et placées en détention provisoire, trois autres ont été placées sous contrôle judiciaire.

 

Une organisation structurée

Quatre proxénètes, ayant acquis un certain savoir-faire dans d’autres trafics avant de faire évoluer leur activité vers le proxénétisme à grande échelle, sont à la tête du réseau. Sous leurs ordres, les « lieutenants » ont en charge la logistique, gérant les annonces sur des sites spécialisés dans le commerce du sexe et assurant une rotation permanente sur les lieux de passe (location Airbnb, hôtels bas de gamme), afin de proposer une prostitution logée. Ils prenaient également en charge le transport des femmes, leur ravitaillement en nourriture et en produits stupéfiants. Enfin, des hommes de main assuraient la sécurité des passes et leur surveillance, exerçant parfois des violences à l’encontre des femmes exploitées.

Avec 6 à 10 clients par jour par prostituée, pour une prestation moyenne de 100 € et jusqu’à 25 femmes pouvant être prostituées simultanément, le volume financier généré est évalué à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Le mode de recrutement était lui aussi bien rodé. L’enquête a permis d’établir un profil commun à l’ensemble des jeunes filles : âgées de 17 à 22 ans, vulnérables psychologiquement, déscolarisées ou sans diplôme, en rupture familiale et sociale et principalement issues de quartiers défavorisés de la région parisienne. Véritables marchandises pour leurs proxénètes, elles pouvaient même être « vendues » à un autre proxénète pour la somme de 1 500 euros, sans oublier qu’elles se recrutaient aussi entre elles sur les forums, car pour quitter le réseau, elles devaient impérativement trouver une remplaçante.