Interviews

De gendarme à commandante de brigade territoriale autonome : le parcours de la lieutenante Sandra, officier du rang

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
La lieutenant Sandra (au centre) en service de prévention de proximité à VTT
© Brigade territoriale autonome de Villefontaine

Âgée de 46 ans, la lieutenante Sandra est, depuis bientôt deux ans, à la tête de la Brigade territoriale autonome (BTA) de Villefontaine, en Isère. Mère de deux enfants, mariée à un commandant de gendarmerie, elle a fait le choix de rejoindre le corps des officiers par la voie du concours d’officier du rang, en 2019. Elle partage avec nous son expérience de commandement, en tant qu’ex-sous-officier mais également en tant que femme.

Pourquoi avoir intégré la gendarmerie ?

Au départ, je n’étais pas partie pour faire gendarme. J’ai intégré un cursus de physique appliquée, à la faculté de Clermont-Ferrand. Au cours de mes études, j’ai eu l’occasion de rencontrer des gendarmes qui m’ont parlé du métier et de la possibilité de devenir, ce qu’on appelait à l’époque, gendarme auxiliaire féminin. Ça tombait bien, car je ne me voyais pas exercer un métier dans un bureau. Je voulais un travail dynamique, avec une mobilité qui me permettrait de découvrir du pays. Être gendarme semblait donc répondre à mes attentes. J’ai présenté le concours de sous-officier de gendarmerie en 1997. En décembre, la même année, je rentrais à l’école de Montluçon.

Quel est votre parcours en tant que sous-officier ?

Mon parcours est varié. J’ai d’abord été affectée à la brigade d’Avignon-Montfavet, en zone périurbaine. Lorsque l’unité a été délocalisée, deux ans plus tard, j’en ai profité pour demander une mutation à la brigade d’Orange. C’est là que sont nés mes deux enfants. Ensuite, j’ai intégré le peloton d’autoroute d’Orange, avant de rejoindre l’École de sous-officier de Tulle en tant qu’instructeur, pour suivre mon mari. J’y suis restée quatre ans. Puis en 2015, nous avons eu la chance d’être mutés en Martinique, à la brigade de Schoelcher me concernant. Là-bas, j’ai présenté le concours d’officier de gendarmerie du rang, que j’ai obtenu en 2019.

2019 fut donc le début de votre carrière d’officier. Pourquoi ce changement ?

En tant que sous-officier, j’ai passé l’examen d’Officier de police judiciaire (OPJ) afin de monter en grade et d’obtenir plus de responsabilités. Au fur et à mesure de mes affectations, j’ai été promue maréchal des logis-chef, puis adjudant et enfin adjudant-chef. À chaque fois, j’ai effectivement pris des responsabilités. À 44 ans, il ne me restait plus que le grade de major à obtenir et espérer pouvoir prendre le commandement d’une petite communauté de brigades… Alors qu’il me restait 15 ans de carrière ! Mon mari étant officier, j’avais une autre vision du commandement et je voulais avoir l’occasion de diriger des unités plus conséquentes. Je me suis donc orientée vers une carrière d’officier.

Comment voyez-vous votre fonction de commandant d’unité ?

Aujourd’hui, je suis à la tête de la Brigade territoriale autonome de Villefontaine, située dans un quartier de reconquête républicaine et composée de 32 militaires. La circonscription est particulière, elle est petite en superficie mais il y a beaucoup de délinquance, et ce n’est pas toujours facile. Peu de militaires veulent être affectés ici, de fait le temps de présence moyen n’est que de quelques années. Mon rôle est donc avant tout de motiver mes gendarmes, afin qu’ils s’épanouissent dans leur métier. S’ils sont satisfaits au boulot, alors ils seront heureux dans leur vie personnelle et ça, c’est très important ! Vis-à-vis de l’extérieur, ma mission est d’apporter une réponse à la population, en faisant baisser la délinquance et le sentiment d’insécurité.

Être une femme est-il un plus quand on est commandant d’unité ?

