Enquêtes

Bouches-du-Rhône : les gendarmes démantèlent un important trafic de cocaïne

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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Cela faisait un an et demi que les enquêteurs de la Section de recherches (S.R.) de Marseille travaillait sur un réseau de trafiquants qui importait de la cocaïne depuis l’Europe du Nord pour fournir tout le sud-est de la France. L’opération judiciaire, déclenchée le 26 mars dernier, a permis d’interpeller 10 suspects mais aussi de saisir 70 kilos de cocaïne, 317 kilos de résine de cannabis et plus de trois millions d’euros.

Tout part d’un simple renseignement, à l’automne 2019, sur un vaste trafic de stupéfiants touchant la région. Une enquête est ouverte au parquet de Tarascon, et la S.R. de Marseille est saisie. Mais, très vite, les enquêteurs s’aperçoivent qu’il s’agit d’un dossier de grande ampleur. La Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille en prend alors la direction et une cellule nationale d’enquête est créée. Baptisée « No Name », elle permet de ne pas attirer les soupçons des malfaiteurs rodés à l’exercice et très bien implantés au niveau local.

Une équipe chevronnée

Cette équipe de haute volée est en effet composée de trentenaires, amis voire membres de même famille, occupant le secteur de Beaucaire-Tarascon. À l’image d’une véritable petite entreprise, un grossiste alimente des semi-grossistes par dizaines de kilos. En bas de la pyramide, des petites mains s’activent, de l’Hérault aux Alpes Maritimes, en passant pas le Vaucluse, pour collecter l’argent et distribuer les doses.

En amont, l’importation fait également l’objet d’une sacrée organisation : partant d’Europe du Nord, les stupéfiants sont pris en charge par un routier lituanien qui a l’habitude de livrer dans le sud-est de la France et n’hésite pas à faire des crochets pour cette marchandise spéciale. Les rendez-vous ont lieu sur des parkings, tôt le matin ou tard le soir, avec à chaque fois, au préalable, les vérifications qui s’imposent pour s’assurer qu’il n’y ait aucun loup à l’horizon. En effet, les trafiquants ont gros à perdre puisque pas moins de 50 kilos de cocaïne transitent ainsi chaque mois, soit 1,5 millions d’euros.

Appuyant les enquêteurs, le Groupe d’intervention régional (GIR) est également sollicité, s’agissant du volet patrimonial, afin d’identifier les secteurs dans lesquels les malfaiteurs blanchissent l’argent (l’immobilier avec l’achat de boxes, mais aussi des activités commerciales comme des auto-écoles ou un bar à chicha).

Une opération de grande envergure

Face à cette équipe de choc, les gendarmes n’hésitent pas à déployer l’artillerie lourde pour les interpeller. En provenance des Pays Bas, le camion lituanien rentre en France le 26 mars dernier, et est aussitôt placé sous étroite surveillance. Une opération est finalement déclenchée dans la nuit du 30 au 31 mars, mobilisant pas moins de 300 gendarmes.

Profitant de la transaction dans une zone d’activité à Beaucaire (Gard), les enquêteurs font appel au GIGN pour interpeller la tête de réseau et le chauffeur lituanien en plein flagrant délit. Sur place, 70 kilos de cocaïne soigneusement conditionnés sont saisis, mais aussi 1,25 millions d’euros en liquide, compactés sous vide. Au même moment, six autres membres du réseau sont interpellés dans la région et placés en garde à vue.

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Dans la même journée, les gendarmes procèdent à 25 perquisitions dans la région. Ils découvrent alors plusieurs véhicules dissimulés dans des boxes, mais également 2 millions d’euros soigneusement conditionnés dans l’un d’eux et plusieurs centaines de kilos de résine de cannabis conditionnés en valises marocaines dans un autre. Les enquêteurs saisissent également 11 téléphones dont 6 PGP (des téléphones cryptés) , trois  gilets pare-balles, une tenue de douanier, un revolver 44 Magnum et des munitions. Les saisies s’élèvent à l’heure actuelle à près de 3,4 millions d’euros en liquide, 70 kilos de cocaïne et 317 kilos de résine de cannabis.

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« La somme d’argent saisie, de plus de 3 millions d’euros en numéraire, témoigne de l’importance du trafic qui s’est déroulé sur plusieurs mois, selon un mode opératoire très élaboré. Dix personnes ont été placées en garde à vue dans cette affaire : le chauffeur du camion d’origine lituanienne ainsi que neuf  individus originaires de la région », a expliqué le parquet qui continue de suivre le dossier en lien avec EUROPOL et EUROJUST.