« La concertation n’est pas une option, c’est une obligation »

auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Conseiller concertation de niveau 3 de la région de gendarmerie du Nord-Pas-de-Calais et membre du Conseil de la fonction militaire gendarmerie (CFMG), le major David Monseur se confie sur son rôle, ses missions et son implication de longue date dans le dialogue interne de la gendarmerie.

Vous êtes impliqué dans le dispositif de dialogue interne de la gendarmerie depuis plusieurs années. Vous faites aujourd’hui partie de la chaîne de concertation et du CFMG. Qu’est-ce qui a motivé cette orientation ?

J’étais en effet déjà président de catégorie avant la mise en œuvre de la nouvelle concertation, en 2010. À la création des présidents des personnels militaires, j’ai été candidat au sein de mon escadron départemental de sécurité routière, où j’étais fraîchement arrivé. Je n’étais pas encore connu et ceux qui étaient en place faisaient particulièrement bien le travail, donc, sans trop de surprise, je n’ai pas été élu.

S’est alors présentée l’opportunité de devenir conseiller concertation du groupement de gendarmerie départementale du Nord. Après plus de 23 ans de terrain, c’était assez nouveau pour moi de travailler en lien direct avec le chef. Cette expérience professionnelle enrichissante me permettait de découvrir un milieu que je ne connaissais pas. C’était aussi l’opportunité de revenir à ma motivation première : participer à la vie de la gendarmerie, aider mes camarades, être une force de propositions, faire évoluer les choses.

En ayant occupé tous les postes, d’exécutant à commandant d’unité, en passant par gradé d’encadrement, et en ayant servi dans différentes unités - peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie, brigade et 16 ans de brigade motorisée -, je me suis dit que j’avais assez d’expérience de terrain et de connaissance de l’Institution à mettre au service de l’intérêt général.

En outre, le nouveau format de la concertation donne plus de sens au dialogue interne. Nous sommes associés à toutes les réunions et nous pouvons, à l’issue, apporter des explications à nos camarades. Nous sommes identifiés comme étant les personnes à qui l’on peut faire remonter des propositions pour faire évoluer la gendarmerie. Nous sommes des facilitateurs,en mesure d’accompagner nos camarades, de les aider. Et surtout, nous sommes une réelle force de propositions localement, afin d’éclairer le chef dans sa prise de décisions face à un problème.

J’ai ainsi assumé cette fonction pendant 4 ans. Puis, logiquement, au départ du conseiller concertation de la région Nord-Pas-de-Calais, il y a deux ans, je me suis lancé dans cette nouvelle aventure. La mission est plus vaste au regard du nombre de personnels à représenter. Je travaille en lien avec le conseiller concertation de la gendarmerie mobile.

En ce qui concerne le CFMG, j’avais été tiré au sort comme suppléant en 2014. Cette expérience a été l’occasion d’appréhender en douceur le fonctionnement de notre instance nationale. J’ai ensuite été élu comme titulaire en 2016, ce qui m’a permis d’allier la concertation locale et nationale.

Dans le même esprit, j’ai fait partie des premiers référents égalité diversité formés, avant de devenir à mon tour formateur.

À première vue, ce sont différentes casquettes, mais qui se complètent bien.

Quel est le rôle du conseiller concertation ?

La concertation est un outil d’aide à la décision au profit du commandement. C’est aussi un facilitateur. On ne dit pas toujours des choses qui font plaisir à entendre, mais notre unique objectif est de permettre au chef de mûrir sa décision.

Être conseiller concertation, c’est être le représentant de chaque personnel. Pour cela, il nous faut comprendre à la fois les difficultés du commandant d’unité et celles de l’exécutant. L’important, c’est aussi de savoir rester à sa place. Notre rôle est de lui donner tous les éléments qui lui permettront d'appréhender toutes les situations afin qu'il puisse prendre la meilleure décision.

