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Le général Jean-Philippe Lecouffe dirige les opérations d’Europol

Auteur : Antoine Faure - publié le
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Créée en 1998, l’agence Europol soutient, depuis son quartier général à La Haye, les 27 États membres de l’Union européenne dans leur lutte contre la grande criminalité internationale, la cybercriminalité et le terrorisme. Depuis le 1er mai 2021, son directeur exécutif adjoint en charge des opérations est un gendarme, le général de corps d’armée Jean-Philippe Lecouffe.

Sélectionné par le Conseil européen, parmi une liste de noms proposée par le conseil d’administration d’Europol, le directeur exécutif d’Europol est, depuis 2018, une directrice : la Belge Catherine de Bolle. Elle est secondée par trois directeurs exécutifs adjoints, sélectionnés selon la même procédure : un Allemand, Jürgen Ebner, en charge de la gouvernance (relations extérieurs, conférences et évènements, sécurité…) ; un Espagnol, Luis de Eusebio Ramos, en charge des capacités (budget, ressources humaines, informatique…) ; et, depuis le 1er mai 2021, un Français, le général de corps d’armée Jean-Philippe Lecouffe, directeur exécutif adjoint en charge des opérations. « Mon rôle consiste à diriger l’ensemble des opérations d’Europol, explique-t-il. Forte d’environ 500 officiers des forces de l’ordre et fonctionnaires des 27 États membres de l’Union européenne, ma direction est articulée en cinq centres : veille opérationnelle et analyse criminelle, lutte contre la criminalité organisée, lutte contre la cybercriminalité, lutte contre la criminalité économique et financière et lutte contre le terrorisme. »

Premier gendarme à ce poste

Au cours d’un parcours riche de 33 années en gendarmerie, le général Jean-Philippe Lecouffe a notamment commandé le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de l’Isère et la Région de gendarmerie du Languedoc-Roussillon, mais aussi la Section de recherches (S.R.) de Versailles. A la tête de cette unité, spécialisée notamment dans la lutte contre la criminalité organisée, il collabore régulièrement avec les services d’Europol. Il a également occupé les fonctions de sous-directeur de la police judiciaire à la Direction générale de la gendarmerie nationale, entre 2017 et 2020, puis celles de général adjoint au major général de la gendarmerie nationale.

Le général Lecouffe est le troisième Français à occuper ce poste clé au sein d’Europol, et le premier gendarme, ses prédécesseurs étant issus de la police nationale. « C’est une mission passionnante, et une très grande satisfaction que la France puisse être représentée par un général de gendarmerie. C’est aussi le travail de la gendarmerie en matière de police judiciaire qui est ainsi reconnu », souligne-t-il.

Plus de 2500 opérations internationales complexes par an

Au quartier général d’Europol, à La Haye, aux Pays-Bas, les agents collaborent avec plus de 250 officiers de liaison – policiers, gendarmes, douaniers – de 47 pays, parmi lesquels, outre les 27 États membres, des pays partenaires comme les États-Unis, le Brésil, la Colombie, ainsi que des organisations internationales extérieures à l’UE. « Les officiers d’Europol sont des spécialistes de la coopération internationale, qui est aujourd’hui plus que jamais fondamentale pour lutter contre la criminalité organisée, et ce quel que soit le domaine criminel ou terroriste », explique le directeur exécutif adjoint en charge des opérations.

Ainsi armée, l’agence a soutenu plus de 2500 opérations internationales complexes en 2021, portant sur des infractions listées par Europol dans de nombreux domaines : terrorisme, trafic de stupéfiants et blanchiment d’argent, fraude organisée, contrefaçon de l’euro, trafic de migrants, traite des êtres humains… Europol est également un acteur majeur de la lutte contre la menace cyber, à travers le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité.

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Le général Lecouffe précise : « Le soutien d’Europol peut prendre différentes formes comme, par exemple, l’analyse criminelle opérationnelle grâce à nos bases de données et à près de deux cents analystes criminels parmi les mieux formés de l’Union Européenne ; la coordination opérationnelle facilitant les échanges entre autorités nationales (NDLR : à travers notamment des opérations comme Shield, contre le trafic de médicaments, ou Horus, contre l’exploitation sexuelle des mineurs sur Internet). Europol apporte aussi une expertise technique de haut niveau, un soutien financier aux enquêtes et aux opérations, mais aussi un soutien opérationnel sur le terrain pendant des journées d’actions ou des opérations en déployant ces personnels, comme nous le faisons aujourd’hui dans les pays de l’UE qui bordent l’Ukraine. »

Notons que le Parlement européen a validé, le 4 mai dernier, le renforcement du mandat d'Europol dans la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme, en autorisant l'agence à coopérer directement avec le secteur privé.