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J.O. de Tokyo : Clarisse Agbegnenou, « seule la médaille d’or »

Auteur : MI DICOM - publié le
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Le 12 janvier dernier, Clarisse Agbegnenou remportait les Masters de Doha, en s’imposant en finale contre la Japonaise Nami Nabekura.
© D.R.

Adjudante de gendarmerie au sein de l’Armée des Champions, Clarisse Agbegnenou a décroché, le 9 juin dernier, sa cinquième couronne mondiale, en battant la Slovène Andreja Leski par ippon, en finale des championnats du Monde, à Budapest, dans la catégorie des moins de 63 kg. De bon augure à quelques jours du début de sa quête du seul titre manquant à son palmarès : l’or olympique. Le 5 juillet, elle a également été désignée porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques de Tokyo, aux côtés du gymnaste Samir Ait-Saïd. Lors des Jeux paralympiques (du 24 août au 5 septembre), les Bleus seront emmenés par une autre judoka, Sandrine Martinet, et le tennisman Stéphane Houdet.

Quel est votre état d’esprit après votre cinquième titre mondial, le quatrième consécutif ?

Je n’ai pas le temps de me poser, car les Jeux arrivent très vite. Il était aussi un peu compliqué de fêter ce titre avec des conditions sanitaires strictes à Budapest. Une victoire un peu étrange, car on a l’impression de ne pas fêter grand-chose, de rester en permanence dans une bulle. Je suis tout de même très fière et très contente de réussir à décrocher ce cinquième titre mondial dans une année bien compliquée. Je vais prendre le temps pour réaliser tout ça après les Jeux. Maintenant, il n’y a plus qu’à, il faut continuer.

Vous gagnez le même jour où les salles de sport ont rouvert en France, drôle de coïncidence…

Ah oui ! Je ne savais même pas, c’est génial ! Cela veut tout simplement dire que tout le monde doit se remettre au sport et que grâce à lui, tout va bien se passer.

Beaucoup d’échos sur les réseaux sociaux et de nombreuses réactions de petites filles qui vous prennent pour un modèle… Un message à leur passer ?

J’aimerais leur dire qu’elles fassent des choses dont elles ont envie avant tout. Qu’elles ne soient pas forcées, qu’elles le fassent avec le plaisir, que ça leur fasse du bien. Je ne parle pas forcément de sport, mais d’une activité qui leur permette de se sentir chez elles, dans leur élément, en famille. Qu’elles puissent s’évader, tout donner pour arriver au meilleur d’elles-mêmes, que ce soit dans leur projet professionnel ou personnel. Qu’elles se sentent plus fortes, heureuses.

Mon objectif, à travers ma carrière, est aussi d’aider des personnes à trouver leur voie. Ce serait ma médaille à moi.

L’an dernier, le confinement vous a particulièrement touchée. Cette victoire mondiale ne vous a pas rassasiée ?

Il en faut toujours plus pour me calmer, pour me remettre à 100 %. Seule une médaille d’or aux J.O. parviendra à me satisfaire. La première étape a été accomplie aux championnats du Monde, car il était important d’aller défendre mon titre. Je suis raisonnée et on ne sait jamais ce qui peut se passer aux Jeux. Pour moi, c’est tout ou rien. Je préfère avoir tout que rien. J’ai pris l’option d’aller défendre mon titre et j’en suis fière. Je pourrai enfin souffler, respirer et apprécier tout cela après les Jeux de Tokyo. Pour l’instant, je reste avant tout sur la défensive avant la prochaine échéance.

Quelle est la recette pour aller décrocher ce titre olympique qui vous manque ?

Si j’avais tous les ingrédients pour la bonne recette, j’aurais déjà gagné la médaille d’or olympique. Ces Jeux seront tellement différents de ceux que j’ai déjà vécus. Il faudra que je ne pense à rien à Tokyo, que j’essaie de m’entraîner, d’avoir toutes les armes en main, d’être renforcée au maximum, que ce soit physiquement ou mentalement. Il y aura là-bas beaucoup de moments de solitude, contrairement à l’expérience de 2016 à Rio, où j’étais très entourée par mes proches. Je pouvais m’aérer l’esprit avec les miens, alors qu’à Tokyo, les athlètes seront tous enfermés dans une bulle. Nous devrons aussi passer beaucoup de tests PCR, ce qui compliquera encore un peu plus les choses. Je dois donc être particulièrement prête mentalement pour m’adapter à ces conditions particulières.

Pourquoi vous êtes-vous portée candidate pour être porte-drapeau à ces J.O. ?

Lors de ma participation aux derniers Jeux, et notamment lors des cérémonies d’ouverture et de clôture, j’ai vécu des émotions exceptionnelles, ressenti la magie de cet événement. Tous les sportifs sont réunis derrière le porte-drapeau ; nous sommes alors ensemble comme une seule équipe, derrière nos couleurs. On se prépare à aller à la guerre, mais avec une belle énergie, de la bonne humeur, des sourires. On apprend à connaître certains autres sportifs qu’on ne voit pas souvent. C’est pour insuffler cette magie très importante pour les athlètes olympiques, cette énergie si particulière entre compatriotes, que je souhaitais porter tous les tricolores, toute la Nation, derrière moi. Je veux apporter ma bonne humeur, ma volonté permanente d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la victoire.

Vous êtes aussi adjudante de gendarmerie, le drapeau français est décidément un symbole fort dans votre parcours…

Oui, c’est un symbole extrêmement fort. Que cela soit dans le judo ou dans la gendarmerie, je ressens que les valeurs sont communes. C’est un tel plaisir de savoir les collègues gendarmes derrière moi et que je puisse aussi leur apporter des émotions. La patrie, le travail, le courage, la modestie, les deux mondes sont très proches. Les gendarmes et les policiers vont au front, se mettent en première ligne pour aider et protéger la population, tout comme nous, sportifs de haut niveau, qui allons au bout de nous-mêmes pour décrocher la victoire, atteindre nos objectifs. Je suis très fière et heureuse de porter les couleurs de la gendarmerie.

Avez-vous un message à adresser aux gendarmes et aux policiers ?

Il est important que la population n’omette pas l’humain chez les membres des forces de l’ordre. Les gendarmes et les policiers ne doivent pas être uniquement vus à travers leur uniforme. La problématique de notre société est qu’on laisse de côté la personne, l’humain. Nous ne devons pas être vus par la tenue que nous portons, par la couleur de notre peau, par notre sexe, notre genre ou notre religion. Ce serait bien que nous nous retrouvions en tant qu’Humains, que l’on arrête de nourrir des polémiques stériles. Nous vivons une crise sans précédent avec la Covid-19, qui nous a soufflé dessus, qui nous a bien montré que nous ne sommes rien face à une telle pandémie. Il serait donc bien de remettre les choses à leur place, de s’aimer les uns les autres, et de vivre en harmonie.

À noter : Clarisse Agbegnenou, adjudante, 28 ans. En lice le mardi 27 juillet (à partir de 4 h) en judo, dans la catégorie des -63 kg. 4 fois championne d’Europe (2013, 2014, 2018, 2020), cinq fois championne du Monde (2014, 2017, 2018, 2019 et 2021) et une médaille d’argent aux J.O. 2016 de Rio.