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Journal de bord de deux gendarmes mobiles : préparation au départ outre-mer

Auteur : capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© SIRPA - Gend. F.Garcia

Rencontre avec Stéphan et Maxime, deux gendarmes mobiles de l’escadron de Satory avant leur projection outre-mer. Regards croisés de deux générations.

29 ans les séparent et pourtant, le 1er novembre dernier, ils se sont envolés ensemble vers la Nouvelle-Calédonie, afin de remplir une même mission : le maintien de l’ordre public et appuyer les unités locales dans la sécurisation du territoire. L’adjudant-chef (ADC) Stéphan et le gendarme Maxime font tous les deux partie du 3e peloton de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 14/1 de Satory. Pendant plusieurs semaines, ils se sont préparés à ce déplacement de plusieurs mois. Si le premier ne compte plus ses missions en dehors du territoire métropolitain, le second, en revanche, partait pour la première fois exercer en dehors des frontières. Avant leur départ, ils ont partagé leur état d’esprit.

Une expérience extérieure supplémentaire pour l’ADC Stéphan

Âgé de 52 ans, l’ADC Stéphan compte à son actif 29 ans de service. Cet ancien garde républicain a rejoint la Gendarmerie mobile (G.M.) en 2017, directement à l’EGM 14/1, pour découvrir une nouvelle facette du métier. Mais les déplacements ne lui sont pas étrangers : en 2011, il avait eu l’occasion de passer neuf mois au Kosovo, pour la mission EULEX, avant de repartir, 5 ans plus tard, au Mali, pour un renfort ambassade de trois mois. « Et là, je reviens tout juste de République centrafricaine ! », notait le gradé. Pourtant, en arrivant à l’escadron, c’est un autre mode de fonctionnement qu’il a découvert. « On part en unité constituée, il y a des personnels qui s’occupent de tout pour l’ensemble de l’escadron, c’est confort. À l’inverse, quand on part en autonomie, il faut aller rechercher les renseignements, contacter les personnes sur place, faire les démarches administratives... »

Début novembre 2021, l’ADC Stéphan s'apprête donc à fouler le sol calédonien pour la seconde fois. Un départ qu'il aborde alors plus sereinement que le premier. « La première fois que je suis parti, je n’avais qu’un an d’expérience en G.M. Aujourd’hui, j’ai une meilleure maîtrise du maintien de l’ordre. De plus, j’ai connaissance du climat social sur place. Même si, bien sûr, ce ne sera pas exactement similaire, car la situation évolue au fil du temps », déclarait-il.

Néanmoins, il a pleinement confiance en la réussite de la mission : l’unité s’est préparée et les personnels sont formés et motivés. Sa plus grande appréhension est inhérente à son rôle de gradé d’encadrement et, plus précisément, à celui d’adjoint au commandant de peloton. « En tant que gradé, on est responsable de nos personnels. Chaque décision qu’on prend peut avoir un impact sur l’état physique de ces derniers, voire les mettre en danger. Ce que je crains le plus, c’est d’avoir des blessés parmi les militaires engagés ». Même s’il ne sait pas exactement à quoi s’attendre sur place, nul ne pouvant le prédire, l’ADC Stéphan a tout de même une petite idée des actions qu’ils auront à mener.

À une semaine du départ, le gradé est donc plutôt confiant. Pour lui, il s’agit essentiellement d’une expérience supplémentaire, enrichissante tant humainement que professionnellement.

Premier départ pour le gendarme Maxime

Au sein du même peloton, le gendarme Maxime, 23 ans, prépare également son départ. Après deux ans en tant que gendarme adjoint volontaire au sein d’un Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG), il a intégré l’école de sous-officiers, au terme de laquelle il a rejoint l’EGM 14/1, en juin 2020. À la différence de Stéphan, Maxime ne sait pas réellement à quoi s’attendre en Nouvelle-Calédonie, car c’est la première fois qu’il part en déplacement ultramarin avec l’escadron. À l’évocation de celui-ci, il ne cachait alors pas son excitation : « Je suis vraiment impatient de partir et découvrir le travail là-bas, surtout avec les engins blindés. J’ai aussi très envie de découvrir cette nouvelle partie du monde. Sans compter que je n’ai encore jamais pris l’avion ! » Néanmoins, il restait conscient de ce qu’impliquait ce départ, notamment sur le plan familial. « J’ai bien discuté avec ma famille. C’était important pour gérer l’éloignement, car c’est la première fois que je pars aussi longtemps. Avec ma compagne, nous avons pris en compte le fait que je ne pourrai peut-être pas communiquer tous les jours avec elle. »

Sur le plan opérationnel, le gendarme Maxime s’est renseigné auprès de ses camarades, qui ont déjà eu l’occasion de faire le déplacement. Cela lui permet d’être rassuré quant à la nature de la mission à réaliser. Pour le moment, sa seule inquiétude est le risque de blessure, avant le départ ou sur place. Mais il se sent bien préparé grâce aux entraînements et à la semaine de formation suivie début octobre. Il sait par ailleurs quelle sera sa place au sein du dispositif. « Dans le peloton, je suis responsable des transmissions. Je suis donc en charge de la perception des moyens radio, de l’équipement dans les véhicules et de leur distribution. Sur les manœuvres de maintien de l’ordre, je suis « bouclier ». Mais j’ai également l’habilitation de lanceur de balle de défense. Mes missions sont donc diversifiées », précisait le jeune gendarme. Quant à la septaine obligatoire à son arrivée sur le sol calédonien, elle ne l’inquiète pas. « Ce ne ne sont que 7 jours. On verra comment ça va se passer, mais j’ai prévu de quoi m’occuper : téléphone, lecture, films... »