Culture

Un pinceau et un stylo pour brosser 16 portraits

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© GEND/SIRPA/Thomas Darnault

Aurélie est gendarme. Aakash est artiste. Ensemble, ils se sont lancés dans un grand voyage en gendarmerie pour réaliser une série de portraits, qui seront exposés à partir du 12  février au musée de la gendarmerie. Une belle aventure où il est question de rencontres, de couleurs, d’humanité et d’émotion.

Lorsqu’un mot revient régulièrement dans une discussion, ce n’est jamais tout à fait anodin. Aurélie parle souvent d’émotion. Une émotion qu’elle ressent, une émotion qu’elle recherche. Actuellement affectée en escadron de gendarmerie mobile, avec le grade de maréchale des logis, cette jeune gendarme a noué au fil du temps une relation très particulière avec l’Inde. « Mon premier voyage date d’une dizaine d’années. Je suis tombée amoureuse de ce pays, de ses habitants, de sa culture. Je me suis sentie chez moi. » Il y aura beaucoup de séjours pendant cette décennie, parfois jusqu’au bout des six mois autorisés par le visa. « J’ai beaucoup appris là-bas. C’est un pays d’une grande richesse. »

En 2016, elle décide de créer une association, baptisée Mon cœur pour l’humanité, afin de promouvoir la culture indienne en France, et la culture française en Inde. « J’avais simplement envie de créer du lien », résume-t-elle. Pour réaliser son logo, elle cherche un graphiste et découvre le travail d’un artiste indien. « Je venais de m’installer sur l’île de Porquerolles et de débuter mon activité dans le domaine de la communication, se souvient Aakash. Nous avons commencé à travailler ensemble. »

Chercher l’humanité derrière l’uniforme

24 mars 2018. Quelques heures après la fin de la prise d’otages du Super U de Trèbes, le colonel Arnaud Beltrame succombe à ses blessures, à l’hôpital de Carcassonne. « Ça m’a touché au cœur », avoue Aakash qui, bien qu’ayant grandi dans une famille d’artistes, est admiratif des militaires. « J’ai beaucoup d’estime pour l’armée indienne qui, comme les gendarmes en France, nous protège des terroristes. Nous avons beaucoup parlé d’Arnaud Beltrame avec Aurélie. C’est elle qui a proposé de réaliser une série de portraits de gendarmes en civil, pour chercher l’humanité derrière l’uniforme. »

« Tout le monde a été touché par la mort d’Arnaud Beltrame, complète-t-elle. Mais on ne le connaissait pas. D’où cette envie de raconter, dans une exposition, qui sont les gendarmes, par les mots et la peinture, mon stylo et son pinceau, en mélangeant nos regards, nos émotions. »

Alors affectée à la Sous-direction des opérations et de l’emploi (SDOE) de la direction générale de la gendarmerie nationale, Aurélie commence à évoquer ce projet autour d’elle. « L’idée a beaucoup plu et j’ai pu échanger avec le général Christian Rodriguez, alors major général, qui m’a encouragée et autorisée à rencontrer les gendarmes dans ce cadre. »

© GEND/SIRPA/Thomas Darnault

Montrer la gendarmerie dans toute sa diversité 

Le projet prend forme  : 16 portraits à réaliser en une année, 13 en région, 2 outre-mer et celui du général Richard Lizurey, ancien directeur général de la gendarmerie, pour représenter le reste du territoire ; des militaires de tous les grades, des femmes et des hommes, gendarmes départementaux, mobiles, de la garde républicaine et de la gendarmerie maritime ; un maître chien, un motard, un mécano hélico… « L’objectif était de montrer la gendarmerie dans toute sa diversité, de métiers, d’origines, de statuts », souligne Aurélie.

Chaque portrait sera composé de trois éléments  : une photo en uniforme, une peinture en civil et un texte. Ils partent à la rencontre de leurs sujets, passent plus de cinq heures avec chacun d’entre eux. Elle mène l’entretien, stylo et calepin en main, « cherchant une émotion », évidemment. Lui, prend plus de 500 photos. « Parce qu’une belle photo ne fait pas forcément une belle peinture, relève-t-il. Il faut trouver la bonne expression, le bon angle… »

« Nous avons remarqué que celle finalement choisie était systématiquement parmi les dernières prises, note Aurélie. Quand l’interlocuteur se détend, que le masque tombe, qu’il n’y a plus de faux-semblants. À chaque fois, nous avons rencontré un gendarme et nous sommes repartis avec un ami. »

Aakash part peindre en Inde, avec les clichés sous le bras. « Pour ce projet qui me tenait vraiment à cœur, j’avais besoin d’être chez moi, auprès de mes parents, dans une maison où tout est art. » Elle sourit  : « Ces portraits ont voyagé, ils sont imprégnés de culture indienne. »

© GEND/SIRPA/Thomas Darnault

Comme les deux pièces d’un puzzle qui s’assemblent

Pour l’exposition, qui se tiendra au musée de la gendarmerie, à Melun, la scénographie a été soigneusement conçue. « On y entrera comme on entrerait en gendarmerie, avec les photos en uniforme, décrit Aurélie. Puis, on découvrira les toiles très colorées d’Aakash, toute sa créativité. Chaque peinture sera accompagnée du texte en audio. »

Observer ces deux-là ensemble, c’est être témoin d’une complicité flagrante, évidente. « C’est peut-être paradoxal, mais nous étions faits pour nous rencontrer, confirme-t-elle. Deux pays lointains, avec des cultures très différentes, et deux personnalités aux antipodes. Et pourtant, nous sommes comme les deux pièces d’un puzzle qui s’assemblent, le Yin et le Yang. Nous avions l’impression de nous connaître depuis toujours. »

Quand le peintre parle de l’aspect militaire, la gendarme lui répond émotion. Parce que l’artiste indien aime la France et l’armée, parce que la militaire française a une sensibilité artistique et une passion pour l’Inde. « Parce que c’est lui, parce que c’est moi », résume Aurélie.

À noter : Exposition à partir du 12  février au musée de la gendarmerie. Plus d’informations sur le site Portraits de gendarmerie.