Sport

De Sainte-Maxime à Toulon, le gendarme Alexandre S. court 100 km pour réaliser les rêves des enfants

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
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Samedi 27 mars, le gendarme Alexandre S., affecté au sein du Patrouilleur de gendarmerie maritime Jonquille, a relié, en courant, Sainte Maxime à Toulon pour récolter des fonds au profit de l’association Petits Princes. Un exploit de 100 km témoignant de belles valeurs sportives mais avant tout humaines.

« Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin... » songeait mélancoliquement le Petit prince, dans l’œuvre éponyme d’Antoine de Saint Exupéry. Ce samedi 27 mars, c’est pourtant en allant droit devant lui que le gendarme Alexandre S. a relié Sainte Maxime à Toulon en courant, pour soutenir l’association Petits Princes. 100 km pour récolter des fonds qui serviront à réaliser les rêves d’enfants malades. 100 km qu’Alexandre n’aurait pas imaginé boucler il y a un an. Pour ce joueur de squash, la course faisait seulement parti de l’entretien physique imposé par son statut militaire. Un minimum à réaliser pour se maintenir en condition en quelque sorte. Mais au début de l’année 2020, Alexandre se lance le défi de réaliser un marathon et s’inscrit à celui de Vancouver, prévu le dimanche 3 mai. Une belle épreuve qu’il ne pourra malheureusement par courir, en raison de la crise sanitaire ! Mais hors de question d’anéantir des semaines d’efforts. « J’étais en plein milieu de ma préparation physique quand le confinement a été déclaré. Beaucoup de travail avait déjà été effectué. J’ai donc pensé à le mettre à profit pour faire une action au profit des soignants ». Au mois de mai 2020, il boucle alors une course de 50 km, de Toulon au Lavandou. « Mais à peine arrivé, j’ai eu un goût d’inachevé, j’ai senti que j’étais venu chercher quelque chose de plus fort » confie-t-il. C’est le début de cette aventure qui s’est achevée samedi dernier, un peu avant 18 heures.

Courir pour la bonne cause

Pour Alexandre, courir relevait certes du challenge personnel mais devait aussi avoir du sens, s’inscrire dans un projet. « Je n’ai pas d’enfants, mais j’étais animé de la volonté d’aider les enfants malades, je voulais vraiment faire quelque chose pour eux ». Il se renseigne alors sur les associations existantes et les contacte les unes après les autres. Lorsqu’il tombe sur la responsable communication de celle des Petits princes, le courant passe immédiatement. Il n’y a alors pas de doute, le gendarme souhaite les soutenir et participer, à travers son action, à la réalisation des rêves des enfants malades. Ensemble, ils vont construire petit à petit ce beau projet, tant sur le plan logistique que sur la communication. La stratégie de cette dernière ne tarde d’ailleurs pas à payer. « Au départ, la portée se limitait à mon entourage. Mais elle s’est rapidement élargie. Beaucoup de personnes m’ont apporté leur soutien et proposé leur aide : un médecin, un kiné, un préparateur mental… quelqu’un m’a même proposé de me faire un programme d’entraînement ! » se réjouit encore Alexandre.

Cet engouement autour du projet, c’était vraiment incroyable

Il décrit d’ailleurs ce projet comme sportif, mais avant tout collectif, témoignant de belles valeurs humaines. « Ma course est surtout un projet avec toute une équipe. Sans eux, je n’aurais pas pu faire grand-chose. J’ai couru, certes, mais derrière, il y a aussi toute une logistique en amont, comme la nutrition, la communication, mais aussi le jour J, avec l’organisation d’un suivi et des ravitaillements ».

Préparation physique mais également mentale

Au total, Alexandre s’est préparé près de quatre mois pour réaliser cette prouesse sportive. « Je faisais entre 4 et 6 séances de course par semaine, dont une sortie plus longue le week-end. J’ai commencé par 15 km et, au plus haut, je suis monté à 25 km de vélo et un marathon dans la foulée».

Durant cette période, la volonté du gendarme est sans faille et mêmes les obstacles en travers de son chemin ne le conduisent pas à abandonner. Lors de l’instauration d’un couvre-feu, il s’adapte et court tôt le matin ou au sein de la base navale, mais il ne loupe jamais un entraînement. « Si on lâche à l’entraînement, on lâche le jour J et ça, ce n’était pas envisageable ». Même lorsqu’il se blesse fin janvier, une semaine avant la fin de sa préparation, sa détermination n’est pas affaiblie. S’il ne peut pas courir les 100 km à la date initialement prévue, ce n’est pas grave, il le fera quelques semaines plus tard, lorsqu’il sera remis. C’est ainsi que l’événement prévu le 20 février se tiendra finalement le 27 mars.

