Interviews

Au clavier des réseaux sociaux de la gendarmerie de l’Aisne avec l’adjudante Émilie

Auteur : Capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© GGD02

À l’occasion de la Journée de la femme digitale, l’adjudante Émilie présente son rôle de community manager du groupement de gendarmerie départementale de l’Aisne.

Depuis 2013, chaque 17 avril, la Journée de la femme digitale met à l’honneur les femmes qui, par leur esprit d’innovation et leur audace, s’attachent à transformer leur environnement grâce au digital. Au sein de la gendarmerie nationale, plusieurs femmes occupent le poste de community manager, gérant ainsi les réseaux sociaux de l’Institution. C’est le cas de l’adjudante Émilie, en charge de la page Facebook du Groupement de gendarmerie départementale de l’Aisne (GGD 02).

Vous êtes actuellement affectée à la cellule renseignement du GGD 02. Pouvez-vous nous indiquer quel parcours vous y a conduit ?

J’ai un parcours diversifié, mais toujours au sein de la Picardie, ma région d’origine. Je suis entrée en gendarmerie à 19 ans, par vocation, et je fêterai d’ailleurs mes 20 ans de carrière cet été. Après avoir été gendarme adjoint volontaire au sein du Peloton autoroute de Beauvais, puis gendarme à la Communauté de brigades de Ribemont, j’ai répondu à un appel à volontaires pour rejoindre le Centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG) à Beauvais, en 2015. Je voulais voir un autre volet de l’intervention, la façon dont elle était gérée au niveau central. J’y suis restée jusqu’en 2018, avant de rejoindre le CORG du GGD 02, puis sa cellule renseignement, en tant qu’analyste. Pour cela, j’ai suivi une formation spécifique de trois semaines, portant sur les techniques.

En parallèle, vous êtes l’une des « community manager » du GGD 02. En quoi cela consiste-t-il ?

Depuis quelques années déjà, le GGD 02 dispose d’une page Facebook, dont la gestion revient à la cellule renseignement. Nous avons une proximité physique avec le CORG et nous sommes donc constamment en lien avec l’opérationnel et ce qui se passe sur le terrain. Cela nous permet d’être réactifs. En tant que community manager, je réalise des publications pour alimenter la page et porter à la connaissance du public différentes informations, qu’il s’agisse des opérations menées par les unités ou des actions de prévention.

Comment déterminez-vous la nature de vos publications ?

Les publications sont faites sur demande du commandement ou sur initiative. Par exemple, en lien avec l’Officier adjoint de police judiciaire (OAPJ), je rédige parfois des publications relatives à des enquêtes judiciaires d’ampleur. Je peux aussi être amenée à relayer les informations diffusées par la préfecture. Sur certains sujets urgents, comme les fugues ou les recherches de mineurs, je prépare la publication rapidement, en lien avec le commandant de compagnie territorialement compétent, et je la mets en ligne sans tarder, afin qu’elle soit diffusée le plus largement possible, dans le temps de l’action. Enfin, nous essayons également de faire passer des messages, notamment de prévention, parfois sur le ton de l’humour quand cela s’y prête.

Faut-il garder des points particuliers en tête quand on gère une page Facebook de la gendarmerie ?

La page Facebook du GGD 02 est une page institutionnelle et ne peut donc pas être gérée comme une page personnelle. Pour revenir aux publications humoristiques, elles font systématiquement l’objet d’une validation par le commandant de groupement, car nous devons être vigilants à ce qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Il faut être carré, car il y a un véritable attrait de la population pour les réseaux sociaux, et les informations sont relayées rapidement, même par la presse locale. Quand je rédige une publication, je n’ai donc pas le droit à l’erreur.

Avec plus de 35 000 abonnés, c’est presque un métier à part entière. Comment conciliez-vous cette fonction avec celle d’analyste ?

Les deux fonctions demandent du temps, mais elles ne sont pas étrangères. En tant qu’analyste, j’exploite le renseignement et je l’analyse, afin de le diffuser aux unités et services compétents. Dans notre formation, nous avons notamment un module de trois jours sur la recherche du renseignement en sources ouvertes, dont font partie les réseaux sociaux. En veillant la page Facebook et les commentaires, nous pouvons repérer des individus qui nous paraissent inquiétants et nous renseigner. Mais cela prend effectivement du temps. Heureusement que nous sommes plusieurs à la cellule renseignement. De plus, nous bénéficions depuis peu du renfort de deux jeunes du service civique, qui travaillent sous notre contrôle. Notre page Facebook a également la particularité de pouvoir être alimentée directement par les commandants de compagnie et le commandant de l’Escadron départemental de sécurité routière. Mais de manière générale, nous sommes les porte-parole du commandant de groupement sur Internet.

La gendarmerie est de plus en plus présente sur la toile. Cela-vous paraît-il important ?

À mon sens, c’est une bonne chose que l’Institution transmette des informations par les réseaux sociaux, car ils sont largement fréquentés. J’ai notamment pu constater que cela nous permettait d’avoir une proximité différente avec la population. On montre également une autre facette de la gendarmerie à ceux qui la cantonnent à son rôle répressif. La visibilité des réseaux permet de toucher un public large, y compris ceux qui ne sont pas abonnés à la page. En tant que community manager, je suis satisfaite quand nos publications permettent de retrouver des personnes disparues, par exemple. Je pense également qu’en diffusant des conseils de prévention, on peut faire gagner du temps aux militaires de terrain, en faisant diminuer le nombre de victimes.