Sport

Un tour en tricycle pour le major Alain Brivet

Auteur : Antoine Faure - publié le
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Victime d’un Accident vasculaire cérébral (AVC) il y a neuf ans, Alain Brivet a décidé de parcourir plus de 600 kilomètres en tricycle afin de diffuser des messages de prévention dans sa région Centre-Val-de-Loire. Un sacré défi pour cet ancien major de la gendarmerie nationale.

Dans une autre vie, Alain Brivet était gendarme. Il lui reste de ce passé une imposante moustache, que n’aurait pas reniée la maréchaussée d’antan, même si la longueur des cheveux n’est, elle, plus tout à fait réglementaire. Il a terminé sa carrière en 2007, avec le grade de major, affecté au Service d’information et de relations publiques des armées-gendarmerie (SIRPA-G).

Le 7 juin 2013, Alain a traversé une épreuve que subissent près de 150 000 Français chaque année, soit un toutes les quatre minutes… Il a été victime d’un Accident vasculaire cérébral (AVC). Il faisait très chaud ce jour-là, Alain passait la tondeuse chez son voisin. « J’ai subitement perdu l’équilibre, se souvient-il comme si c’était hier. Je pensais avoir mis le pied dans un trou, mais c’était un AVC. »

Tout réapprendre

Quelques mois plus tôt, il avait déjà été victime d’un Accident ischémique transitoire (AIT), un accident neurologique souvent annonciateur d’un futur AVC, « mais je suis sorti de l’hôpital au bout de deux heures, sans surveillance particulière. » Ce 7 juin, il passe cette fois la nuit en observation, mais le matin, c’est sa femme qui le retrouve au pied du lit. « J’avais fait trois AVC, sans que personne ne s’en rende compte », regrette-t-il avec amertume.

Plus de six heures après l’accident, il est transporté en Unité neuro-vasculaire (UNV), à Tours, avec un pronostic vital engagé. Il s’en sort miraculeusement et commence sa rééducation. Orthophoniste, kinésithérapeute… « 45 jours pour tout réapprendre : à marcher, à parler. J’étais un peu comme un bébé. »

Mais la motricité et la parole ne sont pas forcément les fonctions les plus difficiles à récupérer. L’estime de soi, la confiance en soi, c’est un tout autre combat. « Comme beaucoup de victimes d’AVC, je suis tombé en dépression. On se sent inutile, dépendant. J’étais marathonien, je faisais du vélo, je bricolais, je jardinais. D’un seul coup, je n’étais plus bon à rien... »

Je peux m’évader...

Alain doit reprendre une activité physique, c’est essentiel après un AVC. « J’ai progressivement remplacé le fauteuil roulant par la canne tripode, puis par la canne anglaise, avant de me lancer sans canne, en rallongeant les distances au fur et à mesure », décrit-il. Il remonte même sur son vélo, « mais avec mon handicap côté gauche, difficile de garder l’équilibre, c’était vraiment trop dangereux. »

Il surfe sur Internet pour trouver une solution, et finit par tomber sur un tricycle couché, équipé d’une carrosserie et d’une assistance électrique, produit aux Pays-Bas. En janvier de cette année, il réceptionne le sien, rouge comme une voiture de la Scuderia Ferrari. Noël après l’heure. « Avec mon “bolide”, je peux rouler plusieurs dizaines de kilomètres, par tous les temps, sans fatigue, et surtout en toute sécurité, se réjouit Alain. Cela me permet de me dépenser physiquement et ça fait beaucoup de bien mentalement. Je peux m’évader... »

Connaître les premiers symptômes

Le dramatique accident qu’il a vécu a motivé Alain à « faire quelque chose » en lien avec la problématique de santé des AVC. Il envisage de réaliser une sorte de tour de France des UNV de Chartres, Dreux, Orléans, Bourges et Tours, soit un parcours de plus de 600 kilomètres. Il présente son projet au président de l’antenne de Tours de l’association France AVC, qui accepte de le suivre dans cette aventure.

Le 7 juin 2022, neuf ans jour pour jour après son accident, le départ a donc été donné pour un périple de 11 jours, avec des haltes régulières pour mener des actions informatives et préventives, en collaboration avec les municipalités, dans les centres de soins, les hôpitaux, les associations sportives, « sans oublier la Communauté de brigades d’Angerville, où j’ai reçu un accueil formidable du major Régis. »

À l’heure du bilan, Alain se félicite de la médiatisation de ce défi sportif, « bien au-delà de mes espérances ! C’est important de parler des AVC, qui sont la première cause de handicap chez les adultes et la première cause de mortalité chez les femmes. Il faut en connaître les premiers symptômes, que sont la faiblesse d’un côté du corps, les troubles soudains de la vue, la perte de la parole... » Il pense désormais à la suite, un autre challenge, « différent et sans doute moins long, car, même si je n’avais pas trop mal aux jambes, j’avais des difficultés à parler le soir, en raison de la fatigue. » Une chose est sûre : le tricycle rouge sera toujours de la partie.

À noter : en cas de suspicion d'AVC, appelez le 15 en disant « AVC » ; un médecin régulateur prendra les mesures nécessaires pour évacuer le patient vers l’UNV la plus proche.