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Le Maréchal des logis-chef David, blessé et finisher du semi marathon de Paris

Auteur : Capitaine Marine Rabasté - publié le
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Amputé sous le genou suite à une blessure en service, le Maréchal des logis-chef (MDC) David a, dimanche 5 septembre, relevé un véritable défi en passant la ligne d’arrivée du semi marathon de Paris. L’occasion de revenir sur un parcours hors du commun.

21,097 kilomètres. C’est la distance qu’a parcouru dimanche 5 septembre le MDC David, instructeur à l’école de gendarmerie de Fontainebleau. Un véritable exploit pour ce militaire qui, en 2007, alors qu’il était affecté en gendarmerie mobile, s’est blessé à la cheville lors d’un exercice de nuit au Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) à Saint-Astier. Face à un processus de rétablissement compliqué et douloureux, le MDC David avait finalement pris une décision majeure : l’amputation de sa cheville le 11 janvier 2019. Faisant preuve d’une force de caractère hors du commun, le MDC David s’est alors engagé dans un programme de reconstruction par le sport. Le 5 septembre, il s’est lancé le défi de terminer le semi marathon de Paris.

Une préparation adaptée

« Faire le semi marathon était un rêve » confie celui qui, il y a à tout juste un an ne courait qu’à des fins d’entretien physique, sans réel plaisir ou objectif. « J’ai débuté la course en 2020. Au départ, je courais avec un pied « tout sport » mais grâce à mes camarades, je me suis procuré un pied spécial pour courir, ce qui a facilité les choses ». À l’occasion des Rencontres militaires blessures et sports (RMBS), au Centre national des sports de la Défense (CNSD), le MDC David rencontre l’adjudant Christophe, moniteur de sport au CNEFG, qui lui propose rapidement de l’entraîner pour la réalisation du semi marathon de Toulouse, le 20 septembre 2021. Touché, il accepte et se lance alors dans une préparation de plusieurs mois, à raison de 3 ou 4 séances de course à pied par semaine.

Je ne pouvais pas envisager de courir sans avoir suivi un programme. Il faut savoir que, quand on est amputé, le corps demande 30 à 40 % d’énergie en plus pour courir.

L’entraînement est long et parfois difficile. Le MDC David s’entraîne tôt le matin, ou le soir après le travail. « Plusieurs fois j’ai voulu sauter une séance, parce qu’il était tard, parce que j’avais autre chose de prévu … Mais je m’y suis tenu, et heureusement ! ». D’autant plus que ce n’est finalement pas le semi marathon de Toulouse, annulé en raison du contexte sanitaire, que le MDC David courra mais celui de Paris, trois semaines plus tôt ! Une préparation raccourcie donc. Au plus fort de son entraînement, il court 1h30 maximum, jamais plus, comme lui recommande fortement son coach. « Je n’avais jamais couru plus de 15 km, je ne savais donc pas comment j’allais être sur 21 km. Mais j’avais confiance en Christophe et en son programme. Il était fait pour que je réussisse ».

Finisher 2021

C’est sous un soleil brûlant, accompagné de l’adjudant Christophe et de Justine, sa kinésithérapeute, que le MDC David prend le départ à 10 heures au niveau de l’île Saint-Louis, dans le 4e arrondissement. « Il y avait un départ à 8 h 30 pour les personnes handicapées, mais j’ai souhaité partir avec les valides ! Même si en entrant dans le sas de départ, je me suis quand même dit que je pouvais toujours faire demi-tour », explique-t-il amusé. Malgré la chaleur, les 16 premiers kilomètres se déroulent bien. « J’avais ma musique dans les oreilles, je chantais, tout allait bien même si nous n’avions pas très bien évalué la réserve d’eau nécessaire ».

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A l’arrivée sur les quais de Seine, la difficulté commence toutefois à se faire sentir. Le manque d’ombre, les montées, la fatigue, la soif … Le MDC David pense même un instant arrêter la course. « Je n’avais pas de douleur à ce moment là, c’était plutôt un coup au moral. Il y avait pas mal de coureurs sur le bord de la route, allongés avec les services de secours, parfois même perfusés. Si Christophe et Justine n’avaient pas été à mes côtés, je me serais arrêté ». 18, 19, puis 20 km … La fin est proche et le coureur ne lâche rien.

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Au terme de 2 h 20 de course, le MDC David passe enfin la ligne d’arrivée. « Je n’ai jamais été aussi content que quand j’ai passé cette ligne d’arrivée ! Je me suis dit « Ça y est, tu l’as fait. Et parmi les valides en plus ! ». Je n’avais même plus les mots, je ne pouvais plus parler. J’éprouve une grande fierté !».

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Un exploit à l’image de son parcours

L’exploit réalisé par le MDC David lors de ce semi marathon est à l’image de son parcours et du combat qu’il mène depuis maintenant 14 ans. Face à la difficulté, pas question de baisser les bras. « En 2016, après l’échec de l’opération de la dernière chance, je ne pouvais plus vivre comme ça. Quelques années après, j’ai pris la décision, seul, de me faire amputer. L’opération a eu lieu le 11 janvier 2019. Certes il y a des contraintes, que les gens autour n’imaginent pas toujours car ils ne les voient pas, et ma vie a changé, mais je ne le regrette pas, livre le MDC David. Je revis ! Même si je n’oublie pas tout ce qu’il s’est passé, la blessure que j’ai eu et le chemin que j’ai du parcourir, car tout ça m’a permis d’avancer ».

Ce parcours a en effet été long mais, depuis le mois de janvier 2021, le MDC David a récupéré toutes ses aptitudes pour pouvoir continuer à servir en gendarmerie. Aujourd’hui instructeur en école, il éprouve une grande satisfaction d’accompagner les plus jeunes dans leurs premiers pas au sein de l’Institution. « La relation avec les jeunes est ce qui me fait aimer le métier. Je leur apporte quelque chose et ils me le rendent par leur bienveillance. Dimanche, à l’arrivée du semi, certains étaient même présents pour m’encourager dans les derniers mètres. Quand vous voyez ça, vous vous dites que vous avez gagné ! ».

© MDC David Barnabé

Et ce n’est pas fini !

Le MDC David ressent aujourd’hui un grand bonheur d’avoir terminé son premier semi marathon, bien classé et en un temps plus qu’honorable ! Néanmoins, il ne compte pas pour autant s’arrêter là.

Il participera au championnat de France militaire de cross-country le 29 septembre, puis à la course Gendarme de cœur début octobre à l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN). « Je vais faire tout ça tranquillement car après la préparation de plusieurs mois et le semi marathon, je suis un peu fatigué ». Cela ne l’empêche pas pour autant de voir encore plus loin avec, en 2022, la course « Les gendarmes voleurs de temps » qui, pour la première année, proposera un parcours de trail spécialement pour les personnes handicapées. « Je me sens libre quand je cours, j’oublie. » confie le MDC David, qui n’exclut pas, un jour, de courir un marathon !