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Marche de Nimègue : en route pour une expérience inoubliable

auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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Réputée comme étant l'une des marches les plus difficiles au monde, la Marche de Nimègue, aux Pays-Bas, rassemble chaque année un grand nombre de civils et de militaires de toutes les nationalités, parmi lesquels des gendarmes français. Retour sur cet événement hors norme...

Cette année avait lieu la 103e édition de la Marche de Nimègue, une épreuve se déroulant pendant quatre jours dans la campagne néerlandaise. L’événement a encore connu un franc succès, puisqu’il a réuni plus de 47 000 marcheurs, civils et militaires, venus de 33 pays différents. Près de 270 militaires français y ont participé, dont une cinquantaine de gendarmes répartis en plusieurs équipes.

Mise en place en 1908, par l’association néerlandaise pour l’éducation physique, dans le cadre des compétitions sportives de Breda, cette marche s’adressait initialement aux militaires qui passaient de garnison en garnison. Au fil des ans, les civils ont pu s’y associer et ce rendez-vous est devenu « the walk of the world », la marche du monde. L’engouement est tel aujourd’hui que les organisateurs ont dû en limiter le nombre de participants.

Cette marche revêt également un caractère symbolique, puisque la ville de Nimègue a été un lieu stratégique pour les alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Le parcours est ainsi ponctué de stèles érigées en mémoire des soldats des troupes aéroportées morts lors de l’opération « Market Garden », en septembre 1944.

Un effort de taille

Cette randonnée de plus de 160 km au total permet aux participants de découvrir les provinces de la Gueldre, du Brabant septentrional et du Limbourg. Malgré le fait que les Pays-Bas sont réputés être un « plat pays », à l’instar de la Belgique, cette marche est loin d’être une « promenade de santé ». Elle s’effectue en effet entièrement sur routes goudronnées et demeure une véritable épreuve d’endurance, qui requiert une préparation physique rigoureuse.

Les militaires doivent ainsi effectuer quatre boucles d’environ 40 km chacune, formant un parcours en étoile, afin de revenir chaque soir à l'immense camp de base installé à proximité de Nimègue. Pour corser encore un peu plus la chose, ils doivent effectuer la marche vêtus de leur treillis et de leurs rangers, lestés d’un sac pesant au minimum 10 kg. Les nombreux marcheurs civils ont quant à eux le choix de leur distance ( 30, 40 ou 50 km), sans la difficulté supplémentaire de la tenue imposée et du sac chargé.

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« Cela devient dur après les trente premiers kilomètres, entre le sac qui pèse sur les épaules et les jambes, et les ampoules qui apparaissent progressivement sur les pieds. C’est une épreuve qui se joue au mental », explique le capitaine Frédéric Beucler, participant de cette 103e édition.

Chaque année, l'épreuve enregistre ainsi entre 10 et 15 % d’abandons. Le major de réserve Nicolas Brasseur, chef d’une équipe gendarmerie pour la sixième année consécutive, n’en a déploré aucun cet été : « Mon challenge est d’emmener tout le monde jusqu’à l’arrivée ».

La force de la cohésion

Au-delà du mental, c’est aussi la cohésion et l’humain qui portent ces marcheurs de l’extrême. Les délégations militaires doivent en effet marcher au pas sur certaines portions du parcours et rester en peloton durant les quatre jours. Les organisateurs veillent au respect de cette consigne à travers différents points de contrôle durant la marche. Il convient également de finir à au moins onze participants, nombre minimum pour s’inscrire en équipe au départ.

« C’est l’occasion d’apprendre à connaître ses camarades. Une vraie fraternité se tisse au rythme de la marche », souligne le capitaine Beucler.

Ce n’est pourtant pas toujours évident avec une équipe hétérogène, composée de gendarmes aux profils et niveaux sportifs divers. « Contrairement à la majorité des équipes, nos gendarmes ne se connaissent pas forcément avant, pour autant on parvient à une certaine osmose au fil de la marche », note le major de réserve Nicolas Brasseur.

Des liens se créent aussi entre les différentes délégations étrangères, notamment durant les pauses, sous les barnums prévus à cet effet, mais aussi le soir, dans la grande et fameuse « tente à bière » du campement. Là, se trouvent une piste de danse et de quoi étancher sa soif, tout en échangeant quelques mots avec ses camarades étrangers, voire des écussons ou d’autres éléments de tenue, à la manière du pèlerinage militaire international de Lourdes.

En dehors de la fraternité militaire, qui s’avère universelle, les marcheurs puisent également leur force dans les nombreux encouragements des riverains. « La ferveur de la population est extraordinaire tout le long de la route, raconte le capitaine Beucler. Les gens distribuent sans cesse à boire et à manger. Ils restent du matin au soir devant leur maison pour encourager les participants. »

Une fin en apothéose

Si l’épreuve est de taille, le jeu en vaut la chandelle. En effet, après ces quatre jours de marche, les militaires commencent par poser leurs sacs quelques kilomètres avant l’arrivée. S’en suit une première cérémonie intimiste pour chaque délégation, afin de savourer, entre camarades de marche, la fin toute proche de l'épreuve. L’ambiance est bon enfant, avec des fausses remises de prix, décernés en fonction des humeurs et des personnalités qui se sont dévoilées durant l’épreuve.

Puis, les marcheurs repartent et effectuent les derniers kilomètres devant une foule en liesse. Des milliers de gens sont rassemblés le long de la route, offrent à boire aux marcheurs, entourent les militaires « à la manière d’une rock star », raconte, amusé, le capitaine Beucler.

Autre particularité, à l’arrivée sur la Via Gladiola, la population offre des glaïeuls aux participants, à l’image de ceux que l’on offrait aux vainqueurs des combats de gladiateurs sous l’Empire Romain, le mot latin gladius signifiant « l’épée ». En effet, la ville de Nimègue a été créée par les Romains, ce qui en fait la ville la plus ancienne du pays.

À l’issue de cet accueil euphorique, les marcheurs ayant terminé l’épreuve se voient décerner la Vierdaagsekruis ou Croix des quatre jours, une décoration militaire officielle néerlandaise. Par ailleurs, s’il n’y a pas eu d’abandon dans l’équipe, une médaille est également remise au groupe. Mais c’est avant tout le dépassement de soi et les belles rencontres qui marquent les participants, à tel point que certains, comme le major de réserve Nicolas Brasseur, reviennent vivre l’expérience chaque année.