Culture

GIGN-RAID : deux anciens patrons témoignent dans un livre inédit

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© Pablo Agnan

Même si Noël est passé, il n’est pas trop tard pour acheter le livre « GIGN-RAID, deux patrons face aux nouvelles menaces ». Dans cet ouvrage de 210 pages, les deux anciens commandants de ces prestigieuses unités livrent leurs confidences sur de nombreux sujets : commander des « chevaux de course », lutte contre le terrorisme, le futur de ces unités. Le général Thierry Orosco offre à Gendinfo quelques confidences tirées des sujets abordés dans ce livre .

Comparer le RAID et le GIGN, c’est un peu comme collationner Messi et Cristiano Ronaldo : « Quand on a la chance d'avoir deux grands crus classés d’exception sous le nez, on ne les compare pas. On les déguste. Jusqu'à la dernière goutte. Surtout en période de fêtes », écrivait en 2016 le journaliste Pierre Maturana, pour le magazine So Foot.

C’est exactement ce que tentent d’expliquer Thierry Orosco et Jean-Michel Fauvergue dans le livre « GIGN-RAID, deux patrons face aux nouvelles menaces » (Mareuil éditions). Dans cet ouvrage, l’ancien commandant du GIGN, de 2011 à 2014, et celui du RAID, de 2013 à 2017, répondent aux questions du journaliste-écrivain Franck Hériot. Leur expérience en tant que chef, la place des femmes dans ces unités d’élite, l’évolution des menaces, tout y passe, avec un objectif : éclairer les lecteurs sur le rôle, le fonctionnement et l’évolution de leur ex-unité respective.

Pourquoi avoir décidé de faire un livre ensemble ?

L’initiateur de cette démarche, c’est Jean-Michel Fauvergue. Lorsqu’il m’a proposé de faire ce livre, je lui ai tout de suite répondu que si c’était pour raconter l’histoire d’un ancien combattant, ça ne m’intéressait pas ! Mais en discutant, nous sommes arrivés au même constat : nos anciennes unités respectives sont souvent perçues d’une manière « clichée ». Voici pourquoi j’ai décidé de participer à ce projet. Je voulais montrer comment une unité comme le GIGN fonctionne, derrière la façade médiatique.

Justement, de l’extérieur, on a le sentiment qu’il existe un véritable antagonisme entre le RAID et le GIGN. Est-ce une réalité ?

Bien évidemment que c’est une réalité, puisque ces deux unités se présentent comme des unités de contre-terrorisme. Il y a forcément, à un moment, l’idée de les comparer, de se demander si l'une d'elles est plus forte que l'autre. Mais en réalité, le problème n’est pas là. Le problème est simplement que si cet antagonisme était resté à l’époque de crises où seule une unité pouvait travailler, ça se justifiait. Mais avec l’apparition d’actes terroristes aux modes opératoires plus complexes, avec une philosophie radicalement différente, il a fallu changer de mentalité, pour travailler ensemble. Et cela se prépare longtemps à l’avance.

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Si un jour, une très grosse crise survient, qui nécessite l’emploi du RAID et du GIGN, mais que les deux patrons répondent que ce n’est pas possible, parce qu’ils ne s’aiment pas, ce serait complètement inaudible. Je dirais donc qu’aujourd’hui, c’est plus de l’émulation que de la concurrence. La concurrence voudrait dire que l’un cherche à empiéter sur le marché de l’autre.
Pour l’instant, et en l’état, le RAID ne peut pas prendre les missions du GIGN, et inversement. Les règles sont assez bien définies. Mais la seule évolution possible, c’est de travailler ensemble.

Pour mieux travailler ensemble, l'une des évolutions envisagées par Jean-Michel Fauvergue dans le livre est de créer un Commandement des opérations spéciales (COS) de l’Intérieur, à l’instar de ce qui existe déjà dans les armées. Pensez-vous que c’est une bonne direction à prendre ?

Travailler ensemble est une nécessité, ou tout du moins, commencer par dire, par exemple, comment devons-nous nous organiser au niveau local et national. Après, pour travailler ensemble, est-il nécessaire d’avoir un COS, comme celui des armées ? Personnellement, je suis un peu perplexe. Pourquoi ? Car dans les armées, il y a quelqu’un qui les dirige, le chef d’état-major des armées. C’est lui qui a la mainmise sur les opérations. En France, personne n’a la mainmise sur les opérations. C’est le Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN) qui peut déclencher le GIGN et le Directeur général de la police nationale (DGPN) pour la police. Alors oui, l’idée est séduisante, mais je vois mal comment elle pourrait s’appliquer sans ôter aux responsables opérationnels (DGGN et DGPN) une partie de leurs prérogatives.

Considérez-vous que le schéma actuel est donc suffisant pour lutter contre la menace terroriste ?

Il y a 6 ans, on disait que le terrorisme était réservé aux forces spéciales. Aujourd’hui, avec les dernières attaques sur le territoire, on voit que ce n’est plus le cas. À l’évolution de la menace, nous avons répondu avec l’évolution de nos structures, en créant des antennes RAID et GIGN un peu partout.

Ensuite, il faut aussi prendre en compte les primo-intervenants, qui sont, comme les policiers municipaux lors de l’attaque de Nice, souvent en première ligne. Il faut donc que tout ce petit monde soit formé du mieux possible, comme l’a fait la gendarmerie avec les PSIG Sabres.

À noter : En plus d’une véritable réflexion sur la place du RAID et du GIGN dans la lutte contre le terrorisme, le livre aborde également la question du commandement de ces unités d’élite, la place des femmes et la difficulté de gérer au quotidien des « chevaux de courses ». Pour se plonger dans les coulisses, découvrez « GIGN-RAID, deux patrons face aux nouvelles menaces », aux Éditions Mareuil, au prix de 19,90 euros.