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J.O. de Tokyo - Manon Brunet : lame fatale

Auteur : Pablo Agnan - publié le
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© FFE

Maréchale des logis dans la gendarmerie mais surtout numéro 3 mondiale en sabre, l'escrimeuse Manon Brunet s'apprête à participer à sa deuxième olympiade. Arrivée à une honorable quatrième place en 2016 à Rio, la Lyonnaise espère cette fois-ci porter l'estocade finale et revenir en France avec une, voire deux médailles d'or. L'occasion pour elle de peut-être sabrer le champagne. Portrait.

Pas besoin de voir le regard de Manon Brunet, caché derrière la grille métallique de son masque tricolore, pour ressentir la tension qu'elle impose à son adversaire. Une fois en garde sur la piste d'escrime, la jeune femme de 25 ans se métamorphose alors en une véritable guerrière à l’agressivité jusqu’ici insoupçonnée. Au « top action » de son entraîneur, la Lyonnaise fond sur son vis-à-vis par une fente pour passer une estocade en tierce. Sa rivale, par réflexe, tente de dévier le sabre vers l'intérieur du plat de la lame, mais le coup droit de la numéro trois mondiale est trop fulgurant. La touche lui revient. L'assaut aura duré quelques secondes à peine.  

La passe d'armes durera encore plusieurs minutes, durant lesquelles les claquements du fer et les crissements des semelles sur le sol résonneront dans la salle d'escrime du complexe Christian D’Oriola. Un bâtiment de 12 000 m², situé au cœur du Bois de Vincennes, où se trouvent, entre autres, trois salles d'escrime, dont 42 pistes, dans lequel Manon Brunet s'entraîne 25 heures par semaine en vue de sa seconde participation aux Jeux olympiques, à seulement 25 printemps. 

Je suis tombée amoureuse de la tenue »

Née en 1996 d'une mère championne de France en barque et d'un père passé par l'équipe des jeunes de l'Olympique lyonnais, Manon Brunet a toujours eu le sport dans la cuirasse. Taekwondo, danse, handball et vélo, elle finit par avoir un déclic pour l'escrime lors de son huitième anniversaire : « Je suis tombée amoureuse de la tenue », admet-elle, avec des étoiles dans ses yeux bleus. Cette passion lui fait quitter le Rhône pour le pôle espoir d'Orléans à 15 ans. Deux ans plus tard, nouveau bond en avant, cette fois vers La Mecque du sport français, ou « le monde des grands », comme elle surnomme l'INSEP (Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance).

Une fine lame

Et déjà, l'escrimeuse se taille une réputation : vice-championne d'Europe et du Monde par équipe en 2014 et à nouveau la deuxième place l'année suivante, toujours en équipe, aux championnats d'Europe. Mais le Graal arrive en 2016, lorsqu'elle est sélectionnée pour participer aux J.O. de Rio. Elle rentre alors dans « le monde parallèle des sportifs », où elle côtoie brièvement des athlètes comme Rafael Nadal, Novak Djokovic et même Usain Bolt ! Durant la cérémonie d'ouverture, elle marche aux côtés du géant Teddy Rinner et du roi Tony Parker. « Toutes mes émotions étaient décuplées », se souvient-elle. Elle terminera à une honorable quatrième place, après une défaite contre la Russe Sofya Velikaya, actuelle numéro 2 mondiale, que Manon, belle joueuse, a jugé « meilleure qu'elle », lors de leur affrontement. 

Certes, on représente la France, mais à la cool. Contrairement aux soldats, on ne met pas notre vie en danger pour notre pays. Ça nous rappelle qu'on doit se pousser au maximum ! »

En 2017, après un nouveau titre de championne d'Europe par équipe, elle intègre l'armée des champions, via le bataillon de Joinville, en tant que gendarme adjointe volontaire (GAV). Elle obtient deux années plus tard le grade de maréchal des logis (MDL) et participe pendant une semaine à une immersion avec les légionnaires du 4e régiment étranger, à Castelnaudary, capitale du cassoulet. Sur place, elle n'y apprend pas la recette de ce fameux ragoût, mais plutôt à tirer et à vivre comme les militaires : « Nous (sportifs), on se fait mal tous les jours, mais derrière, on a des kinés et des médecins pour nous suivre. Eux, sont beaucoup plus rustiques », confie-t-elle, avant d'ajouter : « Certes, on représente la France, mais à la cool. Contrairement aux soldats, on ne met pas notre vie en danger pour notre pays. Ça nous rappelle qu'on doit se pousser au maximum ! »  

Maîtresse d'armes

Cette expérience militaire a-t-elle agi comme un déclic ? Difficile de répondre à cette question, mais seule certitude, 2018 sera l'année de la consécration : elle remporte les championnats de France en individuel, prouesse qu'elle réitérera l'année suivante. Surtout, elle décrochera sa première médaille d'or aux championnats du Monde par équipe. Elle maintiendra ce haut niveau en 2019, avec notamment une  médaille d'argent aux championnats d'Europe de Düsseldorf, battue de justesse en finale par Olga Kharlan, sextuple championne d'Europe et actuelle numéro 1 mondiale.

Manon Brunet (à gauche) et sa compatriote Sara Balzer, s'affrontent lors d'un entraînement à l'INSEP, dans le complexe Christian D’Oriola.

© Pablo Agnan

Puis vient 2020, l'année du carton noir, où « tout a changé ». La crise sanitaire annule toutes les compétitions et oblige la MDL à rester confiner dans son appartement. Elle passe de huit coupes du Monde et quatre circuits nationaux par an au néant. Un manque de compétition couplé à celui d'une pratique très diminuée lui fait perdre deux kilos de muscles. Les jeux finalement décalés à l'été 2021, elle reprend petit à petit sa préparation. Depuis Rio, elle a beaucoup progressé, comme le déclarait, en 2019, au journal l'Équipe, Jean-Philippe Daurelle, entraîneur national des sabreurs français : « Elle est désormais beaucoup plus stable émotionnellement. Elle ne lâche pas. Et, ce qui est intéressant, elle a encore de grosses possibilités de progression. »

 Au Brésil, je ne me voyais pas remporter de médailles. Mais désormais, à Tokyo, je vise l'or, en individuel et par équipe. »

Une analyse que partage la vice-championne d'Europe. « J'ai grandi et mûri, peut-être trop d'ailleurs, rigole-t-elle, car j'ai accueilli la nouvelle de ma participation aux jeux comme une banalité, alors que c'est fantastique ! » Autre changement par rapport à Rio, celui de son statut de numéro 3 mondiale : « Au Brésil, je ne me voyais pas remporter de médailles. Mais désormais, à Tokyo, je vise l'or, en individuel et par équipe. »

À noter : les épreuves de sabre débutent le 24 juillet avec les hommes. Les féminines s'affronteront le 26 juillet en individuel, à partir de 2 heures, puis par équipe le 31 juillet à partir de 3 heures. Manon Brunet sera accompagnée par les sabreuses Cécilia Berder, Charlotte Lembach ainsi que Sara Balzer, respectivement 12e, 15e et 32e mondiale.