Enquêtes

Quel bilan pour Shield, l'opération internationale de lutte contre le crime pharmaceutique ?

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃3 min.
© Europol

Fin décembre, l'agence européenne spécialisée dans la répression de la criminalité, Europol, dévoilait le bilan de SHIELD, une vaste opération transnationale de lutte contre le crime pharmaceutique. En France, l’OCLAESP a, pendant une année, piloté l’action des enquêteurs contre un trafic souterrain encore plus important que celui des stupéfiants.

SHIELD : il s’agit du nom de la plus vaste opération transnationale de lutte contre le crime pharmaceutique. Pilotée par Europol et mise en place en février 2020, elle a rassemblé une trentaine de pays, dont un tiers d’États membres de l’Union européenne. Elle visait le trafic illégal de produits de type anticancéreux, érectiles, analgésiques et anti-viraux, ainsi que de diverses substances dopantes.

Et fin décembre, Europol a publié son bilan : pendant un an, le travail des enquêteurs a permis le démantèlement de 25 groupes criminels, l’interpellation de 700 personnes et la saisie de 25 millions d’unités médicamenteuses, pour une valeur de 73 millions d’euros. Sur cette même période, dix laboratoires clandestins ont été fermés et 453 sites illicites de vente en ligne ont été cadenassés.

En France, c’est bien évidemment l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) qui était à la manœuvre, en coopération avec les services du ministère de la Justice et des douanes. Là aussi, le succès est au rendez-vous. Au cours de l’année écoulée, 700 000 unités de médicaments et autres produits dopants ont été saisies, ainsi que la coquette somme d’1,875 million d’euros. 233 personnes ont été interpellées, deux laboratoires clandestins ont été démantelés et des saisies de produits impressionnantes ont été réalisées, allant de 15 000 à 60 000 unités !

© DGDDI

Un travail de fond pour réunir des partenaires pendant la crise sanitaire

Trois mois plus tard, les résultats de ce partenariat sortent au grand jour : plus de 32 millions de dispositifs médicaux (masques, tests, kits de diagnostic) et 70 000 litres de gel hydroalcoolique falsifié ont ainsi pu être saisis à l’échelle européenne.

Sur le territoire national, les services douaniers ont mené un grand nombre de contrôles portant sur des marchandises illicites ou non-conformes (masques, médicaments à base de chloroquine). Le Service d'enquête judiciaire des finances (SEJF) s'est également mobilisé pour répondre aux demandes d'enquêtes de l’autorité judiciaire, notamment celles portant sur des produits mis en lumière par la crise sanitaire (chloroquine et gel hydroalcoolique).

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Ces chiffres record s’expliquent en partie par l’apparition de la crise sanitaire et des opportunités qu’elle a générées pour les groupes criminels. Ils s’explicitent aussi par le souhait de l’OCLAESP d’élargir l’opération SHIELD à cette crise. Concrètement, il s’agissait d’inciter les États comme les organisations partenaires à s’engager massivement dans la lutte contre une criminalité opportuniste, qui s’est adaptée au contexte sanitaire plus que dégradé.

Cette démarche a débouché sur l’ouverture d’une centaine de dossiers de coopération policière internationale, dont 28 émanant de l’OCLAESP. Celle-ci n’aurait pas été possible sans les informations recueillies grâce au partenariat signé entre la gendarmerie et les industries pharmaceutiques du consortium G5 SANTE, mais également avec le Pharmaceutical Security Institute (PSI), les prestataires de vente en ligne comme Amazon ou bien encore les prestataires de paiement en ligne et d’expédition.

Une multiplication des opérations

Outre des chiffres relativement impressionnants, le constat des différents services impliqués dans cette opération est sans appel : tous ont pu noter une nette progression du trafic de produits à haute valeur, de type anti-cancéreux et anti-hépatiques. Interpol estimait, en janvier dernier, que ce trafic était 20 fois plus rentable que celui des stupéfiants. Un chiffre à prendre bien sûr avec des pincettes.

Ce qui n’empêche pas les services de police européens à multiplier les actions contre les crimes pharmaceutiques. Depuis trois ans, l’OCLAESP pilote en effet, avec le concours de la douane française et en association avec la douane finlandaise, l’opération européenne MISMED, visant à démanteler les réseaux criminels impliqués dans ces trafics.

Désormais, tous les efforts des services sont tournés vers les vaccins contre la COVID-19. Si aucun fait délictueux n’a été constaté sur le territoire européen, le risque de falsification est jugé important par les spécialistes, étant donné la professionnalisation des groupes criminels impliqués dans les trafics de produits de santé.

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