Réciproquement, à travers notre avis technique et notre avis de concertant, le commandement peut anticiper comment ses décisions seront perçues sur le terrain et, au besoin, les adapter, afin de donner du sens à l’action et que ce soit bien compris sur le terrain. L’échange entre les conseillers concertation et le commandement est quotidien.

Tous les jours, on se voit, on échange… On l’accompagne aussi dans toutes les unités, toutes les inspections, toutes les réunions… C’est une mission intéressante, très polyvalente et enrichissante.

Vous êtes également sollicité par vos camarades…

En tant que conseiller concertation, mon action est guidée par la seule défense de l’intérêt général. Je me dois aussi d’apporter des réponses concrètes, en liaison avec les services compétents, à ceux qui me font part de leurs difficultés dans leur quotidien.

Je n’œuvre jamais seul. Bien souvent, on arrive, par le dialogue, à trouver des solutions pertinentes pour répondre aux situations difficiles que l’on m’expose. Je bénéficie ainsi d’un accès facilité aux différents bureaux de mon état-major, de manière à obtenir des explications en direct et ainsi mieux comprendre une situation afin, à mon tour, de pouvoir l'expliquer.

Aujourd’hui, l’une des forces de la concertation, c’est d’être en capacité de traiter un grand nombre de situations, sans pour autant avoir à solliciter le chef. Bien entendu, les situations les plus inextricables, compliquées ou graves lui sont systématiquement signalées.

En complément de la voie hiérarchique, je m'efforce de faire monter et descendre l’information et surtout de l’expliquer. Mon objectif est de contribuer à améliorer le quotidien du gendarme.

Concrètement, comment s’articule la chaîne de concertation ?

Le principe de subsidiarité qui régit notre chaîne de concertation permet à chaque échelon de gérer les problèmes de son niveau. Les dossiers que les conseillers concertation n’ont pas pu régler sont transmis au niveau supérieur.

J’ai pour mission d’animer l’ensemble du réseau régional. Je dois également assurer la formation des nouveaux conseillers concertation. Elle doit intervenir au plus tôt après leur élection. Elle leur précise ce que l’on attend d’eux, quelles sont leurs missions, comment ils peuvent les remplir, quels outils sont à leur disposition, quels sont leurs interlocuteurs…

C’est un moment important pour celui qui débute un mandat de concertation. Je suis à leur disposition pour les aider à prendre un bon départ et à rapidement endosser leur rôle.

En qualité de membre du CFMG, vous prenez une tout autre casquette ?

Être conseiller concertation et membre du CFMG, ce sont des fonctions différentes mais parfaitement complémentaires. La chaîne de concertation et le CFMG fonctionnent ensemble. Avant l’instauration du système d’élection, en 2016, le CFMG n’avait pas du tout la même physionomie. Depuis, près de 90 % des militaires qui y siègent, détiennent un mandat de conseiller concertation. Basé sur le volontariat, ce système permet de réunir au sein du conseil des personnes qui possèdent déjà une expérience de la concertation et sont rompus aux techniques de travail.

À mon sens, cette évolution a été très positive, notamment en termes de légitimité.

Le rôle du CFMG est de rendre des avis sur des projets de textes qui lui sont soumis par la direction générale de la gendarmerie nationale. Ce travail se fait en lien avec la chaîne de concertation. Je prépare ainsi chaque session avec les conseillers des différents niveaux, mais aussi avec des sachants qui m’apportent leurs technicités sur des points particuliers, en fonction des textes étudiés.

Entrer au CFMG donne aussi l’opportunité aux gendarmes de terrain, comme moi, de découvrir l’administration centrale et son fonctionnement. Cela nous permet d'échanger avec les directeurs et les sous-directeurs.

Par le biais du groupe de liaison, le CFMG répond aux sollicitations régulières des plus hautes autorités de l'État.

Enfin, le CFMG travaille avec le conseil supérieur de la fonction militaire.