 Honnêtement, je pense que c’est un point fort. Ici, je commande sept militaires féminins. J’ai connaissance de la complexité de la gestion de la vie de famille, d’autant plus que j’ai la double casquette, femme gendarme et femme de gendarme ! Je sais ce que c’est que de devoir jongler entre le boulot, les astreintes, les enfants. Elles peuvent donc aborder la question plus facilement avec moi.

Avec les hommes, le rapport diffère en fonction de chacun. Certains sont encore un peu vieux jeu et n’acceptent pas toujours d’être commandés par une femme. Surtout que je suis la première commandante d’unité sur la compagnie ! Il faut parfois taper un peu du poing sur la table, mais dans l’ensemble, ça se passe bien. On se forge aussi le caractère au fur et à mesure de la carrière. L’idée est de faire comprendre qu’il n’y pas d’hommes ou de femmes mais un groupe, qui doit avancer dans le même sens.

Est-ce plus compliqué d’être une femme quand on est sous-officier ou officier ?

Je dirais que c’est plus simple d’être une femme officier, car les gendarmes ont plus de retenue par rapport au grade et aux fonctions. En tant que sous-officier, c’est un peu différent, mais encore une fois, c’est une question de personne également.

Votre expérience de sous-officier est-elle une plus-value en tant qu’officier ?

C’est un plus, car mes années d’expérience me permettent d’avoir plus de recul sur certaines choses et d’anticiper des situations. Si j’avais passé le concours directement après la fac, je pense que je n’aurais pas eu la même approche. Il est plus facile de commander quand on est passé par tous les échelons. Je sais ce que ressent mon gendarme quand il passe sa journée à l’accueil de la brigade, je connais la pénibilité de certaines missions… Mais encore une fois, c’est ma vision des choses.

Mon expérience dans le domaine judiciaire me permet aussi de donner un coup de main quand il y a besoin, pour prendre des auditions par exemple, et d’avoir un œil attentif sur les enquêtes d’ampleur.

Aujourd’hui, avez-vous encore le temps d’aller sur le terrain ?

En tant que commandant d’unité, mon rôle principal est de gérer l’administratif et les ressources humaines de la brigade… Et ça prend du temps ! Mais il y a aussi tout le volet de contact avec les partenaires extérieurs, la population, les élus, qui me permet de sortir de mon bureau. J’essaie d’y consacrer au moins deux heures par jour. Il y a également les opérations judiciaires sur lesquelles j’accompagne parfois mes militaires et où je prends la direction des opérations.

À titre personnel, quels sont vos souvenirs les plus marquants ?

Avec 24 ans d’ancienneté, il y a beaucoup de souvenirs. En tant que sous-officier, l’un de mes meilleurs souvenirs, c’est au peloton d’autoroute d’Orange. On faisait une planque à la suite de vols dans des camping-cars. Après plusieurs heures, on a pu interpeller les auteurs. Il y a eu un beau travail d’équipe et l’ambiance était bonne. Quant au moins bon, il s’agit de l’annonce du décès d’une jeune fille percutée par un camion à sa mère. En tant qu’officier, je retiendrai un beau moment de cohésion à la brigade, peu après mon arrivée. On avait organisé un repas avec les familles, tout le monde était présent. À l’inverse, je garderai en mémoire l’annonce du décès de Victorine à sa mère. Cette affaire reste à ce jour le fait le plus marquant de ma carrière.

Pour finir, qu’envisagez-vous pour l’avenir ?

Un retour outre-mer ! J’ai d’ailleurs fait ma demande de mutation. Avec ma famille, nous aimons voyager, visiter de nouveaux endroits. L’été, nous allons à la plage, l’hiver, nous allons skier. Après la Martinique, nous avions demandé des affectations proches des montagnes, justement pour pouvoir skier après quelques années passées au bord de l’eau. Maintenant, si nous pouvions retourner à la plage, ce serait super. Nous sommes deux gendarmes, c’est déjà une chance que nous ayons pu avoir des postes à proximité à chaque fois. Maintenant que nous sommes officiers tous les deux, j’ai conscience que ça risque d’être plus compliqué. Je ne suis donc pas fixée sur une destination en particulier !