Enquêtes

En Isère, les gendarmes résolvent un meurtre vieux de 36 ans

Auteur : Pablo Agnan - publié le
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Photo d'illustration
© SIRPA - Gend.F.GARCIA

36 ans après la disparition de Marie-Thérèse Bonfanti en Isère, les gendarmes de la Section de recherches (S.R.) de Grenoble tiennent enfin l’individu présumé coupable. L’homme, âgé de 56 ans, a été confondu grâce à des techniques d’enquête novatrices et un travail de recherche titanesque.

Après 36 ans de doutes et d'incertitudes, la disparition inexpliquée d'une jeune femme près de Grenoble a été élucidée : un homme de 56 ans a été mis en examen pour « enlèvement, séquestration et meurtre », après être passé aux aveux, a annoncé jeudi le parquet de Grenoble.

En 1986, Marie-Thérèse Bonfanti, âgée à l’époque de 25 ans et mère de deux enfants, disparaissait sans laisser de traces, à Pontcharra, en Isère. Seule sa voiture avait été retrouvée ; à l’intérieur, se trouvaient les clés du véhicule, toujours sur le contact, ainsi que son sac à main.

Un groupe spécialisé « cold case » au sein de la S.R.

Pendant une dizaine de jours, les gendarmes avaient mené des recherches poussées. Mais malgré l’appui d’un hélicoptère, la jeune femme restait introuvable. En 1987, l’enquête avait fait l’objet d’un non-lieu, avant d’être rouverte en 2020 et confiée au groupe « cold case » de la Section de recherches (S.R.) de Grenoble.

Créé l’année dernière, « il est composé d’enquêteurs très expérimentés aux crimes classiques, dont la totalité a travaillé sur des dossiers complexes, comme l’affaire Maëlys ou plus récemment, l’affaire Victorine Dartois », détaille le colonel Lionel James, commandant de l’unité.

Des moyens modernes pour une enquête ancienne

Ces enquêteurs chevronnés ont développé une expertise complémentaire adaptée à la spécificité des « cold cases », avec notamment la mise en place d’un protocole spécial. « Il permet de travailler de manière intégrée avec le Service central de renseignement criminel (SCRC) et en particulier la Division des affaires non résolues (DIANE). » Cette unité dispose, entre autres, d’analystes comportementaux, mais aussi de coordinateurs criminalistiques.

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Dans ce dossier, les enquêteurs ont fait appel à des outils d’analyse criminelle, développés par le SCRC, « qui permettent de représenter, sur un même schéma, les faits ainsi que les personnes sur un même axe spatio-temporel », explique l’officier.

Mais cette collaboration ne s’est pas limitée au SCRC, puisqu’elle s’est étendue jusqu'à son alter ego, l’Institut de recherche criminelle (IRCGN), composé d’experts en tout genre, comme des anthropologues, biologistes et médecins légistes. « Ces derniers ont mis en œuvre des techniques criminalistiques modernes », afin de faire parler un dossier vieux de plus de 30 ans.

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Cette enquête a également poussé les gendarmes à solliciter l’appui de l’armée de Terre, et plus particulièrement de la section Fouilles opérationnelles spécialisées (FOS) du 2e Régiment étranger du génie (2e REG). Cette unité est formée pour sonder des milieux périlleux ou confinés.     

Retour vers le futur

Mais aucun de ces moyens modernes ne permet de résoudre le premier problème des gendarmes dans ce type de dossier : le temps. Dans ce type d’enquête, « les premières difficultés résident dans le fait de retrouver tous les éléments de la procédure initiale ainsi que les scellés », résume le colonel James.

La première étape pour les enquêteurs a donc consisté à… reconstituer la totalité de la procédure. Un véritable travail de rat de bibliothèque, qui a conduit les limiers à se rendre à 460 kilomètres de la scène de crime, et plus précisément au Service historique de la défense (SHD), situé à Vincennes, en région parisienne, pour y récupérer des archives. Sur place, ils ont pu retrouver des actes d’enquête « de qualité » réalisés par les enquêteurs de l’époque. « Ils avaient déjà envisagé la piste que nous avons exploitée. »    

Aussi, « il a fallu apprécier les lieux comme ils étaient en 1986, en prenant en compte l’évolution de l’urbanisme », raconte l’officier. Problème : aujourd’hui presque tout a disparu, de l’endroit où Marie-Thérèse Bonfanti a été vue pour la dernière fois jusqu’aux témoins.  

Des zones d’ombre

Là encore, seules les archives permettent de reconstituer l’environnement. Les enquêteurs sont allés les chercher du côté de la famille de la victime ou de ses voisins, en récupérant divers documents « comme des reportages TV, des plans de maison, des photographies de l’époque, etc. » Le témoignage des enquêteurs de l’époque a également joué un rôle, « nous donnant des éléments de contexte qu’il était impossible de traduire sur un procès-verbal. »

C’est cette conjugaison d’un travail de recherche, associé à des techniques contemporaines telles que l’analyse criminelle et comportementale, qui « a permis de cibler le suspect et de mettre en place une stratégie en vue de son interpellation et de son placement en garde à vue. »

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