Culture

Mirota, des chipies aux gendarmes

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Mirota entourée de deux de ses chipies.
Mirota entourée de deux de ses chipies.
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Gend’Info poursuit la série de portraits des onze artistes agréés par la gendarmerie nationale, avec celui de Michelle Roberjot, dite Mirota. Rencontre dans son atelier, à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

Dans la chambre transformée en atelier, l’ordre règne. Les tubes de peinture acrylique sont au garde-à-vous, en rang d’oignon. Crayons et pinceaux sagement groupés dans leur pot respectif. Le général De Gaulle fixe un garde républicain sur son chevalet, sous le regard amusé et espiègle de quelques « chipies ».

Les « chipies », parlons-en de celles-là ! Tout ça, c’est un peu de leur faute après tout. Ces personnages enfantins, inspirés notamment par les Amoureux de Peynet, ont tapé dans l’œil du Maréchal des logis-chef (MDC) de la Garde républicaine Patrick Boissier, à l’occasion du concours artistique Gens d’art et gendarmes, en juin 2012. Mirota, leur créatrice, les exposera ensuite lors des portes ouvertes de la Garde, au quartier Carnot, la même année, puis à la caserne des Célestins, en 2013 et en 2019. À l’initiative de cette dernière exposition, le commandant Denis Tripier, alors directeur du cercle mixte de la Garde républicaine, l’informe de la tenue d’un concours pour devenir peintre de la gendarmerie, et lui conseille de candidater. Ce qu’elle fit, avec succès.

« C’est magique ! »

Mirota s’appelle en réalité Michelle Roberjot, mais elle trouvait que ça ne faisait pas très peintre. Elle a gardé le Mi de son prénom et le Ro de son nom, mais il se trouve que c’était déjà pris. Elle a donc ajouté le Ta de son nom de jeune fille, ce qui lui assure tout de même d’être juste derrière Miró dans l’ordre des peintres, alphabétique du moins. « C’était le cas dans un catalogue de posters auquel j’ai participé récemment, j’en étais très fière », s’amuse-t-elle... comme une chipie !

Mirota a la mémoire des dates, mais lorsqu’il s’agit de savoir quand est née sa passion pour la peinture, impossible de fixer un âge. « Je crois que j’ai toujours dessiné. Bien qu’autodidacte, j’ai très vite fréquenté les ateliers pour découvrir toutes les techniques, explorer tous les types de sujet, du paysage à la nature morte, en passant par le portrait. » C’est le portrait qui aura très vite sa préférence. « On peut créer une atmosphère, faire passer une émotion, alors que finalement ça reste deux yeux, un nez et une bouche… C’est magique ! » Au fil des années, elle peaufine sa technique personnelle, consistant à déposer, sur toile ou carton, des couches successives d’enduit et de peinture acrylique. 

« Le noir, je le vois bleu ! »

Le travail de Mirota est influencé, entre autres, par Picasso, Modigliani, Warhol et Peynet donc, point de départ de ses fameuses « chipies ». « Je les décline dans des scènes de la vie quotidienne. Elles sont éprises de liberté, un peu frivoles aussi. J’ai commencé à les exposer en 2005, et j’ai très vite constaté qu’elles mettaient les visiteurs de bonne humeur. Mais j’avais peur que leur humour soit un peu trop décalé pour un titre aussi prestigieux que celui de peintre de la gendarmerie, avoue-t-elle. Alors j’ai opté pour des portraits de gendarmes un peu plus classiques. » Mais toujours avec les couleurs flamboyantes du pop art ! « Je ne peux pas m’empêcher de transformer les couleurs. Le noir, je le vois bleu ! J’essaye de me calmer pour les gendarmes, mais j’ai du mal ! »

Mirota décline ses chipies dans des scènes de la vie quotidienne, éprises de liberté et un peu frivoles.

Mirota décline ses chipies dans des scènes de la vie quotidienne, éprises de liberté et un peu frivoles.

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Le 16 septembre dernier, elle a donc été retenue parmi les onze artistes - sept peintres, deux sculpteurs et deux photographes -, proposés à l’agrément de la ministre des Armées par le directeur général de la gendarmerie nationale, le général d’armée Christian Rodriguez. « C’est une grande fierté pour moi d’avoir été sélectionnée, ajoute-t-elle. J’aime l’idée de représenter, à travers mes peintures, des hommes et des femmes qui se dévouent au service du public, et veillent à la protection des biens et des personnes. C’est un honneur et une formidable opportunité de carrière. » 

Son histoire personnelle avec la gendarmerie ne date pas tout à fait d’hier. Au cours de sa carrière d’institutrice, elle a longtemps enseigné à l’école élémentaire Raspail de Rosny-sous-Bois. « J’avais beaucoup d’enfants de gendarmes dans ma classe et c’était un réel plaisir, parce qu’ils étaient calmes et ordonnés ! »

À la demande de la gendarmerie, Mirota participera à l’exposition De Gaulle, qui se tiendra au printemps prochain à Colombey-les-deux-Églises.

À la demande de la gendarmerie, Mirota participera à l’exposition De Gaulle, qui se tiendra au printemps prochain à Colombey-les-deux-Églises.

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À la demande de l’Institution, Mirota participera à l’exposition De Gaulle, qui se tiendra au printemps prochain à Colombey-les-deux-Églises. « Quand il est mort, j’avais une dizaine d’années. J’avais été marquée par le visage de cet homme très âgé et l’infinie tristesse de mes parents. J’ai voulu, dans un premier temps, m’inspirer de ce souvenir d’enfance, et j’ai donc peint un De Gaulle vieillissant, à la fin de sa vie. Et puis je me suis dit que je devais faire un second tableau, avec une dimension plus historique. J’ai choisi de le représenter à gauche et à droite de la toile, jeune colonel et général, entourant un troisième lors de sa rencontre avec Churchill. » 

Des « chipies » au Général, il y avait là un grand écart artistique, que Mirota a réussi avec souplesse et talent.

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