Enquêtes

Des harceleurs en ligne du groupe V_V démasqués

Auteur : Antoine Faure - publié le
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© DICOM / DAVID MENDIBOURE

Coordonné par l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH), un vaste coup de filet a permis d’interpeller plusieurs harceleurs en ligne, membres d’un groupe d'origine italienne de la mouvance anti-vaccins.

Ils se font appeler V_V, en référence à la bande dessinée et au film V for Vendetta, et leur profil numérique affiche le masque de Guy Fawkes, le héros de l’histoire, popularisé par les hackers d'Anonymous. Bref, ils se prennent pour des résistants, mais ce sont en réalité des délinquants qui déversent, anonymement donc, des messages de haine sur les réseaux sociaux.
L’affaire a commencé en  mars 2021, lorsqu’apparaissent les premiers messages menaçants sur des comptes Facebook de trois personnalités publiques, dont deux élus, favorables au vaccin. Une première plainte est déposée en mars.

Grâce aux remontées des différentes unités de police et de gendarmerie sur tout le territoire, des rapprochements sont effectués et l’Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH) propose alors au Pôle national de lutte contre la haine en ligne, rattaché au parquet de Paris et créé en 2021 avec une compétence nationale, de rassembler ces plaintes dans le cadre d’une seule enquête.

Un groupe très structuré

Par décret du 21 décembre 2021, l’OCLCH est devenu officiellement l’Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine. « C’était important pour nous, souligne le général Jean-Philippe Reiland, patron de l'office, car cela correspond à la totalité de nos missions, même si dès la création de l’OCLCH, en 2013, le décret faisait entrer les crimes de haine dans nos attributions. »

Les enquêteurs de l’office s’orientent rapidement vers le groupe d’origine italien V_V. « Nous les avions déjà dans le viseur. Ce groupe est monté en puissance au moment de la contestation contre le vaccin, d’abord en Italie, puis dans toute l’Europe. Les administrateurs de V_V se connaissent et se rencontrent. Les autres membres n’échangent que virtuellement, sur la messagerie Telegram. » Les volontaires avaient accès à des listes de personnes à cibler et à des « formations » pour échapper à la détection automatique du géant américain. « C’est un groupe très structuré, avec des filiales, des recrutements, des modules de formation en ligne », confirme le général Reiland.

Leur tactique consistait notamment à laisser des commentaires sous les messages des personnes visées, plutôt que de poster des contenus. Pour passer au travers de la détection automatique de Facebook, ils utilisaient des orthographes légèrement modifiées comme « vaxcinati » au lieu de « vaccinati », pour dire « les personnes vaccinées » en italien.

Deux phases d’interpellation

L’opération judiciaire s’est déroulée en deux phases. En octobre 2021, « à la suite d’un gros travail de l’antenne C3N de la section de recherches de Metz », précise le chef de l’OCLCH, quatre premières interpellations interviennent. Les perquisitions menées alors vont mettre les enquêteurs sur la trace d’autres administrateurs et harceleurs supposés, deux hommes et six femmes, âgés de 40 à 54 ans, interpellés mardi 18 janvier en Moselle, dans le Rhône, la Seine-et-Marne, les Hauts-de-Seine et le Finistère par les unités de gendarmerie et les services de police locaux.

« Ce sont des profils de primo-délinquants, note le général Reiland. Il n’y a pas eu de violence physique dans ce cas, mais on sait que les messages de haine virtuels peuvent conduire à un passage à l’acte dans le monde réel. Dans ce genre d’affaires, la difficulté réside bien sûr dans l’identification des auteurs. Nous travaillons avec l’aide des opérateurs et des administrateurs de réseaux. Dans cette affaire, par exemple, Facebook France a correctement collaboré avec nos services. »

Au total, ce sont dix individus qui comparaîtront pour ces faits devant le tribunal correctionnel de Paris en 2022 pour harcèlement moral aggravé, selon les mis en cause, par une ou deux circonstances. Ils encourent, selon le cas, une peine d’emprisonnement allant jusqu’à deux ou trois ans et une peine d’amende allant jusqu’à 30 000 ou 45 000 euros.