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Pêche illégale : la belle prise des gendarmes maritimes en Guyane

Auteur : Pablo Agnan - publié le
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© D.R

La vaste opération aéromaritime annuelle « Mako », menée par les Forces armées en Guyane (FAG), dont fait partie la gendarmerie maritime, a permis de ferrer deux « tapouilles », en flagrant délit de pêche illégale. Au total, outre les deux embarcations, l’intervention a donné lieu à la saisie de quatre tonnes de poissons, dont 21 kg de vessies natatoires, d'une valeur estimée à 42 000 euros.

On peut dire que l’action a fait mouche. Mi-octobre, les Forces armées en Guyane (FAG) ont mené une opération aéromaritime d’envergure contre la pêche illégale, dans les eaux territoriales du plus vaste département d’outre-mer. Baptisée « Mako », l’objectif de cette opération annuelle était d’intercepter plusieurs tapouilles, des chalutiers en bois, en flagrant délit de pêche illégale. L’opération a mobilisé pour l’occasion le Patrouilleur Antilles-Guyane (PAG) « La Résolue », de la Marine nationale, un hélicoptère AS555 Fennec, de l’armée de l'Air et de l'Espace, ainsi que la Vedette côtière de surveillance maritime (VCSM) « Mahury » de la Gendarmerie maritime (GMAR).

Chaque année, à l’occasion de cette opération, la GMAR mobilise une vingtaine de renforts venus de métropole, dont sa Section de recherches (S.R.). L’unité spécialisée dans les investigations avait pour mission de réaliser un travail de renseignement en amont, ainsi qu’un appui judiciaire après la phase d’interpellations.

Et durant l’intervention, les militaires de la GMAR ont fait face à une certaine résistance. Les gendarmes ont notamment reçu de nombreux jets de projectiles. Ils sont parvenus, grâce à un appui feu, à monter à bord rapidement et à prendre le contrôle du navire. L’opération n’a fait aucun blessé.  
 
Et surtout, elle s’est soldée par un joli coup de filet : deux tapouilles ont été saisies. L’une d’elles, la « Comte Antonio », que son tonnage de 45 tonnes classe dans la catégorie des tapouilles « mère », figurait dans le top 3 des embarcations à interpeller, tant elle était fréquemment repérée en action de pêche illégale. Sa valeur est estimée à 200 000 euros. Par son tonnage et sa valeur marchande, elle constitue la plus grosse prise de ces 15 dernières années.

La cargaison des navires arraisonnés constitue également une belle prise. Au total, quatre tonnes de poissons ont été saisies, ainsi que plusieurs « pépites des mers », dont le marché asiatique raffole. Parmi elles, 23 kg de vessies natatoires, organes qui permettent aux poissons de flotter, ont été retrouvés dans les embarcations. Aujourd’hui, les Chinois se les arrachent à prix d’or pour leurs différentes vertus. À Cayenne, un kilo vaut environ 100 euros. Sur le marché hongkongais, leur prix peut atteindre les 2 000 euros le kilo !

La pêche au gros poisson ne s’est pas arrêtée là pour les militaires. Ces derniers ont également saisi 30 ailerons de requin, dont le prix au kilo est estimé entre 300 et 500 euros. 10 km de filet, pour une valeur estimée à 14 000 euros, ont aussi été confisqués.

Sur les quinze interpellations, quatre marins, dont les deux capitaines de navire, ont été placés en garde à vue par le Parquet de Cayenne. Leur traitement judiciaire s’est soldé par la remise de trois convocations par officier de police judiciaire. Preuve de la détermination de l'État français à défendre sa souveraineté et à protéger ses ressources halieutiques, les magistrats locaux ont autorisé la destruction des deux tapouilles saisies.

Quant aux 11 autres marins non-violents, ils ont été confiés à la police aux frontières de la Guyane et remis aux autorités brésiliennes. Ils font chacun l’objet d’un arrêté d’éloignement.

Fin juin, une opération similaire avait permis de ferrer 15,9 tonnes de poissons, 86 kg de vessies natatoires et 6 km de filet.

En 2020, les FAG ont cumulé près de 351 jours en mer, dont 202 exclusivement dédiés à la mission de police des pêches. Cette omniprésence avait permis la confiscation de 223 km de filet et la saisie de 161 tonnes de poissons, ainsi que de 834 kg de vessies natatoires. Depuis le 1er janvier 2021, ce sont déjà plus de 70 tonnes de poissons qui ont été mises sous séquestre à la suite d’opérations de contrôle des pêches menées en Guyane. Des opérations similaires sont conduites dans toutes les eaux territoriales françaises, qui constituent le deuxième espace maritime mondial.