Enquêtes

Polynésie française : une opération d’ampleur pour démanteler un trafic d’ice en provenance des États-Unis

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
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© Section de recherches de Papeete - Polynésie Française

Le 12 décembre dernier, après plusieurs mois d’enquête, les gendarmes de Polynésie française ont intercepté une livraison d’ice (une sorte de méthamphétamine) en provenance des États-Unis. L’homme qui transportait la marchandise a été arrêté avec 900 g de drogue, pour une valeur estimée à près de 2 millions d’euros à la revente. À la suite de cette arrestation, sept autres individus ont été interpellés. Ils seraient à l’origine d’un vaste trafic d’ice à Faa’a, l’une des plus importantes communes de l’île.

Joli coup de filet pour la Brigade de recherches (B.R.) de Faa’a. Samedi 12 décembre dernier, après trois mois d’investigations, les enquêteurs, appuyés par l’Antenne du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (AGIGN), le Peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG), la Brigade de gendarmerie des transports aériens (BGTA) de Tahiti-Faa’a, le Groupe interministériel de recherches (GIR) et par un Escadron de gendarmerie mobile (EGM), ont procédé à l’arrestation de huit trafiquants d’ice (sorte de méthamphétamine).

Trois mois d’investigation

Tout commence en septembre 2020 pour la B.R. de Faa’a. Disposant de renseignements convergents, l’unité ouvre une enquête sur un réseau de vente de méthamphétamine (ice) dans cette même commune. D’après les premiers éléments recueillis, deux hommes écouleraient, depuis plusieurs années, des centaines de grammes de cette drogue, particulièrement addictive. Ils s'approvisionneraient aux USA et ramèneraient ensuite le produit par voie aérienne, dissimulé dans leurs bagages. Les bénéfices obtenus par ce trafic seraient ensuite blanchis, notamment par l’intermédiaire de jeux d’argent officiels ou clandestins.

L’enquête est alors approfondie. Après avoir confirmé les relations entre les deux hommes et identifié leurs complices, les investigations (interceptions judiciaires, surveillances d’un Groupe d’observation et de surveillance (GOS), enquête patrimoniale) permettent d'établir l'existence d'un réseau particulièrement structuré, qui sévit depuis trois ans. Il est composé de deux commanditaires inconnus de la justice et bien insérés socialement (un employé de commerce et un agent municipal), d'une nourrice, de revendeurs et d’un receleur de fonds.

Une interpellation à grande échelle

Au début du mois de décembre 2020, la B.R. découvre que l’une des deux « têtes de réseau » va se rendre à Los Angeles. Les fonds importants collectés par l’individu dans la perspective de son déplacement renforcent les soupçons des enquêteurs. Son retour en Polynésie est prévu le 12 décembre. L’opération judiciaire est alors planifiée à cette échéance.

Le jour dit, à 5 heures du matin, l’individu est interpellé sur le tarmac de l’aéroport international de Faa’a. L’opération se déroule avec l'appui de la BGTA.

Très vite, les soupçons des enquêteurs se confirment lorsque, durant la perquisition de ses affaires, 900 grammes d’ice sont découverts dans un faux fond aménagé dans l’un de ses bagages. Au cours actuel de revente de l’ice en Polynésie, cette cargaison est estimée à près de 2 millions d’euros.

En parallèle de cette action coup de poing, sept autres membres du réseau sont interpellés dans la commune de Faa’a et leur domicile est perquisitionné. Vingt-cinq autres personnes sont également convoquées pour être entendues en qualité de témoins.

68 militaires mobilisés

Pour cette opération d’envergure, pilotée par la compagnie des Îles-du-Vent, plus de 68 militaires ont été mobilisés.

Un travail de coopération a été mené entre la B.R., le PSIG et la brigade territoriale autonome de Faa’a, la Section de recherches (S.R.) de Papeete, le détachement de surveillance et d’intervention de l’EGM 15/3 de Vannes, l’AGIGN, le GOS, la BGTA de Tahiti-Faa’a, le GIR et la Brigade motorisée (B.Mo.) de Faa’a.

1,8 kg d'ice importé au cours de leurs voyages

Les auditions permettent de confirmer la réalisation de cinq voyages par les suspects. Des déplacements durant lesquels ils auraient importé 1,8 kg d'ice. Un volume de marchandise extrêmement élevé au regard des sommes colossales générées par ce trafic : pour un euro investi aux USA, les trafiquants feraient un bénéfice de près de 250 euros.

À l’issue des gardes à vue, six individus ont été présentés à la justice et incarcérés dans l'attente de leur jugement en comparution immédiate le 21 janvier 2021. Deux maisons vont être confisquées au titre des avoirs criminels ainsi que neuf véhicules terrestres à moteur et un scooter des mers.

Montée en puissance du dispositif de lutte contre les stupéfiants

En Polynésie française, la lutte contre le trafic d’ice représente un enjeu majeur, tant en matière de lutte contre les stupéfiants que sur le plan de la santé publique.

Cette enquête de grande ampleur, menée en trois mois, est un élément encourageant pour l’évolution du dispositif anti-stupéfiants local. Un dispositif dont la montée en puissance est prévue par la doctrine nationale diffusée l’été dernier par le ministère de l’Intérieur, et qui s’est récemment concrétisée par l’installation d’une Cellule du renseignement opérationnel sur les stupéfiants (CROSS) permanente, pilotée par la gendarmerie.

Très prochainement, l’implantation d’une antenne de l’Office anti-stupéfiants (OFAST) au sein de la S.R. de Papeete viendra compléter ce dispositif.