Interviews

En route vers l’international avec le capitaine Quentin

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
© D.R.

Âgé seulement de 30 ans, le capitaine Quentin entame déjà sa deuxième expérience professionnelle à l’international. Actuellement en poste au sein du CoESPU, il revient sur son parcours et ses différentes fonctions.

Depuis le 1er septembre 2021, la gendarmerie nationale dispose d’un officier affecté au sein du « Center of Excellence for Stability Police Units » (CoESPU), en Italie, à Vicenza. Créé en 2005, à la suite d'une proposition italienne lors du G8 de 2004, ce centre a pour mission d'étendre la capacité des États membres des Nations Unies, en matière de maintien de la paix.

Ainsi, en partenariat avec le Département d’État américain (« Global Peace Operation Initiative » - GPOI), des actions de formation sont menées au profit des officiers de certains États membres.

Le capitaine Quentin, placé hiérarchiquement sous l’autorité du Commandement de la gendarmerie pour les missions extérieures (CGMEx), est le premier officier français à occuper les fonctions d'adjoint à la chaire des unités de police de stabilité au sein de ce centre d'excellence. Les contacts établis régulièrement avec le CGMEx permettent des partages d’informations nourris et continus.

De quelle manière avez-vous débuté votre carrière à l’international ?

Ma carrière internationale a débuté avec un stage de préparation aux candidatures aux Organisations Internationales, conduit à la Direction de la coopération internationale de sécurité (DCIS). J'ai été identifié par le gestionnaire comme une ressource utile pour servir dans le domaine des relations internationales grâce à ma Fiche individuelle de parcours de carrière (FIPC). Puis, à la fin de mon temps de commandement en gendarmerie mobile, j'ai été invité à candidater pour intégrer les Nations Unies, à travers le programme des Jeunes experts associés (JEA). J'ai donc pu servir pendant deux ans au quartier général de l'Organisation des Nations Unies (ONU), à New York.

Quelles étaient vos fonctions au sein de l’ONU ?

J'étais affecté au sein du Département des Opérations de Paix (DPO), au Bureau de l’État de droit et des institutions chargées de la sécurité, à la Division Police. Cette dernière est composée de quatre sections : trois localisées à New York et une en Italie, à Brindisi. Je servais donc au sein de la section responsable de la sélection et du recrutement des gendarmes et policiers détachés par les États membres. Ces professionnels de la sécurité sont pour la plupart recrutés soit individuellement (« lndividual Police Officer » - IPO), soit au sein d'unités de police constituées (« Formed Police Unit » - FPU)1.

Mes missions consistaient à aider les conseillers police des représentations permanentes auprès des Nations Unies, dans leur préparation avant le déploiement des FPUs. J'étais aussi impliqué dans le processus de sélection en participant à des missions d'inspection. Enfin, j'étais chargé du suivi de la performance de ces unités une fois projetées sur le terrain. En effet, en 2019, une nouvelle circulaire a été mise en place afin de s'assurer du maintien des capacités opérationnelles des FPUs, par des inspections trimestrielles. Des rapports d'évaluation étaient ensuite rédigés et envoyés au quartier général. L'objectif consistait à rassembler les informations de ces unités, les synthétiser, pour finalement rendre compte de leur niveau au Secrétaire Général. Ce contrôle se révélait notamment utile pour justifier les décisions prises dans la conduite des missions.

En quoi consiste votre poste au sein du COESPU ?

Le CoESPU offre des formations qui sont réparties en trois grandes catégories : une première dans le cadre des Nations Unies, une seconde avec des partenariats européens, tels que l’ « European Union police and civilian services training » (EUPCST)  et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), et, enfin, une dernière destinée aux carabiniers italiens.

Je suis principalement impliqué dans les actions à destination des États membres des Nations Unies, qui sollicitent des formations avant de déployer leur personnel dans les opérations de paix. Depuis 2010, le CoESPU a signé un « Memorandum of Understanding » (MoU) avec l'ONU, et les cours que nous organisons doivent depuis respecter les normes onusiennes, issues du « Strategic guidance framework » (SGF). Le but est d’offrir des formations homogènes pour harmoniser les actions menées dans les missions. Je dispense ainsi des cours en anglais et précisément dans le domaine de la génération des forces et le suivi de la performance. Mon expérience précédente s'est donc révélée fondamentale pour me permettre d'occuper mes fonctions actuelles.

Quel est, selon vous, l’intérêt pour un officier de gendarmerie de servir à l’international ?

L'intérêt de servir à international pour un officier est multidimensionnel. Il s'agit de pouvoir diversifier ses compétences en travaillant en transversalité avec de nouveaux partenaires, de développer une expérience en se confrontant à d'autres réalités et de renforcer ses capacités d'adaptation. C'est très épanouissant et cela permet d'enrichir considérablement ses connaissances, notamment dans le domaine linguistique. L’intérêt est aussi pour la gendarmerie nationale : être représentée au sein des structures internationales et ainsi faire rayonner son modèle à travers le monde.

Justement, quel est l’intérêt de disposer d’un officier de gendarmerie au sein du CoESPU ?

Le rayonnement institutionnel, sans aucun doute. La formation pré-déploiement du personnel des États membres est comme nous l'avons dit essentielle. En effet, celle-ci leur permet de présenter des candidats avec de meilleures connaissances et un C.V. plus complet. Il y a quelques mois encore, les formations du CoESPU n'étaient dispensées que par les carabiniers italiens. Désormais, il y a un officier de la gendarmerie française qui contribue donc au rayonnement et à la promotion de notre institution. Le positionnement se révèle stratégique, en mobilisant une seule ressource, et sans avoir à se déplacer, puisque ce sont les États membres qui viennent à nous, nous bénéficions d'une portée mondiale.

Sur le plus long terme, il en ressort également un intérêt linguistique. En effet, sur les quatre missions majeures de maintien de la paix des Nations Unies, où sont déployées les FPUs (République démocratique du Congo, République centrafricaine, Mali et Sud Soudan), trois sont francophones. L'ONU est donc naturellement sensible à la maîtrise de cette langue. Le CoESPU s'inscrit dans cette logique et est d'ailleurs en train d’élaborer des formations en français. La présence de notre institution apporte donc une réelle plus-value à l'ensemble des acteurs pour s'impliquer davantage dans les formations francophones, ces dernières étant de plus en plus demandées par les États membres.

Plus particulièrement, en quoi cela s’inscrit-il dans la coopération franco-italienne ?

Au mois de novembre dernier, la France et l'Italie ont signé le traité du Quirinal, qui prône une coopération renforcée entre nos deux États. Il y a une véritable volonté de rapprochement et notamment dans le domaine de la sécurité. Alors que la France occupe actuellement la présidence de l'Union européenne, nous consolidons notre coopération avec un allié historique, en plaçant un officier de la gendarmerie française dans une structure italienne.

À noter : 1 - il y a aussi les recrutements individuels dits « professionnels », qui sont des contrats plus longs.