À travers ces entraînements intensifs se cache une véritable force mentale. Courir une telle distance n’est pas anodin ! Au delà des douleurs physiques, dues pour beaucoup au choc sur les articulations, le parcours risque aussi d’être ponctué de « fractures de moral », cette envie de tout abandonner car cela devient trop difficile. « Avant le départ, je ne sais pas si je peux courir 100 km, je ne l’ai jamais fait. En plus de la préparation physique, il y a donc un vrai travail de préparation mentale. Mais je veux me prouver que j’en suis capable. »

Même si on a mis toutes les chances de son côté, il y a toujours une appréhension la semaine qui précède la course.

100 km à pied, ça use, ça use …

L’appréhension des derniers jours se dissipe finalement ce samedi 27 mars lorsqu’à 6 heures, Alexandre prend le départ. « C’est parti pour 100 km, on va essayer de garder le sourire tout le long » lance-t-il en direct via son compte Facebook. Entraîné à courir des distances marathoniennes, les 35 premiers kilomètres ne sont pour lui qu’un échauffement et il est encore en pleine forme lorsqu’il arrive au premier point de ravitaillement où l’attendent ses proches qui assurent la logistique. Ce n’est qu’après cette pause d’une minute à peine que la course commence réellement. Toujours motivé, Alexandre subit pourtant une fatigue physique et émotionnelle intense au 60e km. « À ce moment là, je sors clairement de ma zone de confort. Heureusement, il y a des gens qui me remotivent sur le bord du chemin. Je fais ça pour les Petits princes, je ne peux pas abandonner ». À ce stade, il y a longtemps qu’il ne regarde plus le temps qui s’écoule sur sa montre. « Mais quand je finis par la regarder quelques kilomètres plus tard, je me rends compte que ça fait 7h58 que je cours. C’est là que je réalise ce que je suis en train de faire ! ».

© Olivier Lalanne

Les kilomètres s’enchaînent, le gendarme « rentre dans le dur », comme il le dit si bien. « Du 85e au 100e km, je ne me rends même plus compte de ce qui se passe autour de moi. Je rentre dans ma bulle, je n’ai plus d’interaction avec les autres. Je suis conscient mais je sens bien que mon corps décline, je m’en rends compte en parlant. Moi qui suis normalement très dynamique, à ce moment là, je ne le suis plus du tout ». Mais l’enjeu motive Alexandre à poursuivre son effort. Même à bout de forces, au 80e km, il n’hésite pas à rappeler l’existence de la cagnotte ouverte pour l’association. Permettre à des enfants de réaliser leur rêve, voilà l’objectif ! Pas de recherche de performance donc, simplement un dépassement de soi pour la bonne cause. « C’est impossible d’abandonner, même si je dois finir en marchant ».

Un objectif rempli

Après 10h55 de course, Alexandre passe enfin l’entrée de la caserne de Toulon. Il a couru 100km, il a réussi son défi. À l’arrivée, ses proches l’attendent et l’encouragent. Épuisé, les larmes aux yeux, Alexandre est fier de ce qu’il a accompli, même s’il ne réalise pas encore pleinement l’ampleur de son exploit. À la fin de sa course, la cagnotte ouverte pour l’association Petits Princes réunit 3 600 euros, soit 1 400 de plus qu’à son départ le matin même. Durant 10 heures, des centaines de personnes ont pu suivre en direct son parcours grâce aux vidéos qu’il a réalisées sur sa page Facebook. Pendant 100 km, Alexandre a transmis sa bonne humeur et sa motivation, mais également de belles valeurs humaines et sportives en courant pour une cause qui lui tenait à cœur et en ne lâchant rien malgré la fatigue physique et mentale. Alors, c’est à lui qu’appartient le mot de la fin : « N’oubliez pas que rien n’est impossible, c’est dans la tête que ça se passe ! »

© Olivier Lalanne

La cagnotte d’Alexandre au profit de l’association Les Petits Princes est ouverte jusqu’au lundi 5 avril 2021.