Culture

Exposition au Pont du Gard : les femmes gendarmes mises en lumière

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© D.R.

Afin de lutter contre les violences faites aux femmes et de valoriser celles engagées dans l’institution, Bruno Rédarès a photographié 41 femmes gendarmes à la demande du colonel Laurent Haas, commandant le groupement de gendarmerie du Gard. Son travail fait l’objet d’une exposition accueillie par le Pont du Gard jusqu’au 6 septembre prochain.

Ces photos en noir et blanc les changent du bleu gendarmerie ! Elles posent en situation, dans leurs tenues d’emploi, et captivent le regard du spectateur par leur force et leur beauté… Bruno Rédarès est connu pour être à l’origine du Festival européen de photo de nu (FEPN) à Arles. Mais il a aussi une longue expérience de photographe des armées, étant lui-même affecté au Groupement de soutien de la base de défense (GSBdD) de Nîmes-Laudun-Larzac. En 2019, c’est à travers son exposition de photographies de soldats blessés en opérations extérieures, que le colonel Haas, commandant le groupement de gendarmerie départementale du Gard, a fait sa connaissance et a été séduit par le travail de l’artiste. « J’ai été très impressionné par le talent avec lequel il a traité un sujet aussi difficile, sans le moindre voyeurisme et bien au contraire avec une étonnante pudeur. »

Deux nobles causes

Particulièrement sensible au sujet de l’égalité homme-femme, il échange avec Bruno Rédarès, qui lui confie vouloir concourir pour le titre de peintre des armées, spécialité gendarmerie. Dans cette perspective, le colonel Haas lui propose alors de réaliser des photos de femmes gendarmes, avec une double idée en tête. D’un côté, il souhaite valoriser les carrières ouvertes aux femmes dans la gendarmerie, celles-ci constituant aujourd’hui plus d’un cinquième des effectifs. « J’ai constaté à de nombreuses occasions que nous avions un problème de communication sur les carrières ouvertes aux femmes dans l’Institution. Quand je reçois des étudiantes, elles sont souvent étonnées des possibilités qui peuvent s’offrir à elles en tant que sous-officier ou officier de gendarmerie. » De l’autre, il recherche des financements pour les actions innovantes que le groupement mène dans le cadre de la lutte contre les violences intrafamiliales. « Consécutivement au Grenelle contre les violences conjugales et notamment pendant le confinement, nous avons eu recours au mécénat pour mener des actions de prévention et d'information destinées à agir contre ce fléau. C'est ainsi que nous avons pu faire imprimer des messages de prévention contre les violences intrafamiliales sur 200 000 sachets distribués dans les pharmacies du département par les militaires du groupement. L'actrice Alexandra Lamy nous a également soutenus en parrainant l'opération », relate-t-il.

Halte aux clichés

Le photographe accepte et échange longuement avec le colonel Haas. « Je lui ai expliqué les différents métiers, les conditions d'emploi et les contraintes propres à chaque spécialité. Par exemple, la gendarmerie mobile n’est ouverte que depuis peu de temps aux femmes [NDLR : juin 2016]. Ses missions demandent d’incarner force et autorité, pour bien souvent ne pas en faire usage. » Ensemble, ils identifient ainsi 41 femmes gendarmes, de tous grades et statuts, servant dans le Gard. Maître de chien, enquêtrice, commandant d’unité, motocycliste, etc. Elles balayent les stéréotypes et leur diversité est une richesse dans les rangs de la gendarmerie nationale ! « Je craignais, a priori, qu’elles accueillent mal le projet. Mes conseillers concertation ont su, comme d'habitude, appuyer l'idée. Le bouche-à-oreille à l'issue des premières séances de prises de vue à l'Atelier de l’image du GSBdD, où travaille Bruno Rédarès, a fait le reste. Finalement, elles ont toutes été emballées par le projet et le talent du photographe », explique le commandant de groupement.

© Bruno Rédarès

De l’intimité du studio à l’exposition

Pour traduire la force, mais aussi la sensibilité de ces femmes, Bruno Rédarès a choisi de les photographier, non pas sur le terrain, mais plutôt dans le décor épuré du studio, avec tout de même la difficulté d’y faire entrer la moto, le chien, etc. Dans ce cadre plus intimiste, l’artiste a ainsi pu échanger avec chacune d’entre elles, pour mieux les connaître. Il a ensuite tenté de traduire fidèlement leur personnalité dans ses clichés, tout en mettant l’accent sur leur métier. La technique du noir et blanc « est l'essence même de la photo, elle va à l'humain et traverse les générations », tandis que la lumière des halogènes « apporte une chaleur », explique-t-il au journal La Provence. Une technique qui n’est pas sans rappeler le studio Harcourt, lieu réputé où il a d’ailleurs été formé.

Et quoi de mieux que l’un des sites touristiques les plus visités de France pour faire découvrir ces photographies ? « Très ouvert à ce type de sujets, le directeur du Pont du Gard, Sébastien Arnaud, a immédiatement accepté de monter une exposition dès qu’il a vu le portfolio ! », raconte le colonel Haas. Toutes les photos peuvent ainsi y être admirées depuis le 4 juillet et jusqu’au 6 septembre prochain. Comme souhaité, les bénéfices tirés de la vente du livre de l’exposition seront consacrés au financement des initiatives locales de la gendarmerie dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes. Ils devraient également permettre d’effectuer d’autres tirages, afin de faire circuler l'exposition, qui a d’ores et déjà été approuvée et patronnée par la ministre des Armées, Florence Parly.

© Bruno Rédarès