Enquêtes

Ardennes : les gendarmes mettent fin à un business autour de mariages blancs

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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© © Stocklib / Elnur Amikishiyev

Après deux ans d’investigations, les enquêteurs de la Section de recherches (S.R.) et du Groupe interministériel de recherches (GIR) de Reims, ainsi que ceux du groupement de gendarmerie départementale des Ardennes, ont fini par identifier un réseau spécialisé dans l’organisation de mariages blancs. Au terme d’une opération judiciaire lancée le 16 février dernier, sept individus ont été interpellés.

Ce sont des wedding planners pas comme les autres qui officiaient depuis de nombreuses années dans les Ardennes, la Marne et en région parisienne.

Au cours de l’année 2019, agissant à partir de renseignements, des gendarmes de la Section de recherches (S.R.) de Reims et de la Cellule d’appui judiciaire (CAJ) des Ardennes s’intéressent à un réseau organisant des mariages de complaisance entre ressortissants français et étrangers. Comprenant rapidement qu’il s’agit d’un phénomène d’ampleur, le tribunal judiciaire de Charleville-Mézières ouvre une information judiciaire en décembre 2020, et saisit le GIR ainsi que le groupement de gendarmerie départementale des Ardennes en plus de la S.R. Très vite, la téléphonie met effectivement en évidence la contraction de plusieurs centaines de mariages blancs en vingt ans, dont 88 au cours des cinq dernières années.

Pour le meilleur et pour l’argent

S’il n’existe a priori aucun semblant d’amour dans ces unions, des intérêts certains animent chacun des participants. Moyennant la somme rondelette de 23 000 euros, le ou la ressortissant(e) étranger(ère) se fait passer la bague au doigt et obtient de facto un titre de séjour lui permettant de régulariser sa présence sur le territoire national. La somme est ensuite répartie comme suit : 1 000 euros pour l’entremetteur, 14 000 euros pour l’organisateur et 8 000 euros pour l’heureux (ou heureuse) élu(e).

S’articulant autour de deux principaux protagonistes, dont l’un possède de nombreuses connaissances à l’étranger qui font jouer familles et amis, le réseau est bien rodé. Pour que les différentes administrations n’y voient que le feu de l’amour, les malfaiteurs font notamment appel à des faussaires, qui élaborent des kits de faux documents de nature à justifier une communauté de vie entre les futurs époux.

Le réveil après la lune de miel

À l’issue des nombreuses investigations, une opération est déclenchée le 16 février dernier, mobilisant une trentaine de gendarmes de la S.R. et du groupement, assistés d’enquêteurs spécialisés dans la Délinquance économique et financière (DEFI) et les nouvelles technologies (N’TECH). Sept individus appartenant au réseau sont interpellés et placés en garde à vue. Au cours des perquisitions, les militaires saisissent environ 13 000 euros en numéraire, un véhicule ayant servi de paiement pour un mariage, des robes de mariée, ainsi que de nombreux documents matérialisant les faux et l'organisation de mariages.

À l’issue des gardes à vue, un individu est libéré, tandis que les six autres sont présentés devant le tribunal judiciaire pour être mis en examen. La principale organisatrice au sein du réseau est incarcérée, les cinq autres personnes faisant l’objet d’un contrôle judiciaire. Enfin, s’agissant des mariages déjà contractés, les préfectures concernées devraient étudier prochainement ces dossiers pour procéder à leur annulation.