Interviews

Clément, membre du collectif des Phénix de la gendarmerie

Auteur : Sirpa, Gendarmerie nationale - publié le
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© GEND/SIRPA/MARIE-AMELIE SAILLET

Le maréchal des logis-chef Clément a été blessé en 2019. Il est aujourd'hui opérateur du Centre d'opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG) du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Pas-de-Calais. Il a participé au défi social RBS à l’école de gendarmerie de Châteaulin.

« J’ai été gendarme mobile pendant 10 ans, engagé en Opérations extérieures (OPEX) et en outre-mer, puis affecté en unité de recherches sur les violences contre les enfants, mais je me suis blessé hors service, lors d’une petite animation de village, le 14 juillet 2019. On avait organisé une retraite aux flambeaux pour les enfants. Une corde accrochée à la remorque d’un tracteur servait de jalon. Au retour, un homme alcoolisé a voulu faire une plaisanterie et a accroché l’extrémité de la corde à un arbre. Elle s’est tendue et a lâché à l’autre bout. Pour éviter qu’elle ne chasse en direction des enfants, j’ai eu le réflexe de mettre les mains. J’ai eu de multiples fractures à la main gauche et une amputation du pouce droit…

Au début, j'étais un peu perdu. Je ne me sentais pas légitime, parce que je n’étais pas en service. Je dois une fière chandelle à la gendarmerie. J’ai eu la chance d’être épaulé par ma hiérarchie, jusqu’au commandant de région.

Je voulais reprendre rapidement mon poste, mais ce n’était pas possible. Le commandant de groupement m’a proposé un poste au CORG. Pour moi, ça ressemblait à une voie de garage. En fait, je m’épanouis dans ce rôle, je me sens vraiment utile dans la gestion des interventions. En outre, ça m’a permis de me recentrer sur ma vie de famille, et ça, c’était essentiel. Aller chercher ses enfants à l’école par exemple. C’est un détail, mais ça compte dans le processus de reconstruction. J’ai aussi pu compter sur l’amour de mon épouse. Cette épreuve a resserré nos liens.

Le stage Ad Refectio, auquel nous avons participé trois mois après l’accident, nous a beaucoup aidés. La parole s’y est libérée, notamment celle des enfants. C’est là que j’ai compris que, même si j’ai des séquelles physiques, j’avais surtout une blessure invisible. Maintenant, je fais davantage attention quand j’entends un collègue dire qu’il ne va pas bien. On évolue dans un milieu où il faut éviter de montrer ses faiblesses, et c’est dommage.

Ce stage de reconstruction à Châteaulin me permet de voir des camarades qui sont un peu plus loin dans leur processus de reconstruction, mais aussi de témoigner auprès des élèves que la blessure peut survenir à tout moment, de manière parfois anodine.

Le sport est essentiel, car il permet de dépasser ses limites. J’aime le terme « handicapable ». On est toujours capable de faire des choses, mais de manière différente. »