Enquêtes

Var : voleurs et receleurs pris la main dans le sac

Auteur : Antoine Faure - publié le
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Les militaires de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Brignoles, dans le Var, ont démantelé un Groupe criminel organisé itinérant (GCOI) coupable de nombreux Vols au préjudice de personnes âgées (VAPAG), commis sur trois départements.

En enquêtant sur un couple de voleurs, les gendarmes de la Brigade de recherches (B.R.) de Brignoles n’imaginaient sans doute pas tomber sur cette caverne d’Ali Baba, trésor de guerre de nombreux autres, peut-être pas quarante comme dans le conte persan, mais tout de même une véritable bande organisée.

Tout commence par la recrudescence, au cours du second semestre 2020, de vols à l’arraché au préjudice de personnes âgées, sur les territoires de plusieurs compagnies, dans les départements du Var, des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes. Les auteurs sont toujours les mêmes : un individu brun et une jeune femme enceinte.

Une enquête préliminaire est diligentée par la B.R. de Brignoles. « Étant donné la gravité des faits, nous avons demandé l’ouverture rapide d’une information judiciaire pour vol en bande organisée et association de malfaiteurs, afin de pouvoir travailler efficacement sous commission rogatoire », explique le lieutenant Laurent, chef de la B.R. Un groupe d’enquête dénommé VAPAG83 est constitué, composé de deux enquêteurs de la B.R. et d’un renfort de la Communauté de brigades (CoB) de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.

Règlement de comptes aux abords de l’hôpital de la Timone

L’exploitation des images de vidéoprotection permet de diffuser les photos des deux suspects, ainsi que celle d’une Volkswagen Golf, filmée à une barrière de péage, conduite par le couple en question. « Un gendarme de la brigade du Luc nous a alors signalé qu’il avait vu ces deux personnes, lors d’une intervention pour violences sur conjointe, dans un hôtel en bord de l’A8, poursuit le lieutenant. Nous avons décidé de surveiller tous les hôtels au bord de cette autoroute. »

Au même moment, un véhicule pris en chasse par la police nationale est retrouvé accidenté, abandonné à moins de 500 mètres de l’un de ces hôtels, où les policiers mènent leur propre enquête. Les auteurs, qui ont pris la fuite vers la Roumanie, séjournaient bien dans l’établissement. On retrouve de nombreuses armes dans la chambre. Un rapprochement entre les deux affaires est opéré.

La Golf est retrouvée, saccagée, à proximité de l’hôpital de la Timone, à Marseille. Les gendarmes pensent que la femme, mineure, y a accouché, hypothèse vite confirmée. L’exploitation des images de surveillance de l’hôpital permet de visionner la scène de destruction du véhicule par une bande armée de barres de fer, et la présence d’une dépanneuse. Celle-ci avait été préalablement repérée sur un camp de gens du voyage après un survol en hélicoptère. Il s’agirait donc d’un règlement de comptes.

L’auteur déjà incarcéré… en Roumanie

Les prélèvements ADN dans la Golf ainsi que dans le véhicule accidenté en bord d’autoroute entraînent le ciblage d’une équipe de huit personnes de nationalité roumaine, mises sous surveillance.

Parallèlement, une demande d’entraide européenne est faite auprès des autorités roumaines, afin de procéder à une interpellation simultanée, en France et en Roumanie. Mais il s’avère que l’homme est alors déjà incarcéré pour de nouvelles violences sur sa compagne.

La surveillance des autres malfaiteurs présumés, en France, va permettre de remonter la filière vers deux receleurs de Marseille. « Une remise d’or était prévue pour un départ vers la Pologne, note le chef de la B.R. C’était l’occasion de les taper en flagrant délit. » Lundi 29 mars, avec l’appui des militaires de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 21/6 de Hyères, les deux convoyeurs polonais et l’un des deux receleurs sont interpellés. Le reste de l’équipe est arrêté le lendemain à Marseille, et deux autres protagonistes le 31 mars en Roumanie.

Dans les antres des deux antiquaires receleurs, au cœur du marché aux puces de Marseille, les gendarmes découvrent l’impressionnant butin provenant de nombreux vols à l’arraché et cambriolages commis dans la région.

Sont saisis 40 000 euros en numéraire, 1,6 kilogramme d’or, une grande quantité d’objets en argent, de bijoux et de stylos de luxe, ainsi que plusieurs œuvres d’art. Deux véhicules sont également saisis, dont un Volkswagen Crafter.

Onze personnes sont placées en garde à vue. Les receleurs sont mis en examen et remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec interdiction d’exercer le métier d’antiquaire. Un cambrioleur est immédiatement écroué à la prison d’arrêt de Draguignan. L’auteur présumé des vols à l’arraché sera extradé vers la France pour y être jugé, dès qu’il aura purgé sa peine en Roumanie, sans sa compagne, laissée en liberté en raison de son jeune âge.