Culture

Isabelle Maury, en toute liberté

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© GEND/SIRPA/MARIE-AMELIE SAILLET

Isabelle Maury fait partie des onze artistes ayant reçu le titre officiel de peintre de la gendarmerie. Passionnée notamment par l’univers des chevaux, elle mêle dans ses œuvres classicisme et modernité avec beaucoup de talent.

Elle n’est pas certaine que l’anecdote soit racontable, mais nous la rassurons : il y a prescription. Avant de devenir peintre des armées, en 2012, puis peintre de la gendarmerie, en 2020, le seul lien d’Isabelle Maury avec un uniforme remontait à l’enfance, quand elle avait accroché celui d’un oncle dans un cerisier, « parce que ça faisait joli », s’amuse-t-elle comme si c’était hier.

Sa vocation artistique est peut-être née d’une manière pour le moins inattendue… En feuilletant un exemplaire de Paris Match dans le salon familial, la petite Isabelle tombe sur un article traitant d’un peintre faussaire, photographié en santiags, les pieds sur la table. « Il avait l’air heureux. J’étais un peu perturbée par le fait qu’une copie n’ait pas la même valeur que l’original, alors que les deux tableaux représentent la même chose ! »

Peinture flamande et Pierre Soulages

Elle a grandi dans un environnement propice à l'épanouissement de cette vocation, avec des crayons et des feuilles toujours à portée de main, un vent de liberté qui soufflait dans la maison, où passaient de nombreux amis artistes, mais aussi dans son école, adoptant les préceptes de l’éducation nouvelle.

Adolescente, elle suit des cours de peinture pour adultes, puis s’inscrit dans un atelier à Paris, avant de réussir le concours d’entrée aux Beaux-Arts. Elle commence alors une carrière de décoratrice, sans jamais s’arrêter de peindre. En 2007, elle cesse son activité pour se consacrer exclusivement à son art.

« Ce qui me passionne, c’est la diversité des techniques, des supports, des matériaux », dit-elle. Elle dessine, à l’encre, au crayon, au pastel ; elle peint, à l’huile ou à l’acrylique. Son style, à la fois classique et moderne, s’adapte au sujet traité, refusant tout carcan. « J’aime autant les peintres flamands de la Renaissance que Pierre Soulages », résume-t-elle.

Prendre des libertés, sans commettre d'erreurs

Isabelle l’avoue volontiers : si elle est devenue peintre des armées, c’est un peu par hasard. Parce que son fils, un jour, avait eu l’envie un peu saugrenue d’assister à la cérémonie de Camerone, commémoration par la Légion étrangère de la bataille du même nom. « J’ai découvert un univers qui m’était totalement inconnu et qui m’a immédiatement intriguée, se souvient-elle. J’ai croqué sur un carnet des enfants jouant, en toute quiétude, en décalage avec un environnement aussi strict. »

En 2011, elle remporte le Grand prix du salon des peintres de l’Armée et obtient l’agrément l’année suivante. « J’ai constaté qu’il fallait être précis, sourit-elle. J’avais peint un militaire en changeant le côté des médailles, parce que ça m’arrangeait. On m’a expliqué que ce n'était pas possible. Je peux prendre des libertés, mais sans commettre d'erreurs ! »

C’est aussi à cette époque qu’elle commence à s’intéresser aux chevaux. Isabelle les peint sous toutes leurs coutures, et dans des univers très différents : en dressage au Cadre noir de Saumur, corps de cavaliers d’élite, pendant les matchs de polo ou les parties de chasse à courre, sur les champs de courses, et enfin à la garde républicaine.

 

Des chevaux aux plumes de Honfleur

« Le cheval est l’animal le plus représenté dans la peinture, explique Isabelle. On le retrouve à toutes les étapes de l’histoire de l’art. C’est un élément de patrimoine. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la préparation du cheval. Il y a quelque chose de religieux dans ce rituel. »

En 2020, elle entend parler du concours de peintre de la gendarmerie, reporté en raison de la crise sanitaire. Une chance pour elle, qui ne s’était pas inscrite préalablement, de prendre le train en marche. Elle présente notamment au jury une grande toile représentant un garde républicain avec son cheval, pendant la préparation d'un défilé, que l’on peut voir dans l'exposition « De Gaulle, fragments d'histoire », qui se tient actuellement au Mémorial Charles de Gaulle de Colombey-les-Deux-Églises.

Isabelle expose également dans son atelier d’artiste, à Honfleur, dans le Calvados, où elle s’est installée en 2015. Pas de chevaux au programme cette fois, mais une quarantaine de tableaux autour du thème de l’écriture et de quatre plumes qui sont nées, ou qui ont vécu, dans la cité des peintres. Celles poétiques de Baudelaire et Lucie Delarue Mardrus, celle musicale d’Erik Satie, celle drôle et acerbe d’Alphonse Allais. Des artistes libres, comme elle.